Looking for Lucky (Quatre)

Publié le par Lady D.

1946… ça ne vous dit rien ? Voyons ; 1946. Diz, Bird et les autres s'en viennent de la 52è Rue porter la bonne parole bop sur les terres californiennes. Il n'attendait que ça, Lucky. Du coup, le voilà aux côtés de Dodo Marmarosa et Ray Brown (qui a fait le voyage avec Diz et Bird) en janvier, puis de Diz, Bird et Miles le mois suivant. «Salt Peanuts», «Diggin' Diz», «Moose the Mooche», «Yardbird Suite», «Ornithology» : et ça, ça vous dit quelque chose ? Et «Night in Tunisia» et son break d'alto tellement casse-gueule (pour les autres, pas pour Bird) qu'il fallut faire cinq prises… dont la première se termine, justement, pile après le break… les autres ne suivaient plus. Et Lucky, dans tout ça ? C'est que, de Basie à Bird, il y a quelques mondes. Alors, il est quelque peu éclipsé. Là où son modernisme se détachait nettement chez Basie, le voilà qui sonne purement swing auprès du Zoizeau. Est-ce là sa voie ? Peut-être pas… Il dira : «J'ai eu de la chance, ou peut-être est-ce que j'étais assez bon pour les suivre sur leur terrain. Beaucoup d'autres musiciens qui étaient plus de leur veine ne pouvaient pas les suivre, sur un plan purement technique. Mais en même temps, je continuais à évoluer.» Et là est le drame de Lucky Thompson, ni tout à fait mainstream, ni tout à fait bopper, musicien que les critiques ne parviennent à faire entrer dans aucune case, et qu'ils décriront, en désespoir de cause, comme «sans étiquette». Il dira : «Cela m'a coûté ma carrière. Dans ce milieu, il n'y a pas de place pour un honnête homme».

Alors, jusqu'à la fin de la décennie, Lucky passe d'un leader à l'autre. Mundy, Mingus, Raeburn, Armstrong, Parker (au Royal Roost et au Waldorf Astoria, en 1949) à nouveau ; mais aussi Herb Jeffries, Ralph Burns, Lena Horne, Ivie Anderson, les Basin Street Boys, Billie Holiday, Benny Carter… L'homme semble avoir du mal à se poser. Les années 50 semblent devoir se dérouler de la même façon : le voilà auprès de Fletcher Henderson, pour ses tous derniers enregistrements, puis de Basie, l'espace de quatre plages, de Monk aussi, de Dizzy, Jo Jones et Jack Teagarden (passer de Monk à Teagarden : quel grand écart !), et dans une curieuse séance qui voit s'affronter sur trois titres un septet masculin (avec Clark Terry, Horace Silver et Kenny Clarke, entre autres) et un sextet cent pour cent féminin (il y a là la vibraphoniste Terry Polard et la guitariste Mary Osborne).

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Publié dans avant-premières

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