Édition spatiale
Parce qu'il serait peut-être temps...Ah oui, quand-même ; pas loin d'un mois que j'ai mis le dernier blindfold en ligne. J'en ai même oublié qui avait gagné -- il y a de fortes chances pour que ce soit Christian, notre champion toutes catégories.
Vous ouïtes donc, en cette période réveillonnesque, un extrait du Space Book (Original Jazz Classics OJCCD-896-2) de Booker Ervin, gravé en 1964 -- suite logique des Freedom Book, Song Book et Blues Book, tous enregistrés en à peine plus de six mois. Aux commandes, Booker Telleferro Ervin Jr. (si si, je vous jure, il s'appelait vraiment comme ça), texan d'origine qui avait fait ses premières armes sur le trombone paternel avant de passer au ténor lors de son service militaire, en 1950 -- et en autodidacte.
En 1958, Booker Ervin arrive à New-York. Sur les conseils d'Horace Parlan, Mingus l'engage -- il sera de toutes les aventures mingusiennes, ou presque, jusqu'en 1963 : Blues and Roots... Mingus Ah Um... Mingus, Mingus, Mingus, Mingus, Mingus... sans oublier le festival d'Antibes en 1960.
Booker Ervin, c'est un jeu qui se situe à la croisée des chemins, en quelque sorte. Rien d'étonnant à ce qu'il entraîne Jaki Byard, pianiste aventurier côtoyé chez Mingus, dans les aventures du Freedom Book, puis de ce Space Book. Autre aventurier notoire, partenaire de Booker pour les quatres «Books» de la série, le contrebassiste Richard Davis. Et en guise de point d'ancrage, pour retenir tout ce petit monde à la terre ferme, le batteur Alan Dawson -- un cas à part que ce merveilleux batteur, dont le drumming allie finesse, inventivité et maîtrise technique sans faille : il fut enseignant bien plus que performer, si l'on excepte son séjour au sein du quartet de Dave Brubeck (1968-1974) et un nombre étonnamment réduit d'enregistrements, dont la série des «Books», justement...
Celui-là, je vous préviens, je ne sais pas trop par quel bout le prendre. D'ailleurs, je l'ai dit ailleurs, le jazz, moi, j'y comprends que pouic -- alors ne comptez pas trop sur moi. Ce que je sais, mais il faut dire que mon oreille fonctionne d'une façon assez particulière, c'est qu'il y a là quelques lignes de basse qui me laissent coite. Mais ça, c'est l'effet Richard Davis. Écoutez plutôt ce contrechant sur l'exposé de «There Is No Greater Love», encore en écoute ici, cet accompagnement sinueux, qui se joue et du tempo, et des harmonies, sur «I Can't Get Started» ; écoutez aussi comment fonctionne le tandem qu'il forme avec Alan Dawson sur «Number Two», derrière le solo-brûlot de Booker Ervin : une idée de motif rythmique lancée par l'un, saisie au vol par l'autre... du grand art, dans le genre funambulisme. Il y en a un autre qui me laisse sans voix, c'est Jaki Byard. Imprévisible. Du bop à l'impressionnisme debussyen en passant par quelques accords taquins et libertaires (voir la chase qui clôture «Number Two», entre autres)... un jeu fait de ruptures, de collages... un jeu de déconstruction, en quelque sorte.
Et sur cette rythmique grand luxe, se pose le jeu de ténor hypnotique de Booker Ervin -- un gros son dans la plus pure tradition texane, mais qui favorise le registre aigu du ténor, un jeu fermement ancré dans le blues, mais qui s'autorise quelques escapades modales...
Indescriptible, ce Space Book. Pour vous faire une idée, le plus simple reste encore de cliquer !
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