Racines, 2
D'abord, merci et gros bisous à toutes et tous pour les petits mots d'hier.
Et puis, chose pro-mite chose duse, la suite du passionnant article de Larry Rohter...
Des trois principaux courants culturels qui se sont mêlés pour faire du Brésil ce qu'il est aujourd'hui, c'est l'élément amérindien qui est le moins présent sur ces cédés. Mais la collection comprend des morceaux interprétés par des «bandas de pifano», les groupes composés de pipeau et de percussions, d'origine indienne, ainsi que des enregistrements de «praias», musique qui accompagnait les rituels indiens et qui a à peu près disparu de nos jours.
C'est donc Mário de Andrade, l'un des intellectuels brésiliens les plus importants du siècle passé, qui fut à l'origine de ce projet. Poète, romancier, critique, historien de l'art, musicologue et homme d'état, de Andrade avait étudié le piano ; en 1923, il devint l'un des co-fondateurs du mouvement littéraire des modernistes, qui allait dominer la vie culturelle brésilienne pendant des décennies.
«Dès les années trente», dit Flávia Camargo Toni, musicologue auteur d'une partie des textes de livret du coffret de cédés, «Mário de Andrade et quelques autres comprirent qu'il fallait se dépêcher de rassembler des enregistrements des cultures populaires avant qu'il soit trop tard. En ce temps-là, les différentes peuplades étaient isolées les unes des autres, les gens voyageaient peu : le moment était le bon.»
Pendant la Seconde Guerre Mondiale, des copies des enregistrements furent envoyées à la Library of Congress de Washington, D.C. Il y a une dizaine d'années, un disque parut sous étiquette Rykodisc ; intitulé «The Discoteca Collection», il était co-produit par Mickey Hart, le batteur de Grateful Dead, et faisait partie du «Library of Congress Endangered Music Project» -- mais ce n'est qu'en 2000 que la restauration des enregistrements débuta.
Lacerda se souvient : «La première fois que j'ai vu ces enregistrements, dans les années 80, ils étaient dans un local dont le toit s'effondrait, il y avait des infiltrations d'eau, et j'ai bien cru que nous ne pourrions rien récupérer. Mais la plupart des 78 tours étaient en bon état, et nous avons eu la chance de trouver des copies de ceux qui étaient en trop mauvais état pour être utilisés. Nous avons pu transférer la musique sur cédé et enlever beaucoup de bruit de fond.»
De ses voyages, l'expédition Andrade ramena également des instruments de musique et divers objets, ainsi que des photographies et des films de danses et de fêtes populaires. Autant de témoignages qui ont fait l'objet d'une exposition, laquelle comprenait également les carnets de route de l'expédition, le matériel d'enregistrement qu'ils utilisèrent et des transcriptions d'interviews données par les chanteurs et musiciens.
A l'époque de ces enregistrements, le Brésil était sous une dictature qui avait interdit les pratiques religieuses d'origine africaine. L'expédition dut donc demander un passe-droit auprès des autorités pour mener sa mission à bien, et une bonne partie des objets qu'ils ramenèrent, surtout les percussions, sont des objets confisqués et trouvés aux postes de police.
Malgré la complexité de la musique brésilienne actuelle, cet héritage continue de se faire sentir. Zé prend pour exemple le «What's Happening in Pernambuco: New Sounds of the Brazilian Northeast», qui paraît aujourd'hui sur le label de David Byrne, Luaka Bop, et sur lequel il a retrouvé des rythmes qui découlent directement de ceux que l'on peut entendre sur les enregistrements ramenés par l'expédition.
Et Camargo Toni de conclure : le Brésil n'a jamais vraiment fait l'effort de préserver sa culture. Mais maintenant que les enregistrements de l'expédition de Andrade sont enfin disponibles, les Brésiliens peuvent «écouter leur passé tout en pensant à leur avenir. Nous pouvons enfin montrer ce que nous avons été et comment nous sommes devenus ce que nous sommes aujourd'hui.»
Pour le moment, ce coffret semble n'être disponible qu'au Brésil -- en fouinant un peu, j'ai trouvé ce lien : http://www.sescsp.org.br/loja/. La recherche à faire est : Coleção de CDs Missão de Pesquisas Folclóricas - Mário de Andrade... et il faut parler portugais.
Arrivera-t-il un jour en France ? Espérons-le...
En attendant, trois liens que je sors de leur boîte à comm...
Chez Kaypie, un post sur les repentistas.
Chez Kfigaro, un titre interprété par Ellis Regina, dont le thème est typiquement portugais.
Et enfin (merci Kaypie), le site de la Missão de Pesquisas Folclóricas, sur lequel on peut voir et entendre des extraits audio et vidéo -- en portugais, mais que cela ne vous empêche pas de l'explorer !
