Just another night in Paris...

Publié le par Lady D.

- «Tu vas en club, ce soir ?»

- «Uh-huh... Je vais aller voir Cedar Walton.»

- «Cedar Walton. Je le connais bien, c'est un ami.»

- «Viens avec moi, alors.»

- «Non... J'aime pas aller écouter jouer les autres alors que moi je joue pas... Mais, dis-lui bonjour de ma part.»

Donc, j'irai seule écouter Cedar, ce pianiste majuscule au toucher d'or et de cristal. Il passe au... zut, voilà que j'ai oublié le nom du club. L'ex-«Latitudes Saint-Germain», c'est. Malgré le nouveau propriétaire et le nouveau nom, d'ailleurs, il n'a pas tenu bien longtemps, ce club.

Aux côtés de Cedar, bien sûr, il y a l'inamovible David Williams à la basse. Mais Billy Higgins est souffrant ; alors, sur cette tournée, c'est Kenny Washington qui est aux drums. Pas mal non plus.

Je traverse le premier set comme dans un rêve. Portée, emportée par la musique. J'en profite d'autant plus que je ne pourrai pas rester très tard. Passé minuit, j'évite le métro.

Au break, je vais voir Cedar, mon sempiternel «Jazz Hot» à la main. Un peu intimidée par le bonhomme, quand-même, pourtant, il est charmant, et heureux d'avoir, par mon intermédiaire, le petit coucou de Sunny Murray. Comment va-t-il ? Puis-je lui transmettre ses amitiés ?

Mais, pourquoi les lui transmettre de vive voix alors que j'ai mon «Jazz Hot» et un stylo, que je tends à Mister Walton ?

- «Vous pouvez écrire un petit mot pour lui ? Je le vois demain.»

D'où l'énigmatique «(hello Sonny)» inscrit à la page 25 de mon exemplaire du «Jazz Hot» n°520 (pour la photo, revenez demain).

Je sais : «Sonny», c'est pas «Sunny». Mais l'erreur est courante, chez les amateurs, les journalistes, même les musiciens. Il y a Sonny Rollins, Sonny Clark, Sonny Stitt, Sonny Criss, tant pis si l'indispensable James Marcellus Murray doit son surnom à l'habitude qu'il avait, enfant, de passer des heures à lézarder au soleil : il sera «Sonny», lui aussi !

Deux mots sur Kenny : batteur magique, incollable sur l'histoire du jazz, ce qui n'est pas si courant chez les musiciens (en tournée, quand d'autres restent à l'hôtel, lui dévalise les disquaires), et d'une gentillesse infinie. Il signe mon «Jazz Hot» lui aussi ; il ne se souvenait même plus d'avoir donné cette interview. Il note son adresse sur un bout de papier. Est-ce que je peux lui envoyer un exemplaire ?

Ensuite, il me demande : «Where are you from ?»

Mais, je suis French, Kenny, tout ce qu'il y a de plus French. Même si mon look exotique en piège plus d'un, surtout parmi les US guys. Et quand ils m'entendent parler anglais avec l'accent du Midwest, ils ne comprennent plus rien !

Pourquoi est-ce que j'irais m'en plaindre ? Je passe partout. Remonter Barbès toute seule à pied à une heure du matin, ça ne me fait pas peur. Je me fonds dans le paysage.

Enfin, je vous parle de ça, ça fait quelques années. Déjà, en 2002, je ne me sentais plus tellement à l'aise. Et puis, qu'est-ce que j'irais faire à Barbès à une heure du matin, maintenant ? Le Studio des Islettes a femé ses portes... Sa porte bleue, dans laquelle j'ai bien failli m'arracher un doigt un jour, sa porte magique qui s'ouvrait sur l'un des clubs les plus merveilleux, les plus vivants, les plus improbables de Paris...

... Mais, ceci est une autre histoire !

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philippe charpentier 27/02/2006 17:49

Du coup grace a toi je les ai decouvert,c'est genial et si rare qu'une fille de 17 ans aime le Jazz,il va falloir la cloner et éliminer toutes les starakeuses.

philippe charpentier 27/02/2006 15:09

Je viens juste d'avoir ton message sur mon blog  et ça  fait plaisir de rencontrer enfin le jazz ailleurs! c'est tellement rare,je continue ma ronde de jour!

Lady D. 27/02/2006 16:34

Je vois que tu as rendu visite à Belette. Quelle bonne idée ! A Pascal aussi, probablement, quelle bonne idée aussi.
Idem ici, ça fait plaisir.
A tout bientôt.