Priceless!

Publié le par LaDiDom

Il y a un bon moment de ça (je vous laisse le soin d'aller fouiller dans la catégorie « Avant-Premières », elle est peu fournie), j'évoquais une rencontre assez improbable mais redoutablement swinguante, celle entre Sammy Price et Lucky Thompson.

Sammy Price et moi, c'est une vieille histoire. Disons qu'il a bercé mon enfance, de façon très... syncopée. Il faut dire que le 45 tours « Hot Club Boogie » / « USIS Blues » se retrouvait assez souvent sur la platine (coup de chance, j'ai trouvé les deux morceaux sur Deezer). Bon, je ne sais pas si c'était la musique en elle-même que j'aimais, ou le « Encore ! » lancé par Sammy à l'adresse de sa rythmique (Pierre Michelot à la contrebasse et André « Mac-Kak » Reilles à la batterie) !

 

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Dans la collection familiale, il y avait aussi Sammy Price à Fontainebleau. Et celui-là, je l'ai beaucoup fait tourner, quelques années plus tard. Il m'en est resté un gros faible pour le trompettiste Emmett Berry — que vous entendrez aussi dans la playlist, mais pas sur cet album, pour l'excellente raison qu'il n'est pas sur Deezer.

 

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Bien. Sammy Price, c'est quoi ? Ben... c'est un pianiste de boogie. Né en 1908, mort presque 84 ans plus tard. Un Texan, qui débute en 1927 comme chanteur et danseur dans un orchestre de Dallas. D'ailleurs, il ne se privera pas de reprendre le micro à l'occasion, une fois sa réputation de pianiste établie.

Sinon, Sammy Price, c'est une carrière sans heurts. En 1938, il signe chez Decca, dont il devient le pianiste maison. A ce titre, il accompagne les vocalistes du label : Trixie Smith, Sister Rosetta Tharpe... Une poignée d'années plus tard, il débute une vraie carrière de leader, qui se prolongera jusqu'à sa mort.

Sammy Price, c'est surtout un redoutable swingueur. Une main gauche d'une puissance incomparable, irrésistible. Et une main droite qui ne se défend pas mal non plus, merci ! Le genre de soliste qui, une fois lancé (et il ne connaît pas de ratés au démarrage, ce diable de pianiste), semble tout à fait capable d'enquiller les chorus pendant quelques heures.

Alors... voyons voir ce qu'il y a sur cette playlist Deezer. Deux anticailleries, déjà, mais pas n'importe lesquelles. « Jivin' Around », extrait d'une séance de 1941 créditée à Sammy Price and his Texas Bluesicians, lesquels Bluesicians comprennent non moins que le one and only Lester Young (mon all-time favorite saxophoniste ténor, soit dit en passant). Et, datant de 1947, « Up Above my Head I Hear Music in the Air », paru sous le nom de la volcanique Sister Rosetta Tharpe, ici en duo avec la non moins pétulante Mary Knight . A la contrebasse qui slappe, le délicieux George « Pops » Foster ; à la batterie qui swingue, Wallace Bishop.

Sautons une décennie pour nous retrouver en 1956, à Paris. Autour de Sammy Price pour « Swingin' the Berrys », Emmett Berry et sa trompette très bouchée, au petit son pincé avec un je-ne-sais-quoi d'acide (d'aucuns ont rapporté que son caractère était un peu du même genre...) ; notre Guy Lafitte national au ténor ; Pops Foster encore à la contrebasse, et Freddie Moore, batteur exubérant — rien que pour lui et pour son intervention au washboard sur « Tiger Rag », que je n'ai pas entendue depuis un sacré bail, j'aurais bien aimé trouver Sammy Price à Fontainebleau... Tant pis, il faudra se contenter de l'entendre au chant, sur « Blues des Chaussures Neuves » (avec les mêmes compagnons que sur le concert de Fontainebleau, à savoir Emmett, George Stevenson au trombone qui growle, Herbie Hall à la clarinette et Pops à la contrebasse). Et tiens, de la même séance, j'ajoute « Swing That Rhythm ». Pourquoi se priver ?

