Blossom
Il était une fois, donc, une petite fille joliment nommée Blossom Dearie, ce qui, en français, signifie à peu près «Fleur Chérie». Comme la Nature fait parfois fort bien les choses, elle dota Blossom d'une voix délicieuse, acidulée, empreinte d'une sensualité espiègle ; d'un joli don pour le piano, aussi, qu'elle ne commença à exploiter que vers la fin des années 40, après un séjour au sein des Blue Flames, le groupe vocal de l'orchestre de Woody Herman.
1952 : Nicole Barclay invite Blossom à Paris ; elle y fait la connaissance du pianiste et vocaliste Bob Dorough, dont le style intimiste ressemble tellement au sien, et qu'elle retrouve au sein des Blue Stars de Paris, groupe vocal composé de quatre hommes et autant de femmes (dont Christiane Legrand, futur membre des Double Six). Les Blue Stars deviendront quelques années plus tard les Swingle Singers... mais c'est une autre histoire. Blossom ne sera pas de l'aventure : elle est rentrée à New-York, avec le saxophoniste Bobby Jaspar, qu'elle a épousé à Paris.
Et là, pas fou, Norman Granz l'intercepte. Blossom gravera six disques pour Verve. Ses accompagnateurs ? Les guitaristes Mundell Lowe, Kenny Burrell et Herb Ellis ; l'inamovible Ray Brown à la contrebasse ; et, à la batterie, Jo Jones d'abord, puis Ed Thigpen : rien de plus normal. Parallèlement, Blossom continue à se produire en club tout au long des années 60. Au Village Vanguard, entre autres. Et devinez un peu qui a glissé à l'oreille de Max Gordon que ce serait peut-être une bonne idée de l'engager ? Ce bon vieux Miles Davis, qui n'a pourtant pas pour habitude d'être tendre avec ses collègues.
Mais... revenons à Give Him the Ooh-La-La (Verve 517 067-2). Illustration parfaite de l'amour de Miss Dearie pour les «nouvelles chansons que personne n'entend». Est-ce d'ailleurs un hasard si les trois increvables standards sont rassemblés en tout début d'album ? Un rapide «Just One of Those Things», et son premier chorus en duo voix / contrebasse ; «Like Someone in Love» ; «Between the Devil and the Deep Blue Sea», porté par la cymbale caressante de Jo Jones... Et on peut passer à autre chose : ballades délicates, dont elle détaille les paroles avec une grâce infinie : «Try Your Wings», «I Walk a Little Faster» ; swingers imparables, qui mettent aussi en valeur son jeu de piano tout de fraîcheur et de simplicité : «The Middle of Love» et son petit passage à la Rose Murphy ; une composition espiègle (et méconnue) de Cole Porter, «Give Him the Ooh-La-La», qui réussit à réunir dans les paroles Napoléon et Tallulah Bankhead ; l'ironique «The Riviera», de la plume de l'un de ses auteurs compositeurs préférés, Cy Coleman (lequel viendra d'ailleurs chanter son «Doop-Doop-Dee-Oop» en duo avec elle l'année suivante). Et, cerise sur le gâteau dont je vous propose de déguster une part pour votre petit-déjeuner, la version française de «Heart of my Heart», qu'elle chante avec un accent irrésistible...
«Plus Je T'Embrasse» - Blossom Dearie (p, vcl), Herb Ellis (g), Ray Brown (b), Jo Jones (dm) - Enregistré les 12 et 13 septembre 1957 à New-York.
