Boss Tenors
Ô joie, ô bonheur... j'ai retrouvé au fin fond de mon ordi la chronique d'origine du In Orbit!!! (Verve 549 371-2) crédité aux Boss Tenors... même pas besoin de plancher sur leur cas, vu que je suis tout à fait d'accord avec la moi-même d'il y a quelques années, qui s'était enthousiasmée sans réserves pour cet album...Un petit copier/coller, donc :
À ma droite : Gene Ammons, un spécialiste de la chase, robuste et velouté ; à ma gauche : Sonny Stitt, altiste volubile et ténor qui déploie, sur les ballades, un charme insidieux. L'affiche est un classique (souvenez-vous du groupe que co-dirigèrent les deux compères entre 1950 et 1952), mais on ne s'en lasse pas. D'autant que voilà nos jouteurs soutenus de fort belle manière, par deux hommes qui accompagneront Stitt tout au long de la décennie (Don Patterson et Billy James) et par l'un de ces guitaristes au son limpide, au discours gorgé de blues, comme les années soul jazz en produisirent tant (Paul Weeden). Trois musiciens qui, hormis peut-être Patterson, n'appartiennent certes pas au gotha du jazz, mais qui n'en font pas moins exactement ce qu'on attend d'eux, à savoir asseoir un tempo d'une solidité à toute épreuve, relevé d'une pointe de shuffle («Je ne sais pas pourquoi le shuffle remue autant les gens, mais ça les remue», disait Sam Woodyard, qui savait de quoi il parlait)… de quoi propulser n'importe quel soliste vers des sommets de swing ! Poussés par l'orgue bondissant de Don Patterson, les accords pressants plaqués par Paul Weeden et le drumming sans fioritures de l'efficace Billy James, Ammons et Stitt, après l'exposé à l'unisson («Walkin'»), à la tierce («John Brown's Body») ou avec commentaire du comparse («Why Was I Born?») s'en donnent à cœur joie : voir comment Stitt, sonorité tranchante, déboule à la suite d'Ammons sur «John Brown's Body», comment il musarde sur le passage en stroll (c'est-à-dire où Patterson joue la seule ligne de basse) de «Why Was I Born?», comment il rebondit sur un honk explosif sur «Walkin'». Voir encore le son énorme, l'autorité de Gene Ammons sur «Why Was I Born?», ou comment les deux compères doublent, dédoublent, redoublent le tempo sur «Long Ago And Far Away» – comment enfin il se lancent avec jubilation dans la chase qui clôt chaque plage. Près de 40' d'une joute à couper le souffle, et un seul vainqueur : le swing !
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