Une année plus tard, toujours à Paris, se tient cette fameuse séance avec Lucky Thompson (mon second all-time favorite saxophoniste ténor, quand j'oublie l'existence d'Eddie « Lockjaw » Davis et quelques autres magiciens des anches). Pour les accompagner, du 100% français : Jean-Pierre Sasson à la guitare, Pierre Michelot à la contrebasse, Gérard « Dave » Pochonet à la batterie.

Lucky Thompson, c'est un musicien qui m'a toujours fascinée. Intriguée. Autant il sonne moderne dans le cadre du Big Band de l'Atomic Mister Basie en 1944, autant il sonne mainstream aux côtés du Zoizeau l'année suivante. Entre deux styles. Entre deux courants. Mieux : unique navigateur sur son propre courant. Un son à la fois tendu et suave, un ample vibrato qu'il brise soudain, comme d'un coup de dents. Un discours fluide et sinueux. Aux côtés de Sammy Price, il ne semble pas à sa place. Et pourtant si. Et c'est là tout le drame de Lucky, en somme...

Hop, encore un petit bond en avant. Cette fois, il nous emmène jusque dans les années 70. En 1976 et 1979 plus précisément, à Toronto, pour deux duos avec le délicieux trompettiste Doc Cheatham. Sammy s'y révèle comme un accompagnateur attentif et délicat — et comme un soliste moins touffu et percutant que sur les autres morceaux de la playlist. Une autre facette du bonhomme, en somme !
Allez. Trêve de bavardages, place à la musique. Et vous allez voir : ça réchauffe ! D'abord, un petit cadeau bonus : Sammy en 1959, entouré de Doc Cheatham, Elmer Crumley et J.C. Higginbotham aux trombones, Eddie Barefield à l'alto, Jimmy Lewis à la grand-mère et l'autre J.C., Heard, à la batterie.

 

 

 

Publié dans disques de chevet

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Vincent 26/12/2012 15:24


Bonjour, j'ai l'enregistrement du concert de fontainebleau mais sur une cassette vieillassante, une version MP3 serait-elle disponible ?


 

El Sudaca Renegau 09/11/2011 12:09



(Perdón Domi, no será sobre el post) Hay un blog, el de Oscar Grillo, que imagino
disfrutarás. El tipo, cada día publica una obra gráfica suya y lo acompaña con jazz añejo, del  que creo, es el que te gusta.



L.D. 30/11/2011 08:26



¡Gracias por el enlace!
Me gusta el jazz con... ¡swing! jazz con alma... jazz en el cual siento el blues, las raíces negras.
Jazz que me hace patear el suelo y chasquear los dedos.
Jazz que me hace bailar en mi silla.
Jazz con (disculpa por la metáfora) aureolas debajo de los brazos



El Sudaca Renegau 09/11/2011 11:38



Gracias Domi! Siempre aprendo algo nuevo en tu blog. Y disfruto!!


 



L.D. 30/11/2011 08:28



Gracias Nacho ^^
Yo también siempre aprendo algo nuevo escribiendo en esté blog...



gaston 27/10/2011 16:40



Bien d'accord avec toi sur l'ami Lucky Thompson qui était avant tout un disciple de Don Byas. Une anecdote à propos de Sammy Price: il était un des rares musiciens de sa génération à être
homosexuel sans se cacher dans l'univers machiste afro américain de l'époque. ça n'a pas un grans intérêt musical mais bon ... J'adore ce qu'il fait avec Sister Rosetta Tharpe.



L.D. 30/11/2011 08:31



Moi j'adore tout ce qu'a fait Sammy Price. Bon, par moments il me donne un peu envie de brûler le piano, mais il n'est pas le seul.
Quant à son orientation sesquelle, bah non, ça n'a pas grand-chose à voir. Surtout que je ne pense pas qu'elle ait eu une quelconque incidence sur sa musique.