Quand la musique titille les neurones...

Publié le par Milady

   Encore un papier passionnant dans le Herald du jour, et moins hors-sujet que d'habitude, puisqu'il concerne notre rapport à la musique... d'un point de vue scientifique.
   Faisons donc la connaissance de Daniel Levitin, homme au parcours ô combien atypique... jugez plutôt. En 1981, Levitin a 25 ans. Il fait alors partie d'un groupe punk, les Mortals, qui entrent en studio pour enregistrer leur premier disque. Comme aucun de ses compagnons ne s'intéresse à la production, c'est lui qui va s'asseoir derrière la table de mixage. Une activité qui le passionne, à tel point qu'il abandonne ses études pour se lancer dans le métier.
   Il remarque alors que les producteurs ont une oreille incroyable. Que beaucoup d'entre eux peuvent dire quels types d'amplis et de bande ont été utilisés pour l'enregistrement d'un album donné. Et commence à se poser quelques questions : «Comment le cerveau humain est-il capable d'accomplir ce genre de choses ? Pourquoi certaines personnes ont-elles plus de facilités que d'autres ? Pourquoi la musique nous touche-t-elle tellement ?» Et le voilà qui retourne à l'université pour étudier les neurosciences.
   En 1990, Levitin est dégoûté par l'industrie du disque. «Quand j'ai vu qu'ils laissaient tomber Van Morrison et Elvis Costello parce qu'ils ne vendaient pas assez de disques, j'ai su qu'il était temps que je passe à autre chose.» Sur les conseils de certains de ses amis, il poursuit ses études scientifiques et passe son diplôme.
   Et le voilà qui mène quelques expériences. Il arrête les gens dans la rue et leur demande de chanter leur chanson préférée. Les résultats qu'il obtient sont assez incroyables : la plupart des cobayes retrouvent le tempo d'origine de la chanson, avec une marge d'erreur minime (4%) ; les deux-tiers chantent à peu près dans la même tonalité, avec une marge d'un demi-ton. Levitin d'ajouter : «Si on écoute ces gens chanter en même temps qu'on écoute le disque, on dirait vraiment qu'ils chantent avec le disque.»
   D'où le mystère : alors que la plupart des souvenirs s'estompent avec le temps, comment se fait-il que nous retenions aussi bien nos musiques préférées ? Il était temps de se livrer à des expériences plus scientifiques.
   Alors, que se passe-t-il dans le cerveau du sujet qui écoute un morceau de musique ? D'abord, le lobe frontal analyse la structure du morceau ; ensuite, le cerveau sécrète de la dopamine, une substance qui déclenche la sensation de plaisir. Plus étonnant, le cerebellum aussi se met en route ; le cerebellum, c'est la zone du cerveau qui est associée au mouvement physique ; comme il entre en activité à chaque fois que le morceau s'éloigne un tant soit peu de la mélodie ou du tempo d'origine, Levitin pense que le cerveau essaie tout simplement de savoir ce qui va se passer...
   Maintenant, il est intéressant de voir que c'est la musique pop qui reste le plus profondément ancrée dans notre mémoire. Essentiellement, d'après Levitin, parce qu'elle accorde beaucoup d'importance au timbre. Voilà pourquoi le journaliste Clive Thompson n'a pas eu besoin de plus de deux notes (de guitare et de piano, respectivement) pour reconnaître «Brown Sugar» des Stones et «Benny and the Jets» d'Elton John.

   Autre découverte de Levitin : on l'a toujours dit, la musique et les mathématiques sont liées. Mais... on s'est peut-être trompé. Une étude menée auprès de sujets atteints du syndrôme de Williams, une maladie génétique qui provoque un retard mental important, et entre autres une incapacité totale à calculer les quantités, quelles qu'elles soient, prouve le contraire. Levitin a demandé un jour à une femme atteinte du syndrome de Williams de lever la main pendant cinq secondes. Elle l'a gardée en l'air pendant une minute trente. «Aucune notion de temps, et de mathématiques non plus», conclut Levitin. Et pourtant, les patients atteints de ce syndrome possèdent des facilités pour la musique incroyables. Un garçon que Levitin rencontra présentait un tel retard psycho-moteur qu'il était incapable d'ouvrir seul l'étui de sa clarinette. Mais dès qu'il avait l'instrument entre les mains, ses problèmes de coordination disparaissaient et il jouait très bien.
   Parmi les autres théories de Levitin : la musique est le résultat de l'évolution de l'espèce. Un talent que les hommes ont développé pour montrer leur capacité à se reproduire. La musique aiderait aussi à la cohésion des sociétés. Et de conclure : «La musique doit être essentielle à notre survie, sinon il y a longtemps que nous nous en serions débarassés.» Et parmi ses observations : notre cerveau réagit différemment selon que nous écoutons un disque ou que nous voyons le musicien se produire. Plus fascinant encore : nous naissons tous avec cette étrange anomalie connue sous le nom de synesthésie, qui fait «sentir» un son ou associer une couleur à une saveur. Anomalie qui perdure chez certains (Ellington, Liszt, Messiaen entre autres étaient synesthètes)... mais je vous renvoie à l'article de Wikipédia sur le sujet, et m'en retourne à ma lutte contre une deadline qui approche à grands pas !
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Publié dans revue de presse

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J
Interessant...et sens des nuances entre perception sonore et visuelle...en fait c'est un voyage..
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S
Ciao Lady!Je te souhaite un excellent week-end ;-)SysT
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:
       Mille bises de la mer rouge   @nne marie                        
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T
houlaaaaaaaa moi la musique ça me rentre par tous les pores de la peau hihihi et c'est en chantant que je te souhaite une bonne et heureuse année My Chère Lady !
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M
En tout cas ton cerebellum à toi, il doit clignoter quand tu écoutes de la musique, ma Tine !Bisous et bonne année à toi itou.
M
L'histoire du chameau qui pleure! (je fais partie de la bonne centaine de personne qui se sont déplacées au cinéma pour voir ce film.. très beau ceci dit!)Super intéressant l'article! J'avoue que je suis un peu envieuse de ce que les musiciens à l'oreille extrême peuvent ressentirBizz lady
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M
J'ai le souvenir d'un échange sur le sujet -- chez mon turbulent camarade Tanguy  --, d'où il ressortait que l'oreille absolue pouvait être une plaie... tiens, c'est là : http://nilaramis.over-blog.com/article-2879644.htmlBises Miss G -- et clap clap pour Springsteen, là, je suis jalouse !!!