Frère Tuxx... Deuxième
Je n'ai jamais entendu Fred chanter... mais Rich me dit, «He's ba-a-ad», et comme Rich a très bon goût...
Le premier set est à peine commencé depuis dix minutes que je peux confirmer : Frederick Tuxx est ba-a-ad. Il a tout : une voix splendide, un swing dévastateur, une présence scénique exceptionnelle, et une merveilleuse attitude, aussi. Il est heureux, tout simplement ; heureux de chanter, heureux de partager la scène du Sunset avec Rich, Wayne et Betsch. On le serait à moins, me direz-vous. Et la joie de Fred est terriblement communicative ! Toutes les cinq minutes, un éclat de rire fuse. Et quand Tuxx et Betsch éclatent de rire... ça fait du bruit, croyez-moi.
«Don't think that we're having fun up here», rigole Fred entre deux morceaux. «It's a drag to be here!». Ne croyez surtout pas qu'on s'amuse ; en fait, qu'est-ce qu'on s'ennuie !
Tiens, pour vous dire : à la fin du deuxième set, je jette un oeil vers la pendule. Il a duré plus d'une heure. Il m'a semblé durer vingt minutes à peine...
Près de la porte, toujours. Parce que j'ai mes petites phobies... et puis, c'est très pratique. Je peux regarder qui rentre et qui sort. Tiens, Bob DeMeo. Il m'avait dit qu'il passerait peut-être... alors, au cas où, j'ai pris un numéro de «Jazz Hot» où figure une courte interview de lui... Eh, Bob, je peux avoir un autographe ?
«Are you serious about it? I'm embarrassed...»

Troisième set. Le Sunset s'est un peu vidé... Je crois que je peux m'éloigner de la porte et aller, tiens, m'asseoir à côté de Bob, qui est un peu plus près de la scène. Chaque pêche du «son of a Betsch», comme il l'a surnommé (et le surnom lui est resté !) nous arrache des exclamations de pur bonheur. Bien sûr, Tuxx l'a repéré... l'invite à remplacer Betsch pour deux morceaux... quand il revient près de moi, je lui dis, «You should be playing every night». Il m'attrape par le bras : «I love you, I love you!»
Y'a pas de quoi, Bob. J'étais sincère. Tu as de l'or dans les mains...
Tuxx a eu la riche idée de poser un petit enregistreur sur une chaise au premier rang, ce soir-là. Rich m'a passé la copie de la bande. Trois cassettes. Le son est horrible. Préhistorique. Mais... la magie demeure. Et que c'est bon de les entendre rire, à l'époque où tant de musiciens, trop désireux peut-être d'être «pris au sérieux», me donnent l'impression, quand ils sont sur scène, de n'avoir qu'un désir : être ailleurs ; n'importe où, mais ailleurs.
«Don't think we're having fun up here; it's a drag to be here.»
Hé, Brother Fred : ce soir-là, je me suis autant ennuyée que vous quatre !