Devoir de mémoire, suite
Long, très long, mais bourré d'informations passionnantes, cet article de Wikipédia… Tentons une synthèse.
Pour schématiser, il existait trois sortes de camps :
Les camps d'internement placés sous la tutelle des services de l'immigration et de la naturalisation (dépendant du Ministère de la Justice), 27 au total, dont huit accueillirent des Américains et Latino-Américains d'origine japonaise, essentiellement prêtres bouddhistes, journalistes — en bref, membres influents de la communauté nippo-américaine de l'époque. Si je comprends tout bien, ces camps accueillirent 7.000 Américains d'origine japonaise, et 2.210 Latino-Américains, dont 1.800 Péruviens. Après la guerre, 1.400 de ces citoyens Latino-Américains ne furent pas autorisés à regagner leurs pays respectifs ; plus de 900 d'entre eux (des Péruviens) furent déportés au Japon. 300 autres portèrent l'affaire devant les tribunaux et furent finalement autorisés à s'installer aux États-Unis… après que la justice ait rejeté leur requête, arguant qu'ils étaient entrés dans le pays sans passeport ni visa !
Deuxième catégorie de camps : les centres de rassemblement (de transit, pourrait-on dire) placés sous l'autorité de la WCCA (Agence de Contrôle des Civils en temps de guerre, grosso modo), créée le 9 avril 1942 suite au décret 9066 qui autorisait l'évacuation de la Côte Ouest de toute personne d'origine japonaise.
Troisième catégorie de camps : les camps de relocation dirigés par la WRA (agence de relocation de la guerre, en gros), créée par le Président Roosevelt le 18 mars 1942. Dix camps au total :
Nom État Ouvert en Population maximale
Manzanar California Mars 1942 10,046
Tule Lake California Mai 1942 18,789
Poston Arizona Mai 1942 17,814
Gila River Arizona Juillet 1942 13,348
Granada Colorado Août 1942 7,318
Heart Mountain Wyoming Août 1942 10,767
Minidoka Idaho Août 1942 9,397
Topaz Utah Septembre 1942 8,130
Rohwer Arkansas Septembre 1942 8,475
Jerome Arkansas Octobre 1942 8,497
Il est à noter que le camp de Tule Lake devint au fil des mois un «centre de ségrégation» destiné aux personnes et familles considérées comme déloyales, et à celles qui allaient finir par être déportées.
Alors, cette ségrégation, ne prit-elle naissance qu'à cause de la guerre ? Que non. Dès les années 1840, des tensions existaient entre Blancs et Asiatiques. Une série de lois fut passée, visant à décourager l'immigration japonaise (en interdisant la naturalisation, et même l'accès à la propriété de terrains), puis à l'interdire purement et simplement en 1924. En Californie, et dans nombre d'autres États, le mariage entre Blancs et Asiatiques était interdit — et le conjoint, ou la conjointe, issu(e) d'une minorité qui avait épousé un(e) Asiatique allait être interné(e) dans les camps.
Dès 1939, le FBI avait déjà recensé les citoyens, d'origine américaine ou non, et étrangers «ennemis» qui pouvaient représenter un danger pour le pays. À partir du 28 juin 1940, tout étranger de plus de 14 ans présent sur le sol des États-Unis dut se faire connaître (prise d'empreintes digitales à la clé). En quatre mois, 4.741.471 étrangers se présentèrent.
Après Pearl Harbor (7 décembre 1941), les choses s'accélérèrent, bien sûr. Non seulement on craignait une attaque japonaise d'envergure sur la Côte Ouest, mais les Japonais installés dans cette même région furent considérés comme des dangers potentiels – considération basée sur des préjugés plus que sur une réalité. Sinon, comment expliquer que des orphelins avec «une goutte de sang japonais» (comme expliqué dans une lettre par un responsable) soient déportés ? Le Lieutenant Général John L. DeWitt allait souvent répéter aux journaux qu'«un Jap est un Jap» et, lors d'un discours devant le Congrès, s'exprima en ces termes : «(Je ne veux) aucun d'eux ici. Ils représentent un danger. Il n'y a aucune façon de déterminer leur loyauté. Citoyen américain ou non, un Japonais reste un Japonais. Nous devons nous méfier des Japonais jusqu'à ce qu'ils soient éradiqués».
