Le bel Elabeth !

Publié le par Lady D.

Je sais, je sais. On va encore me dire que c'est pas raisonnable, d'être debout et sur l'ordi à même pas six heures du mat'. Mais moi, ça va, merci. Sauf que j'ai besoin de mes huit heures de sommeil et que hier, j'ai encore raté la fin du film avec Sean Connery et Nicholas Cage. Pas un drame, vu le manque d'intérêt intrinsèque du machin. Et puis, j'y peux rien (et c'est très bien comme ça, cf. «Insomnia», dans la catégorie «Petits riens»). Je vais quand-même pas rester étendue dans le noir à attendre que le jour se lève, alors qu'il y a tellement de boulot !

Je sais. On va aussi me dire que ma photo, elle est pas terrible. Mais je hais les numériques (cf. «Argentique forever !», dans la même catégorie), et le logiciel de retouche intégré à mon P.C. est assez basique. De toute façon, je hais aussi les logiciels de retouche. Au fait, je n'ai pas retouché les couleurs, non. C'est bien comme ça qu'on s'habillait, en 1980 !

On va me dire, enfin, que sur le yellow cab, y'a marqué «N.Y.C.», et que le CD, lui, s'appelle Walking in L.A., et que c'est pas tout-à-fait pareil. Mais il se trouve que l'ami très cher qui me l'a envoyé, le yellow cab, habite à New-York.

Mais moi, je m'en fiche ; je ne vous entend pas. J'ai le casque sur les oreilles, et je suis en excellente compagnie. A la basse, un monstre : «Captain» Ray Brown ; à la batterie, Shelly Manne, fin mélodiste (si, si ! C'est possible !) qui se disait lui-même plus influencé par les pianistes que par les autres batteurs ; et au piano, justement, une bête de swing dans la lignée d'Oscar Peterson, avec un peu plus de sobriété toutefois : Marc Hemmeler, trop tôt disparu, en 1999, à l'âge de 61 ans. Ce nom ne vous dit pas grand-chose ? Juste pour vous situer le bonhomme : lorsqu'en 1986 Hank Jones dût rentrer précipitamment aux États-Unis au beau milieu d'une série de concerts à Berne, Harry Edison exigea qu'il soit remplacé par Marc Hemmeler, et personne d'autre.

La première moitié de Walking in L.A. (Elabeth 621023), surtout, est comme une déferlante de swing qui balaie tout sur son passage, à commencer par l'auditeur ravi. «Yapad de Papa» : Shelly Manne, incapable de tenir le 3/4 (c'est que ça swingue pas assez, ces trucs-là !), passe en 2/4 pour le solo de piano. «My Romance» : le «Captain», sur les deux premiers chorus, progresse par segments curieusement hachés ; l'irruption soudaine de sa walking bass d'école n'en est que plus épastrouillante (aussi, le shuffle de Shelly, mailloches sur tom médium... irrésistible...). «Gravy Waltz», LE tube signé Ray Brown, qu'il avait fini par ne plus supporter : ici, en 2/4, il retrouve une deuxième jeunesse, et le pianisme fougueux de Marc Hemmeler s'y épanouit à merveille. «In Your Own Sweet Way», le joli thème de Brubeck : le tempo, medium slow, est parfait ; après l'exposé, sensible et tendre, un solo de Marc Hemmeler, merveilleusement découpé ; le «Captain» fait des rondeurs et Shelly ajoute sa pointe de shuffle. «Walking in L.A.» : tempo medium fast ; Marc y est funkisant à souhait, stimulé par le son énorme du «Captain» (joli solo ponctué de notes quasi-slappées) et les relances de Shelly (un mot sur son jeu de cymbale ride, d'une limpidité, d'une précision irréelles). «Do You Know What it Means to Miss New Orleans» et «Spring Can Hang You up» : mon oreille ne peut s'empêcher de suivre la ligne de basse, comme toujours quand le «Captain» est aux commandes ; intelligence harmonique de tous les instants, solidité rythmique sans faille... Deux ballades délicieuses, dix minutes de répit avant le final. «I'm an Old Cowhand» : passé l'exposé sur tempo déhanché de rigueur et un premier chorus de mise en jambes, le «Captain» met tout son petit monde sur orbite ; «Hello Houston ? Comment ça va, chez vous ? Z'avez un problème ? Parce qu'ici, tout va bien !»

