Ja, sie haben Rythmus !
Quand les choses ne se passent pas exactement comme prévu, il faut savoir s'adapter. Improviser en quelque sorte... Tenez, par exemple, prenez le cas de ce Standard Project (West Wind 2086) de 1992. A l'origine, le saxophoniste ténor Jürgen Seefelder, le contrebassiste Thomas Stabenow et le batteur Wolfgang Haffner devaient entrer en studio en compagnie d'un pianiste (non identifié dans le texte de livret) pour y enregistrer quelques originaux de Seefelder. Mais trois jours avant la séance, le pianiste se décommanda. Compositions et arrangements étaient trop complexes pour que Jürgen puisse envisager de lui chercher un remplaçant... de sorte qu'il se rabattit sur, d'une, le guitariste Karl Ratzer et, deux, un répertoire exclusivement composé de standards.Le décor planté, jetons un oeil sur les protagonistes. Inconnus par ici, bien sûr. Jürgen Seefelder d'abord, âgé à l'époque de 38 ans, et membre du big-band d'Al Porcino et du SDR Big Band -- par la suite, on le retrouvera aux côtés de Dusko Goykovitch, Keith Copeland ou Aladar Pege. Belle carte de visite aussi que celle de Thomas Stabenow, son aîné de deux ans : de Johnny Griffin à Al Jarreau, en passant par Joe Pass, Stan Getz et Tootske Thielemans. Pas mal non plus, le passé de Wolfgang Haffner, qui, à 26 ans, s'était déjà produit aux côtés de John Abercrombie, Randy Brecker ou Klaus Doldinger... Reste le quatrième homme, l'Autrichien Karl Ratzer, moins obscur peut-être... grâce essentiellement à un séjour d'une dizaine d'années aux États-Unis (1970-1980), qui le voit se produire et enregistrer avec Rufus & Chaka Khan, mais aussi Art Farmer, Clark Terry, Lockjaw Davis (avec lui, il enregistrera l'album «Land of Dreams» en 1982) et Chet Baker, pour une tournée européenne en 1980...
Bon, c'est bien beau, tout ça, mais quid de la musique ? Vous avez semble-t-il apprécié le «Out of Nowhere» en écoute ces derniers jours... eh bien, le reste du cédé est du même tonneau. Même discours fluide, même sonorité robuste de ténor, où plane l'ombre de Coltrane, avec une pointe de Dexter Gordon... mais pas seulement ; même sonorité éthérée de guitare ; même tandem rythmique surpuissant qui propulse le soliste vers des sommets de swing, Stabenow comme Haffner prenant à l'occasion quelques chouettes solos... et, au moment de choisir le morceau que je vais mettre en écoute, me voilà bien embarrassée... comment choisir entre ce «Locomotion» qui swingue du feu de Dieu, ce «Seven Steps to Heaven» et ses breaks futés de batterie, ce «Loverman» tendre et rêveur (somptueux solos de Ratzer et Stabenow, qui reprend dans le sien un motif de son accompagnement au solo de guitare), ce «I Hear a Rhapsody» pétillant et son exposé à la basse, petit miracle de justesse, d'inventivité et d'équilibre (et quelle sonorité, boisée, vivante à souhait !), ce «In Your Own Sweet Way» qui balance doucement, ce «Visitation» exposé à l'unisson par Seefelder et Stabenow et ce «Cookin' at the Continental» de folie ?
Une seule solution : tirer au sort ! Mais quel que soit le résultat, il sera excellent... cliquez sans crainte, donc !
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