Et puis, chose pro-mite chose duse, la suite du passionnant article de Larry Rohter...
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Des trois principaux courants culturels qui se sont mêlés pour faire du Brésil ce qu'il est aujourd'hui, c'est l'élément amérindien qui est le moins présent sur ces cédés. Mais la collection comprend des morceaux interprétés par des «bandas de pifano», les groupes composés de pipeau et de percussions, d'origine indienne, ainsi que des enregistrements de «praias», musique qui accompagnait les rituels indiens et qui a à peu près disparu de nos jours.
C'est donc Mário de Andrade, l'un des intellectuels brésiliens les plus importants du siècle passé, qui fut à l'origine de ce projet. Poète, romancier, critique, historien de l'art, musicologue et homme d'état, de Andrade avait étudié le piano ; en 1923, il devint l'un des co-fondateurs du mouvement littéraire des modernistes, qui allait dominer la vie culturelle brésilienne pendant des décennies.
«Dès les années trente», dit Flávia Camargo Toni, musicologue auteur d'une partie des textes de livret du coffret de cédés, «Mário de Andrade et quelques autres comprirent qu'il fallait se dépêcher de rassembler des enregistrements des cultures populaires avant qu'il soit trop tard. En ce temps-là, les différentes peuplades étaient isolées les unes des autres, les gens voyageaient peu : le moment était le bon.»
Pendant la Seconde Guerre Mondiale, des copies des enregistrements furent envoyées à la Library of Congress de Washington, D.C. Il y a une dizaine d'années, un disque parut sous étiquette Rykodisc ; intitulé «The Discoteca Collection», il était co-produit par Mickey Hart, le batteur de Grateful Dead, et faisait partie du «Library of Congress Endangered Music Project» -- mais ce n'est qu'en 2000 que la restauration des enregistrements débuta.
Lacerda se souvient : «La première fois que j'ai vu ces enregistrements, dans les années 80, ils étaient dans un local dont le toit s'effondrait, il y avait des infiltrations d'eau, et j'ai bien cru que nous ne pourrions rien récupérer. Mais la plupart des 78 tours étaient en bon état, et nous avons eu la chance de trouver des copies de ceux qui étaient en trop mauvais état pour être utilisés. Nous avons pu transférer la musique sur cédé et enlever beaucoup de bruit de fond.»
De ses voyages, l'expédition Andrade ramena également des instruments de musique et divers objets, ainsi que des photographies et des films de danses et de fêtes populaires. Autant de témoignages qui ont fait l'objet d'une exposition, laquelle comprenait également les carnets de route de l'expédition, le matériel d'enregistrement qu'ils utilisèrent et des transcriptions d'interviews données par les chanteurs et musiciens.
A l'époque de ces enregistrements, le Brésil était sous une dictature qui avait interdit les pratiques religieuses d'origine africaine. L'expédition dut donc demander un passe-droit auprès des autorités pour mener sa mission à bien, et une bonne partie des objets qu'ils ramenèrent, surtout les percussions, sont des objets confisqués et trouvés aux postes de police.
Malgré la complexité de la musique brésilienne actuelle, cet héritage continue de se faire sentir. Zé prend pour exemple le «What's Happening in Pernambuco: New Sounds of the Brazilian Northeast», qui paraît aujourd'hui sur le label de David Byrne, Luaka Bop, et sur lequel il a retrouvé des rythmes qui découlent directement de ceux que l'on peut entendre sur les enregistrements ramenés par l'expédition.
Et Camargo Toni de conclure : le Brésil n'a jamais vraiment fait l'effort de préserver sa culture. Mais maintenant que les enregistrements de l'expédition de Andrade sont enfin disponibles, les Brésiliens peuvent «écouter leur passé tout en pensant à leur avenir. Nous pouvons enfin montrer ce que nous avons été et comment nous sommes devenus ce que nous sommes aujourd'hui.»
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Pour le moment, ce coffret semble n'être disponible qu'au Brésil -- en fouinant un peu, j'ai trouvé ce lien : http://www.sescsp.org.br/loja/. La recherche à faire est : Coleção de CDs Missão de Pesquisas Folclóricas - Mário de Andrade... et il faut parler portugais.
Arrivera-t-il un jour en France ? Espérons-le...
En attendant, trois liens que je sors de leur boîte à comm...
Chez Kaypie, un post sur les repentistas.
Chez Kfigaro, un titre interprété par Ellis Regina, dont le thème est typiquement portugais.
Et enfin (merci Kaypie), le site de la Missão de Pesquisas Folclóricas, sur lequel on peut voir et entendre des extraits audio et vidéo -- en portugais, mais que cela ne vous empêche pas de l'explorer !
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