Fatsy Watsy
Rich était venu passer quelques jours à la maison. Juste à l'époque où je venais de pêcher, incrédule, un recueil de partitions de thèmes de Fats Waller dans le placard à musique de ma grand-mère, entre Chopin et Gabriel Fauré...
Nous nous attaquâmes à «Lounging at the Waldorf», avec chacun une technique très différente. Lui, essayait de mémoriser le morceau pour pouvoir surveiller ses doigts. Moi, j'essayais de garder les yeux sur la partition tout en priant pour tomber juste. Ce qui, sur du stride, n'est pas si simple...
L'occasion était trop belle. Rich, au piano, me tournait le dos. J'ai subrepticement décroché le téléphone, composé le numéro de son appartement, à Paris, et, après l'annonce du répondeur (qui reste, même après toutes ces années, gravée dans ma mémoire, du «bonn'jôur» initial au «au revoâr» final), dit ce que je pensais de son interprétation de Fatsy Watsy... «It stinks... You can't play shit... It stinks... Stop murdering this piano...» jusqu'au «bip» de fin.
Je vous laisse deviner la réaction de Rich lorsqu'il interrogea son répondeur, plus tard dans la journée, et y trouva mon message -- juste après un message de John Betsch qui ne l'avait appelé que pour se moquer de l'annonce de son répondeur...