Rencontre du troisième type... la suite

Publié le par Lady D.

   Si vous vous souvenez, Richard Davis a laissé sa contrebasse à l'hôtel, à Toulon. Après le dîner, il va donc la récupérer. D'humeur légèrement moins sinistre, Curtis erre autour du fort ; moi aussi. Il est fatal que nos chemins se croisent. Nous errons donc ensemble en parlant de tout et de rien. Du Prof, aussi. De la guerre des fenêtres qui nous a opposés, à Paris.
   Et un moustique géant nommé Curtis Clark me mord dans le cou. Je lui pardonne... il ne sait pas ce qu'il fait. Pas vraiment, du moins.
   Nos pas nous ont menés jusqu'à l'entrée du fort, où nous guettons le retour du Patron. Curtis s'amuse un instant à vérifier les billets des spectateurs :
   - Tickets, please!

   Enfin, ça y est. Tout le monde est là. Sur scène, Andrew Hill, en solo, c'est magique ; mais Andrew est magique. A la fin de sa première partie, il vient vers moi et déclame : «The song is ended !» En choeur, nous concluons : «But the melody lingers on» et il ajoute, bien sûr : «You've got a cigarette ?»

   Le trio Curtis Clark / Richard Davis / Andrew Cyrille est sur scène. Curtis a emporté ses provisions. Sur l'ampli, à côté du piano, une bouteille et un verre. Parfois, entre deux morceaux, ou pendant un solo de batterie, il se lève, sort de la lumière des projecteurs et boit un p'tit coup, ni vu ni connu. Au piano, son comportement est étonnant. Indescriptible. Tentons quand-même : il ondule, tel un serpent charmé par la flûte de son maître. Se lève à demi, le corps tendu vers la droite, une expression extatique sur le visage ; se rasseoit ; et exécute la même manœuvre vers la gauche.
   Le lendemain au petit-déjeuner, le Prof en rigole encore. Plaquant un accord imaginaire sur la table, il imite les contorsions de Curtis. Et m'offre sa vision des expéditions de son pianiste :
   «Quand j'ai voulu présenter les musiciens, il avait disparu. "A la batterie, Andrew Cyrille; au piano..." Je regarde, il était plus là ! "A côté du piano, Curtis Clark" !»

   Après le concert, Curtis reste sur place pour manger enfin. Il part le lendemain, très tôt, ainsi qu'Andrew Cyrille. Je ne les reverrai pas. Je les attends donc dans le hall de l'hôtel. Andrew arrive le premier. Il y a eu quelques heurts entre nous, au cours de la tournée. Je lui tends la main, il éclate de rire et me prend dans ses bras pour l'accolade à l'américaine. Alain ramène Curtis un peu plus tard ; il est joyeux, notre pianiste. Très joyeux, même. Alain a eu du mal à le faire décoller du Fort Napoléon...
   «Hey, Domi !!!»
   Et il me plaque un baiser sur les lèvres, en riant comme un fou.

   «The song is ended»... mais il y a une suite à l'histoire. L'année suivante, Roland Hanna est revenu en France ; à Marciac, plus précisément. Alain est allé le voir, bien sûr. Ils ont déjeuné ensemble. Et pendant le repas, Roland, écroulé de rire, s'est mis à imiter les extravagances de Curtis. Le Prof, en rentrant aux États-Unis, lui avait raconté toute l'histoire...

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C
je fais le quatrième type,hé ?<br />
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L
Comme tu veux, mon Cactus. Plus on est de fous...
E
salut Domi !<br /> merci pour ces anecdotes qui mettent de la chair sur les notes que l'on écoute...
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L
... il faudra donc que je passe un petit bout de Curtis Clark un de ces jours...