Il est intéressant de noter que les fermiers blancs de la Côte Ouest en particulier accueillirent favorablement la déportation des Japonais. Comme déclara l'un d'eux : «On nous accuse de vouloir nous débarrasser des Japs pour des raisons égoïstes. C'est la vérité. Il faut savoir qui vit sur la Côte Ouest : les Blancs, ou les Jaunes. Si on déportait tous les Japs, ils ne nous manqueraient pas, parce que les fermiers blancs peuvent prendre le relais et produire tout ce qu'ils produisaient. Et nous ne voulons pas les revoir à la fin de la guerre non plus.»
Il est amusant de constater que, une bonne partie des fermiers blancs de la région ayant été appelés sous les drapeaux, ce sont les immigrés mexicains qui reprirent les fermes japonaises. Et encore plus d'apprendre que l'industrie sucrière, menacée par la pénurie de main d'oeuvre, fut sauvée de la faillite par quelques milliers de prisonniers japonais, qui furent temporairement élargis pour aider à la récolte de la betterave.
Et comme si l'injustice n'avait pas été assez flagrante, devinez un peu où furent édifiés les camps de rassemblement, de relocation et d'internement ? Gagné : sur les réserves indiennes. Bien sûr, les Indiens ne furent jamais consultés, ni dédommagés. Et s'ils pensaient pouvoir bénéficier de l'usage des bâtiments construits pour l'occasion, le gouvernement s'empressa de les faire déchanter : les infrastructures furent soient détruites, soit revendues…
Quant aux conditions de détention, si les prisonniers étaient généralement bien traités et avaient le droit de rester en famille, les camps n'en étaient pas moins des camps... voir l'exemple du Heart Mountain War Relocation Center, dans le nord-ouest du Wyoming. Une enclave délimitée par des barbelés, avec toilettes communes, de simples planches en guise de lits et un buget de 45 cents par personne et par jour pour la nourriture. La plupart des prisonniers avaient évacués de leurs maisons de la Côte Ouest sans même avoir le temps de prendre des habits, pour se retrouver dans une région où, l'hiver, la température peut descendre jusqu'à -30°C...
Il y aurait encore tant à dire sur le sujet... d'ici quelques jours peut-être, pour l'instant, je vous laisse digérer cette première tartine !
Pour schématiser, il existait trois sortes de camps :
Les camps d'internement placés sous la tutelle des services de l'immigration et de la naturalisation (dépendant du Ministère de la Justice), 27 au total, dont huit accueillirent des Américains et Latino-Américains d'origine japonaise, essentiellement prêtres bouddhistes, journalistes — en bref, membres influents de la communauté nippo-américaine de l'époque. Si je comprends tout bien, ces camps accueillirent 7.000 Américains d'origine japonaise, et 2.210 Latino-Américains, dont 1.800 Péruviens. Après la guerre, 1.400 de ces citoyens Latino-Américains ne furent pas autorisés à regagner leurs pays respectifs ; plus de 900 d'entre eux (des Péruviens) furent déportés au Japon. 300 autres portèrent l'affaire devant les tribunaux et furent finalement autorisés à s'installer aux États-Unis… après que la justice ait rejeté leur requête, arguant qu'ils étaient entrés dans le pays sans passeport ni visa !
Deuxième catégorie de camps : les centres de rassemblement (de transit, pourrait-on dire) placés sous l'autorité de la WCCA (Agence de Contrôle des Civils en temps de guerre, grosso modo), créée le 9 avril 1942 suite au décret 9066 qui autorisait l'évacuation de la Côte Ouest de toute personne d'origine japonaise.
Troisième catégorie de camps : les camps de relocation dirigés par la WRA (agence de relocation de la guerre, en gros), créée par le Président Roosevelt le 18 mars 1942. Dix camps au total :
Nom État Ouvert en Population maximale
Manzanar California Mars 1942 10,046
Tule Lake California Mai 1942 18,789
Poston Arizona Mai 1942 17,814
Gila River Arizona Juillet 1942 13,348
Granada Colorado Août 1942 7,318
Heart Mountain Wyoming Août 1942 10,767
Minidoka Idaho Août 1942 9,397
Topaz Utah Septembre 1942 8,130
Rohwer Arkansas Septembre 1942 8,475
Jerome Arkansas Octobre 1942 8,497
Il est à noter que le camp de Tule Lake devint au fil des mois un «centre de ségrégation» destiné aux personnes et familles considérées comme déloyales, et à celles qui allaient finir par être déportées.
