Mister Taste, la fin

Publié le par Lady D.

   Avec toutes mes excuses... C'est le surmenage, sans doute... J'ai attaqué la relation de l'anniversaire de Thelonious Monk sans terminer la série consacrée à mes rencontres avec Ed Thigpen...
   Reprenons donc les choses là où nous les avions laissées. Nous en étions à la deuxième rencontre, Paris, 21 juin 1998.

   Quelques mois plus tard, le trio repasse à une grosse centaine de kilomètres de chez moi. En plus, le concert est organisé par la même association qui s'était occupée du festival de Cussac Fort-Médoc, quelques années auparavant. L'occasion de revoir Carole, l'adorable attachée de presse.

   Cette fois, c'est sûr, c'est John Lindberg qui est à la basse. Et je commence à vraiment accrocher à la musique d'Eric Watson, mine de rien. Je connais «Punk Circus» par coeur ! Après le gig, tout le monde au restau. Je suis à côté d'Eric, qui se montre merveilleusement prévenant et spirituel comme toujours. Et sa maîtrise du français est une source d'émerveillement perpétuel pour moi... Tenez : vous en connaissez beaucoup, vous, des Américains qui, remarquant que votre verre est vide, se saisissent de la bouteille et demandent : «Encore une lichette ?» ou qui, vous donnant le digicode de leur immeuble, précisent «B, comme bourrichon» ?

   Je les reverrai une dernière fois. Probablement en 1999 ou 2000. Là où je les ai vus la première fois, d'ailleurs. Mark Dresser est à la basse, Bennie Wallace au ténor. Je viens leur faire un petit coucou à la balance, avec ma Maman, petite bonne femme hyper-dynamique aux yeux bleus splendides. Ed s'approche de nous, la casquette à l'envers, la démarche chaloupée du rapper. Je fais les présentations. Ed : «She's very... How do you say beautiful in French?» - «Hey, Ed! Leave my mother alone!»

   Anecdotes et mots d'esprit signés Eric Watson :
   «J'ai eu beaucoup de déboires avec l'alcool»
   «Il y a des aristocrates qui sont sympas, mais il y en a d'autres qui sont... cons. Un jour, j'ai dit à un : "Même les patates ont une particule".»
   «Quand je suis arrivé en France avec ma femme qui est juive, on croyait que les Français étaient racistes. On ne parlait pas du tout français, alors on a suivi des cours... Quelques mois plus tard, on commençait à se débrouiller. Un jour, on était invités à un dîner, chez des Français. Il y a un type qui est arrivé en retard et qui s'est assis en disant : "Ah, j'ai eu des problèmes avec les ASSEDIC, qu'est-ce qu'ils sont chiants !" Ma femme et moi, on a compris "hassidiques" et on s'est regardés en pensant : "C'est vrai, les Français sont vraiment racistes." Après, j'ai appris ce qu'étaient les ASSEDIC. Alors, maintenant, quand quelqu'un me dit : "Qu'est-ce qu'ils sont chiants, ces ASSEDIC", je réponds : "Oh, moi je m'en fiche, je cotise aux Ashkénazes".»
   «Ed, il est vraiment merveilleux. Il entend tout, il analyse tout. Tiens, l'autre jour, Mark Dresser nous racontait l'histoire de cette femme qui le harcèle, en Allemagne. Dès qu'il joue quelque part, elle est là. Elle lui laisse des lettres à son hôtel, elle le suit dans tout le pays. Mark a dit : "Si encore elle était jolie ! Mais en plus, elle n'a qu'une seule jambe." Ed était là, l'air de ne pas écouter... et tout à coup il dit : "Tu t'imagines, si elle avait ses deux jambes ! Tu ne pourrais vraiment pas t'en débarrasser."»

   Et Mister Taste ? Plus trop de nouvelles, depuis quelque temps... Tiens, et si je lui faisais un petit coucou, par e-mail ?

 

   PS : «Quand je suis rentré dans le trio d'Oscar Peterson, j'étais tellement content de signer des autographes que je mettais un petit mot gentil à tout le monde et que je signais de mon nom entier : Edmund Thigpen. Et puis, comme ça me prenait trop de temps, j'ai décidé de ne plus écrire que "Thank you, Ed Thigpen". Ca allait plus vite...»

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