Et moi, quand je sors de ce CD, j'ai une pêche pas possible. La tête comme lavée à l'intérieur.

Franchement... elle est pas belle, la vie ?

 

 

 

«Walking in L.A.» - Marc Hemmeler (p) Ray Brown (b) Shelly Manne (d) - Enregistré le 27 mars 1980 à Hollywood.

Publié dans disques de chevet

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jassbrass 04/07/2007 13:59

Vraiment chouette ce morceau.Ca swingue pépère ! dirais-je pour paraphraser Pascal. Ce Marc Hemmeler est une sorte d'Oscar Peterson, le festival pyrotechnique en moins. Ce qui n'est pas forcément une lacune.Le thème est vraiment guilleret, ça donne la pèche et le sourire aux lèvres. J'aime beaucoup.  Voilà un truc que je vais essayer de me procurer.Merci Lady Domi.

Milady 04/07/2007 15:15

Pascal, c'est rien qu'un sale pourrisseur, membre honoraire de la Fédération Internationale des Branleurs (si si, c'est vrai, je le sais, j'y suis aussi). Un garçon absolument pas fréquentable, quoi. Mais il faut lui reconnaître cette qualité : en matière de musique, il fait preuve d'un goût que je n'hésite pas à qualifier d'excellent.Rien que pour ça, il lui sera beaucoup pardonné...Sinon, ben ça m'a fait plaisir de le réécouter, celui-là, parce que bien sûr, consciencieuse comme pas deux, j'ai vérifié que le player marchait (deux fois même, au cas où...)

jassbrass 03/07/2007 18:06

Me voilà enfin arrivé à la chronique du Marc Hemmeler.Tu m'avais recommandé d'écouter ce morceau, moi qui aimait Ray Brown et Oscar Peterson.Je suis parti de la source et je remonte le cours des chroniques. J'ai écouté le Paul Anka, le Freddy Cole, le Ben Webster, le Elijah Levi... j'ai laissé des commentaires quand j'avais à en faire.Et puis j'arrive au Marc Hemmeler.Et puis il marche pas. C'est bien dommage ça. Mais tu m'avais averti qu'il y avait eu des problèmes d'hébergeur.C'est ça aussi d'arriver après la musique.

Milady 03/07/2007 20:50

Eh bien il va marcher...Le temps que je l'héberge et que je colle le player...Euh... si tu croises d'autres trucs qui marchent pas... tu peux me les signaler ? Merci !

Pascal 01/06/2006 13:23

si si ça groove tranquille c'est un compliment! Tranquille sans accroc ni prise de tête... festif quoi

Pascal 01/06/2006 11:57

Vraiment sympa, ça groove tranquille ... c'est rigolo la pochette me fait penser à un album 70's de Bob James  c'était all around the town (ou the world... je ne sais plus) un truc hyper Jazz rock funkisant avec toutes les stars du genre... il comprends notemment une reprise de l'arlesienne version groovy à se pisser dessus.

Lady D. 01/06/2006 13:05

Eh bien, Pascal ?!?!!!  
Me rappelle certaine reprise de Carmen, par Barney Kessel je crois, très bien d'ailleurs... mais moins poilante que celle de Spike Jones...
Ça groove tranquille, ça groove tranquille, il te faut quoi ?Et mon titre, il te plaît pas ?

philippe charpentier 27/02/2006 17:53

PS ton lien sur majazzotheque ne marche pas.

Lady D. 27/02/2006 18:10

Ah zut. J'ai dû me planter quelque part. Mais tu as quand-même dû arriver chez Pascal, via ses commentaires ou grâce à Google ?
Je répare, si je peux. Moi, tous ces bidules technologiques...
Merci de l'info.
(une minute plus tard)
PS : bizarre, avec moi, il marche !