Alors, cette ségrégation, ne prit-elle naissance qu'à cause de la guerre ? Que non. Dès les années 1840, des tensions existaient entre Blancs et Asiatiques. Une série de lois fut passée, visant à décourager l'immigration japonaise (en interdisant la naturalisation, et même l'accès à la propriété de terrains), puis à l'interdire purement et simplement en 1924. En Californie, et dans nombre d'autres États, le mariage entre Blancs et Asiatiques était interdit — et le conjoint, ou la conjointe, issu(e) d'une minorité qui avait épousé un(e) Asiatique allait être interné(e) dans les camps.
Dès 1939, le FBI avait déjà recensé les citoyens, d'origine américaine ou non, et étrangers «ennemis» qui pouvaient représenter un danger pour le pays. À partir du 28 juin 1940, tout étranger de plus de 14 ans présent sur le sol des États-Unis dut se faire connaître (prise d'empreintes digitales à la clé). En quatre mois, 4.741.471 étrangers se présentèrent.
Après Pearl Harbor (7 décembre 1941), les choses s'accélérèrent, bien sûr. Non seulement on craignait une attaque japonaise d'envergure sur la Côte Ouest, mais les Japonais installés dans cette même région furent considérés comme des dangers potentiels – considération basée sur des préjugés plus que sur une réalité. Sinon, comment expliquer que des orphelins avec «une goutte de sang japonais» (comme expliqué dans une lettre par un responsable) soient déportés ? Le Lieutenant Général John L. DeWitt allait souvent répéter aux journaux qu'«un Jap est un Jap» et, lors d'un discours devant le Congrès, s'exprima en ces termes : «(Je ne veux) aucun d'eux ici. Ils représentent un danger. Il n'y a aucune façon de déterminer leur loyauté. Citoyen américain ou non, un Japonais reste un Japonais. Nous devons nous méfier des Japonais jusqu'à ce qu'ils soient éradiqués».
Il est intéressant de noter que les fermiers blancs de la Côte Ouest en particulier accueillirent favorablement la déportation des Japonais. Comme déclara l'un d'eux : «On nous accuse de vouloir nous débarrasser des Japs pour des raisons égoïstes. C'est la vérité. Il faut savoir qui vit sur la Côte Ouest : les Blancs, ou les Jaunes. Si on déportait tous les Japs, ils ne nous manqueraient pas, parce que les fermiers blancs peuvent prendre le relais et produire tout ce qu'ils produisaient. Et nous ne voulons pas les revoir à la fin de la guerre non plus.»
Il est amusant de constater que, une bonne partie des fermiers blancs de la région ayant été appelés sous les drapeaux, ce sont les immigrés mexicains qui reprirent les fermes japonaises. Et encore plus d'apprendre que l'industrie sucrière, menacée par la pénurie de main d'oeuvre, fut sauvée de la faillite par quelques milliers de prisonniers japonais, qui furent temporairement élargis pour aider à la récolte de la betterave.
Et comme si l'injustice n'avait pas été assez flagrante, devinez un peu où furent édifiés les camps de rassemblement, de relocation et d'internement ? Gagné : sur les réserves indiennes. Bien sûr, les Indiens ne furent jamais consultés, ni dédommagés. Et s'ils pensaient pouvoir bénéficier de l'usage des bâtiments construits pour l'occasion, le gouvernement s'empressa de les faire déchanter : les infrastructures furent soient détruites, soit revendues…
Quant aux conditions de détention, si les prisonniers étaient généralement bien traités et avaient le droit de rester en famille, les camps n'en étaient pas moins des camps... voir l'exemple du Heart Mountain War Relocation Center, dans le nord-ouest du Wyoming. Une enclave délimitée par des barbelés, avec toilettes communes, de simples planches en guise de lits et un buget de 45 cents par personne et par jour pour la nourriture. La plupart des prisonniers avaient évacués de leurs maisons de la Côte Ouest sans même avoir le temps de prendre des habits, pour se retrouver dans une région où, l'hiver, la température peut descendre jusqu'à -30°C...
Il y aurait encore tant à dire sur le sujet... d'ici quelques jours peut-être, pour l'instant, je vous laisse digérer cette première tartine !
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