Bal(l)ade du mardi...

Publié le par Milady

   Quand la destinée s'en mêle... Papa et Maman Burrell eussent-ils été juste un peu plus aisés, c'est au saxophone ténor que le fiston se serait (peut-être) fait une place dans l'histoire du jazz, dans un style que l'on peut imaginer influencé par Coleman Hawkins et Herschel Evans.
   Mais un ténor, c'est trop cher. Et c'est ainsi qu'en 1943, à l'âge de douze ans, voilà notre Kenny en possession d'une guitare qu'il a achetée dix dollars -- avec l'aide de son frère Billy, qui se servira de l'instrument, tout comme Donald, le troisième des Burrell Brothers.
   Peut-être n'est-il pas inutile de préciser que la famille Burrell vit à Detroit, Michigan. Et que Detroit, dans les années 40, c'est l'une des villes les plus remuantes des États-Unis. La ville d'origine de Roland Hanna, Tommy Flanagan, Lucky Thompson, Donald Byrd, Pepper Adams, Milt Jackson, Barry Harris... L'environnement rêvé pour un jeune autodidacte, qui fait ses griffes au sein de quelques bons groupes locaux : le Candy Johnson Sextet, l'orchestre de Count Belcher... avant de se produire aux côtés de Dizzy au «Club Juana» en 1951.
   Mais il faudra encore attendre quatre ans pour que Kenny, son «Bachelor of Music degree» de la Wayne University en poche (il a étudié la composition et la guitare classique) se hasarde hors de la région de Detroit. Ce sera avec Oscar Peterson... et Kenny finira par s'installer à New-York, pour débuter la carrière que l'on sait.

   Mais venons-en à Monday Stroll (Savoy SV-0246) et son line-up à deux guitares, inhabituel pour l'époque -- line-up à forte connotation basiesque de surcroît, comme souvent sur les albums Savoy de la seconde moitié des années 50. «J'étais tout jeune alors», se souviendra Kenny par la suite, «et j'ai été vraiment flatté qu'on me demande d'enregistrer avec ces grands musiciens. (...) Je jouais du jazz depuis que j'avais quinze ans, des morceaux de Basie, de Charlie Parker, d'Ellington. Le concept Basie représentait pour moi un environnement dans lequel je me sentais parfaitement à l'aise.»
   Quatre Basie-ites donc sur cet album. Frank Wess, à la flûte sauf sur «Woolafunt's Lament» qui le voit passer au ténor -- il est aussi le compositeur de quatre des sept plages, dont «Woolafunt» et le «Monday Stroll» en écoute ces derniers jours. L'inamovible Freddie Greene, paradoxe jazzistique entre tous : autant on a tendance à oublier sa présence, autant son absence est quasi-palpable -- Basie a parfois enregistré sans lui, si si, je vous jure, au moins quelques plages avec Steve Jordan dans les années 60, et... il manque quelque chose. Sans Freddie Greene, l'Atomic Big Bang de Monsieur Basie n'est qu'un big-band parmi tant d'autres... Troisième Basie-ite, Eddie Jones, tout en souplesse -- une walking bass chaleureuse qui se marie à merveille avec les balais de Gus Johnson sur «Woolafunt» et «Stroll», et avec ceux de Kenny Clarke, un poil plus crépitants, sur le reste de l'album. Belle autoroute à swing, vous en conviendrez. Alors, l'ami Kenny fonce... écoutez plutôt ce «Kansas City Side» plein de sève -- encore une composition de Frank Wess, tiens -- sur lequel l'influence de Charlie Christian se fait sentir, un peu plus encore que sur les autres plages peut-être.

   Au fait, vous avez remarqué ? Alors que tant de musiciens traversent des périodes bien distinctes, que leur style évolue, reflétant les turbulences musicales qui les entourent, Kenny Burrell aura traversé cinq décennies de jazz, apparemment hermétique aux courants successifs qu'aura connu cette musique. En 1978, il expliquera : «J'essaie encore de trouver exactement les notes que je veux trouver et de les faire sonner exactement comme je veux qu'elles sonnent. Dans les années 50, je ne faisais rien d'autre que ce que je fais encore aujourd'hui : ces notes-là, je me bagarre pour arriver à les sortir.» Et Thad Jones de renchérir : «Il est toujours en pleine phase d'exploration, il cherche toujours ces fameuses notes !»

   Moi, je dirais que déjà, en 1957, il les avait trouvées... pas vous ?



«Kansas City Side» - Frank Wess (fl), Kenny Burrell, Freddie Greene (g), Eddie Jones (b), Kenny Clarke (dm) - Enregistré le 17 décembre 1956 à Hackensack, New Jersey.

 

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Publié dans disques de chevet

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S
C'est tout simplement sa "patte" comme un peintre ou un auteur, pourquoi voudrait-on qu'il évolue s'il les a trouvés ses notes... il suffit qu'il les fasse résonner à sa manière, ça, ça passe toutes les modes s'pas?Bises Lady et j'ai bien aimé l'extrait (j'ai dû couper Macbeth que j'écoutais, ça faisait un peu désordre hé, hé)
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M
Mdr, Macbeth + Kenny Burrell, le mélange devait être détonnant !!! Faudra essayer ça, tiens.Mais non justement, ses notes, il les a cherchées pendant des décennies... et même un peintre ou un auteur connaît plusieurs périodes, alors que lui... non. Intemporel. Impossible de dater un enregistrement de Kenny Burrell en se basant sur son seul jeu. C'est quand-même assez incroyable !Bises Dragonne -- j'attends Macbeth avec impatience, eh eh...
C
j'adore, c'est plein de pêche et de joie de vivre!! merci un bon départ pour la journée!
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M
Tout guilleret le CoinCoin, aujourd'hui !Bises Cocole et à bientôt.