Retour vers le futur
Je vous l'accorde, il était duraille, celui-là. Promis, le prochain sera moins piégeux... quoique. Promis aussi, la pochette dans la journée ; si j'arrive à sortir quelque chose de valable avec ce fichu rogntudju de numérique.
En attendant, comme j'ai un peu la flemme ces jours-ci, je recycle la chronique d'origine. Non mais.
Bob Ferrel, donc. L'un des piliers depuis une dizaine d'années du formidable Spirit of Life Ensemble de Daoud David Williams, que les habitués des clubs parisiens connaissent bien. Et, à quarante-cinq ans, une carte de visite impressionnante, donc, où se bousculent les noms de Sarah Vaughan, Ella Fitzgerald, Mulgrew Miller, Gerry Mulligan, Cootie Williams et Cab Calloway – pour ne citer qu'eux. Le cursus le laissait pressentir, l'écoute de Time Tunnel (BFM-001, auto-production) le confirme : Bob Ferrel, son mœlleux et attaque de velours, est un musicien qui reste fidèle à la grande tradition du trombone bop, ce qui n'empêche pas le présent opus (NDA : «présent opus»... j'avais un faible pour cette expression, à l'époque !) de recéler quelques surprises. Car Bob aime à chiner chez les antiquaires des villes où il se produit, à la recherche de phonographes et de cylindres de cire… De là à remettre certaines des pièces de sa collection en service, il y avait quand-même un pas, que Bob n'a pas hésité à franchir. Ainsi Time Tunnel se termine-t-il par trois pièces au son délicieusement préhistorique, et pour cause, puisque gravées sur du matériel vieux de près d'un siècle ! Anecdotique ? Pas seulement. Car les performances de Bob Ferrel, mordant à la façon d'un «Tricky Sam» Nanton, de Frank Elmo (ténor et clarinette basse) et de Michael Cochrane, reconverti pour l'occasion en pianiste de stride, valent le détour… Quant à l'auditeur nostalgique, celui qui déplore que les techniques rudimentaires de l'époque ne donnent qu'une vague idée du «vrai» son des jazzmen du début du siècle, il pourra toujours, en comparant ces trois plages avec le reste du CD, s'amuser à essayer de reconstituer la sonorité d'origine d'un Bix Beiderbecke ou d'un Tommy Ladnier…
Le reste du CD, justement, parlons-en. Entouré, donc, de quelques autres fidèles du Spirit of Life Ensemble, Bob Ferrell s'autorise quelques multisons sur le thème-titre, offre un solo splendide de musicalité et de sensibilité sur le somptueux «Chelsea Bridge», et, sur «Sue's Summit», «Time Tunnel» ou le «Birdlike» de Freddie Hubbard, des interventions qui tranchent avec ce qui se fait généralement au trombone, en une tentative (réussie) d'adapter l'esthétique coltranienne à l'instrument. En d'autres termes, il est excellent, et ses compagnons sont bien sûr à la hauteur, de Michael Cochrane, pianiste au jeu limpide, à Calvin Hill, bassiste d'une solidité à toute épreuve, en passant par l'irréprochable Yoron Israel, léger et swinguant (et bien mis en valeur sur son propre «O.H.»), et par l'invité, Vinnie Cutro, un trompettiste à la fougue toujours parfaitement maîtrisée («Cutting Edge»). Un voyage dans le temps passionnant, à la suite des meilleurs guides qui soient.
Oui : Time Tunnel est sans doute quasi-introuvable ; sauf peut-être auprès de Bob lui-même... s'il lui en reste quelques copies. Bob Ferrel, cet homme délicieux qui aime tant le confit de canard parce que «toute cette graisse, c'est génial pour graisser la coulisse du trombone». Mais... ceci est une autre histoire !
Clic sur la p'tite flèche... et encore merci à mon généreux sauveteur...