I remember Maynard
Entre une connection vacillante, ces derniers jours et un boulot qui refuse obstinément de se faire tout seul, je vous ai quelque peu délaissés. Et vous fais mes excuses les plus humbles, en vous promettant de faire de mon mieux pour reprendre un rythme un peu plus soutenu.
Toujours trouvé dans l'International Herald Tribune, ce papier du tromboniste / écrivain Mike Zwerin, qui passa deux ans (1959 et 1960) dans l'orchestre de Maynard Ferguson, le trompettiste canadien récemment décédé (pour l'hommage, voir entre autres chez notre Jazzfan numéro un, le one and only Duke, là). Zwerin s'y rappelle, entre autres, le «daltonisme» de Maynard ; quand un poste se libérait, il prenait le musicien qui lui semblait le plus apte à le remplir, sans se soucier de la couleur de sa peau. Et, souligne Zwerin, «les orchestres mixtes étaient rares, en ce temps-là». Il se rappelle aussi que jamais Maynard n'a eu peur d'engager un soliste qui aurait pu être meilleur que lui -- bien au contraire, et pas question de l'étouffer non plus. Chacun avait tout loisir de s'exprimer en solo.
Mais Maynard avait un point faible ; assez paradoxalement, lequel point faible était aussi son point fort : sa capacité à virevolter dans le registre aigu, voire suraigu. «Il pouvait jouer le blues avec beaucoup de sensibilité quand il le voulait», note Zwerin, «mais la plupart du temps il restait dans le registre aigu, ce que le public adorait.» Et pourtant, «contrairement à la plupart des spécialistes du suraigu (comme par exemple Cat Anderson chez Duke Ellington), il avait une belle sonorité, très pleine, dans les graves.»
Il fallait un big-band derrière Maynard pour apporter un peu d'équilibre. «Mais», souligne Zwerin, «la sonorité d'ensemble était encore dans les aigus, comme sur une chaîne dont on aurait oublié de régler les basses. Quelqu'un a dit un jour que la trompette de Maynard "hurlait avec une vulgarité passionnée" et, dans la section de cuivres, nous avions l'habitude de dire : Si Maynard avait du goût, il serait un génie".»
Il n'en reste pas moins que Zwerin considère Maynard Ferguson comme «le meilleur patron» qu'il ait jamais eu. Et de conclure par cette anecdote :
«Un week-end, je suis parti en voiture de New-York en pleine tempête de neige pour un concert à Cincinnati. Le lundi d'après, j'ai touché un chèque de $ 35 pour le concert et un autre de $ 109 pour mes frais d'essence. Les choses n'ont pas beaucoup changé. J'ai récemment entendu un guitariste dire, non sans raison, que le cachet des musiciens est inversement proportionnel au plaisir qu'ils éprouvent à jouer.»
C'est ce qu'on appelle la passion...
Toujours trouvé dans l'International Herald Tribune, ce papier du tromboniste / écrivain Mike Zwerin, qui passa deux ans (1959 et 1960) dans l'orchestre de Maynard Ferguson, le trompettiste canadien récemment décédé (pour l'hommage, voir entre autres chez notre Jazzfan numéro un, le one and only Duke, là). Zwerin s'y rappelle, entre autres, le «daltonisme» de Maynard ; quand un poste se libérait, il prenait le musicien qui lui semblait le plus apte à le remplir, sans se soucier de la couleur de sa peau. Et, souligne Zwerin, «les orchestres mixtes étaient rares, en ce temps-là». Il se rappelle aussi que jamais Maynard n'a eu peur d'engager un soliste qui aurait pu être meilleur que lui -- bien au contraire, et pas question de l'étouffer non plus. Chacun avait tout loisir de s'exprimer en solo.
Mais Maynard avait un point faible ; assez paradoxalement, lequel point faible était aussi son point fort : sa capacité à virevolter dans le registre aigu, voire suraigu. «Il pouvait jouer le blues avec beaucoup de sensibilité quand il le voulait», note Zwerin, «mais la plupart du temps il restait dans le registre aigu, ce que le public adorait.» Et pourtant, «contrairement à la plupart des spécialistes du suraigu (comme par exemple Cat Anderson chez Duke Ellington), il avait une belle sonorité, très pleine, dans les graves.»
Il fallait un big-band derrière Maynard pour apporter un peu d'équilibre. «Mais», souligne Zwerin, «la sonorité d'ensemble était encore dans les aigus, comme sur une chaîne dont on aurait oublié de régler les basses. Quelqu'un a dit un jour que la trompette de Maynard "hurlait avec une vulgarité passionnée" et, dans la section de cuivres, nous avions l'habitude de dire : Si Maynard avait du goût, il serait un génie".»
Il n'en reste pas moins que Zwerin considère Maynard Ferguson comme «le meilleur patron» qu'il ait jamais eu. Et de conclure par cette anecdote :
«Un week-end, je suis parti en voiture de New-York en pleine tempête de neige pour un concert à Cincinnati. Le lundi d'après, j'ai touché un chèque de $ 35 pour le concert et un autre de $ 109 pour mes frais d'essence. Les choses n'ont pas beaucoup changé. J'ai récemment entendu un guitariste dire, non sans raison, que le cachet des musiciens est inversement proportionnel au plaisir qu'ils éprouvent à jouer.»
C'est ce qu'on appelle la passion...
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