Mambo with Pucho
Allez. L'heure est venue de repêcher dans les abysses où il avait sombré le Blindfold Numéro Vingt-et-Un... «Sex Machine» comme vous ne l'aviez jamais entendu, par (mais ça, fausse manoeuvre Putfile oblige, vous le saviez) Pucho & his Latin Soul Brothers. Titre tiré du CD Rip A Dip, paru sous étiquette Milestone (MCD-9247-D pour faire dans la précision) et, surtout, surtout, sous livret pétulant dont ceux qui ont eu la chance de le voir ne se sont jamais tout à fait remis. D'ailleurs, personne ne m'ôtera de l'idée que la vague de suicides qui a secoué OB il y a quelques semaines a été provoquée par la vision de la bouille épanouie de l'ami Pucho, tout fier de sa nouvelle veste (je vous jure que Photoshop n'y est pour rien, elle est vraiment de cette couleur-là).
Mais laissez-moi vous présenter à l'heureux possesseur de cette oeuvre d'art sartoriale : Henry «Pucho» Brown, joueur de timbales (voilà ce que c'est de voir Tito Puente quand on est tout petit) et joyeux chef de file des Latin Soul Brothers qui distillent leur «Latin boogaloo» depuis une bonne quarantaine d'années maintenant ; eh oui : dans les années 60, les Brothers, qui comptèrent dans leurs rangs le batteur «Pretty» Purdie et le claviériste Neal Creque enregistrèrent la bagatelle de sept albums pour Prestige. Albums qui, une trentaine d'années plus tard, allaient faire le bonheur des DJs londoniens, qui lançaient alors ce que l'on allait appeler l'acid-jazz... La suite, vous la devinez : elle pourrait s'intituler «Pucho II - Le retour»...
Bon. Je sens que je m'égare, mais vous avez l'habitude. Alors, peut-être ne serait-il pas inutile de nous pencher sur ce terme de «Latin boogaloo», quelque peu hermétique de prime abord... «Le Latin boogaloo était à l'origine un cha-cha sur tempo lent avec un backbeat», se souvient Pucho dans le texte de livret. «Dans la même atmosphère que le boogaloo noir, mais essentiellement latin, avec des paroles en espagnol, ou dans les deux langues. Mais quand nous jouions le boogaloo, nous jouions des morceaux typiquement noirs comme «Mustang Sally» et «In the Midnight Hour», plaqués sur des rythmes latins.» Et si vous ne savez pas ce qu'est le boogaloo, allez donc voir là, sinon on y est encore demain.
Alors, ce Rip A Dip ? C'est pêchu, cuivré, remuant, gigotant au possible. Mais pas seulement. Il y a là des arrangements futés (le motif mélodique en 4/4 de «Trouble Man», plaqué sur une assise rythmique en 6/8 -- pas trop le vertige ?), des sonorités rarements entendues (les unissons des Pazant Brothers, Al à la trompette et Eddie à l'alto, sur «Greasy Greens»), une variété d'atmosphères bienvenue, et Pucho d'en rigoler : «Si vous écoutez «Slippin into Darkness» et ensuite «Pucho's Descarga II», vous pouvez vous dire qu'il s'agit de deux orchestres différents. Mais c'est ma musique. Mon orchestre est un orchestre à plusieurs facettes».
Et là, je m'interroge : quel morceau mettre en écoute ? Ce «Good News Blues» fluide relevé par juste une pointe de percus ? Peut-être plutôt «Ritmo Nueva York», tiens, qui fait la part belle à la section de percus... mais tout en douceur... Vamos !
«Ritmo Nueva York» - les solistes : Ernesto Colon (bgo), William «Yams» Bivens (vib), Steve Berrios (coro), Pucho (timb) - Enregistré à New-York en juin 1995.
