Chicago, automne 1998...

Publié le par Lady D.

Parmi mes disques de chevet, il y a quelques OVNIs. Ce Finally Elijah, par exemple, paru sous étiquette Southport en 1998. Y'a que moi pour avoir des trucs pareils par ici... et tant pis pour vous autres. Parce que ce petit CD, eh bien, il est plutôt goûteux... 

Le Sieur Elijah Levi, donc, est vocaliste de son état ; un vocaliste comme je les aime : une voix chaude et souple, une tessiture assez extraordinaire, une pointe de vibrato à vous coller des frissons le long de l'épine dorsale... Une belle expressivité, aussi, sans excès de sensiblerie. Et un sens du blues énorme ! C'est d'ailleurs dans les morceaux blues ou assimilés qu'il me semble le plus à l'aise : «Sweet Home Chicago», «Fever», «Stormy Monday»...

A ses côtés, une figure incontournable de la scène jazz de Chicago : Tatsu Aoki, un caméléon de la contrebasse, un boulimique de la musique aussi. Tatsu est partout, Tatsu sait tout faire. Seul en scène avec sa contrebasse, il marie ce soir free et folklore japonais. Demain, peut-être se produira-t-il aux côtés de quelque bluesman ; la semaine prochaine, il accompagnera Von Freeman, ou Fred Anderson... à moins qu'il se produise à la tête de sa propre formation, délaissant à l'occasion la contrebasse pour le taiko ? Allez savoir...

Mais ce que je sais, par contre, c'est qu'il a un son énorme. Une intelligence harmonique, une solidité rythmique assez enthousiasmantes. Surtout lorsqu'il fait équipe, comme ici, avec Dave Pavkovic, batteur / percussionniste / coloriste d'exception, toujours à l'affût du plus imperceptible changement d'atmosphère. Véritable caméléon lui aussi, qui se replonge ici avec délectation (... et parfois, me semble-t-il, une pointe d'ironie tongue-in-cheek) dans la grande tradition du drumming swing...

Quelques mots enfin sur Tim O'Dell, saxophoniste (alto et soprano) à la sonorité tendue, volontiers incantatoire (ce «Lullaby of Birdland» au déhanchement assez déconcertant) ; sur Moto Makino aussi, guitariste multiformes, qui sait aussi bien rester fermement calé dans la grille («You'd Be so Nice to Come Home to») qu'explorer toutes les possibilités harmoniques d'un thème, avec toujours un sens infaillible de la litote et une pointe de réverb' qui rend son jeu curieusement évanescent («Sweet Home Chicago»)...

Vous l'aurez compris : Finally Elijah est fait de standards, de ces standards mille fois entendus dont chacun de nous garde en son coeur sa version définitive. Mais la relecture par Elijah et ses complices de «Fever» (somptueuse intro de contrebasse et beau boulot de Pavkovic, à mains nues)  pourrait bien détrôner celle de Peggy Lee. Leur version de «Stormy Monday», low down à souhait, éclipser un moment celles de T-Bone Walker, ou de Joe Williams avec le big-bang de l'atomique Monsieur Basie... Elijah y est impérial, tant par l'étendue de sa tessiture (bien plus de trois octaves avec, quel que soit le registre, une précision sans faille) que par cette maîtrise totale de sa voix, qui lui permet de tenir une note vingt-cinq secondes (si, si : j'ai chronométré...). Et si le «God Bless the Child» que l'on trouve ici ne fera jamais oublier celui de Billie, il n'en vaut pas moins le détour, tant pour le tempo inhabituel (un medium tendance fast) et ce curieux beat, mi-latin jazz, mi-marche militaire, que pour le solo de soprano de Tim O'Dell ou, encore et toujours, l'agilité vocale, le sens de la paraphrase d'Elijah Levi...

Un «Mac the Knife» primesautier plus tard, arrive la dernière plage. Et elle est de celles qu'on n'oublie pas. C'est sur ce «Get Here» a capella, peut-être, que le background d'Elijah est le plus évident. Cet homme-là vient du gospel ; de la soul, aussi. Une fois encore, sa voix est exceptionnelle de précision et d'amplitude. De souplesse, aussi ; d'expressivité. Et de bien d'autres choses encore...

 

 

«Route 66» - Elijah Levi (vcl) Tim O'Dell (sop, as) Moto Makino (g) Tatsu Aoki (b) Dave Pavkovic (d, perc) - Enregistré en 1998 à Chicago.

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Publié dans disques de chevet

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P
C'est rigolo... elle a un goût de reviens y ta chanson...
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L
Rigolo, hein ?Au fait, Elijah Levi est un ancien membre des Ink Spots. C'est donc pour ça...
P
Euh... désolé tu t'es planté sur le nom du percu... c'est pas machin chose... c'est Shiva je l'ai reconnu...
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