Yesterdays... suite

Publié le par Lady D.

Image Hosted by ImageShack.us   Un petit mea culpa pour commencer : point de programmes de clubs dans le «Jazz Hot» d'octobre 1957. Mais un long papier de Marcel Romano, en goguette à New-York -- et New-York en 1957, c'est quelque chose. Extraits :

   «Tous mes amis et relations sont déjà prévenus de mon arrivée et le téléphone ne cesse de sonner du matin au soir (C'est surtout gênant le matin). Le soir je sors et tous les gars sont d'une gentillesse extrême -- les jazzmen bien sûr -- et font tout pour rendre mon séjour le plus agréable possible. Je n'ai pas une minute de libre, c'est à celui qui passera me prendre le premier, dès que j'ouvre les yeux, et c'est au prix de nombreux efforts que je parviens à me concentrer. Il est 4 heures de l'après-midi, je ne suis pas vraiment seul dans ma chambre : Assis sur le tapis ou sur le lit il y a Sonny Sitt, Babs Gonsalves, Max Roach, Paul Chambers, Bud Powell et sa femme, Jerry Gray (l'ex-femme de Wardell) (...) J'oubliais de préciser que dans la salle de bains se trouvent également "Philly" Joe Jones, en train de se raser, Stan Getz, sous la douche, et qui a élu à moitié domicile chez moi.
   J'habite au coeur de Manhattan, à Broadway, en plein centre, à l'angle de la 52è rue. Ma fenêtre donne juste sur le Birdland.»

   Déjà, ce bon Marcel a vu (et entendu) Monk au «Five Spots», Stan Getz au «Birdland», le quartet de trombones de Kai Winding au «Jazz City», Bud au «Basin Street», Dizzy, Slim Gaillard, Blossom Dearie, Horace Silver... et j'en passe -- et raté Rollins au «Continental», à son grand regret.

   Getz, c'est une vieille connaissance. Deux ans plus tôt, Marcel avait mis sur pied un concert Stan Getz à l'Olympia, «et Stan Getz avait seulement "oublié de venir"», comme le rappelle une note de bas de page.
   «Seuls sur le podium, Paul Chambers et Charlie Persip jouent en attendant le pianiste et Stan Getz qui se fait attendre. Le visage ruisselant de sueur, Stan arrive enfin, suivi de Sonny Clarke. Lorsque Getz m'aperçoit, il tombe presque à la renverse, mais il se ressaisit vite et, avec le plus large de ses sourires il se précipite vers moi. Il veut tout expliquer mais je l'en dissuade : laissons le passé, il est oublié.»

   Image Hosted by ImageShack.usUne bonne surprise : Bud Powell...
   «Elvin Jones et Bud me flanquent de grandes tapes dans le dos. Je suis absolument stupéfait par l'attitude de Bud : je n'avais conservé de lui qu'un souvenir pénible. A Paris, dans les coulisses de Pleyel, au Club Saint-Germain ou à son hôtel, je n'avais jamais vu qu'un pauvre type au regard fixe, dont il était impossible d'extraire une parole et avec qui tout contact était quasiment impossible. Pourtant le miracle est là, il sourit, il est heureux, il parle. Il me pose des questions sur tout le monde, Kenny Clarke, Pierre Michelot, Christian Garros, et plus particulièrement René Urtreger. Lorsque je lui apprends l'accident d'auto dont il vient d'être victime quelques jours plus tôt à Saint-Tropez, Bud devient tout triste et songeur. Je m'empresse de le rassurer. Je me rends maintenant compte de sa sensibilité. Effectivement, son comportement peut parfois confirmer tout ce qui est raconté sur le pseudo-dément ou le drogué. Mais depuis son séjour dans une clinique psychiatrique il y a trois ans, Bud est guéri et tout ceci appartient maintenant au passé. S'il semble avoir conservé des traces dans son comportement, c'est que Bud est extrêmement timide, très craintif et méfiant. Lors de son séjour en Europe, entouré de visages étrangers dans des pays dont il ne connaissait pas la langue, Bud s'enfermait dans une tour d'ivoire dont rien ne parvenait à le faire sortir.»

   La fin du feuilletage... c'est pour demain !
Publicité

Publié dans revue de presse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
C
Un hello de Chello
Répondre
L
Suis une Chello-fan, moi !
:
     Belle journée et bisous du pays de Râ      @nne mariePS : Quid du site de Pascal ?????
Répondre
L
Eh eh... l'a un coup de flemme le Zozzothécaire...Bises @nne-marie !
S
Bin tu vois, ce que j'aime chez toi, c'est que tu parles de musiciens "vivants" c'est à dire dans la vie courante, une manière excellente d'approcher ce que d'aucuns (les buses) vont qualifier de domaine réservé à l'élite. Quand tu veux pour le "feuilletage" et bonne fin de semaine Lady Domi
Répondre
L
Coucou Dragonne,C'est sûr qu'ils paraissent tout de suite plus humains ! Stan Getz sous la douche, franchement... on en arrive à oublier que ces types-là ont une vie tout ce qu'il y a de plus normal.Et puis, quelle avalanche de noms... à en verdir d'être née aussi tard !Bisous Dragonne, et bonne fin de semaine à toi aussi.