Tenue de campagne
Retournons pour quelques minutes en 1996, au festival de Cussac Fort-Médoc (souvenez-vous : nous y avons passé un moment ensemble, voilà quatre mois).
Je suis arrivée bien en avance, et me voilà seule, un peu perdue dans l'immense enceinte meublée de bottes de paille qui serviront de sièges tout au long de ces trois soirées. Elles finiront l'aventure bien fatiguées, d'ailleurs, et que celui qui n'a jamais goûté aux joies d'une bataille à coup de poignées de foin me jette la première pierre !
Me voilà, donc, assise sur ma botte de paille, à quelques mètres de la tente qui arbore fièrement son petit panneau «Presse», empreinte d'une vague mélancolie et d'un sentiment de panique beaucoup plus présent -- je vous rappelle que j'ai aussi eu ma période agoraphobique. J'attends, sous un soleil de plomb. Qu'attends-je ? Que quelque chose se passe. N'importe quoi, mais quelque chose, zut !
Tiens, justement... voilà un grand noir qui apparaît au loin... C'est Isaac Hayes, en chemin vers une interview radio... La classe, quand-même. Tout de blanc vêtu, les incontournables lunettes noires, la démarche souple...
Quelques heures plus tard, après le concert (pour lequel il est resté en «tenue de campagne», pour reprendre son terme, ses bagages s'étant égarés en route), je m'aventure dans les loges pour enrichir ma collection d'autographes -- l'entamer, plutôt, car celui-ci a dû être l'un de mes premiers. Mister Hayes, casquette de campagne sur le crâne, baisse les yeux vers moi : «Hey, mais je te reconnais ! C'est toi qui étais assise, tout-à-l'heure !»
«Et alors ? C'est tout ?»
Ben oui, c'est tout. Mais, quand-même, Isaac Hayes... !!!