On the road, chapitre 3
L'été, c'est la saison des vide-greniers. Tiens, justement il y en a un, dans les rues de la riante bourgade de Lisle-sur-Dronne.
Je ne suis pas du genre à courir le vide-grenier ; mais puisqu'on est là... Mon œil acéré balaie rapidement les étalages, en quête de quelque merveille. Un sombrero made in Taïwan en tergal vert pomme... Une assiette à soupe avec au fond le portrait en relief de Max Pécas... Une boîte à meuh qui fait «bêêê»... Une tasse à deux anses pour ambidextre avec vue du bureau des PTT de Saint-Bauzille de Putois... Le tee-shirt de la dernière tournée italienne de Bob Geldof (blanc devant, blanc derrière)...
Rien de tout ça. Mais, mais, mais, que vois-je tout là-bas, sur le dernier stand de la petite rue à droite, négligemment posé sur la tablette inférieure d'une table en pur aluminium chromé ? Oh... Qu'il est joli... J'ose, ou pas ?
Un euro. Allez, j'ose.
(Note : afin de ménager les plus sensibles d'entre vous, je n'ai pas voulu mettre directement la photo de la chose sur ces pages. Vous pouvez cliquer ici, mais la maison se dégage de tout responsabilité en cas de séquelles...)
L'objet sous le bras, voilà que je scrute maintenant les étalages d'un tout autre œil. Lequel est irrésistiblement attiré par les cartons, posés à même le sol, qui pourraient bien recéler quelque autre merveille...
Voyons... «Les Plus Grands Succès de Julio Iglésias»... «Lara Fabian Chante Lohengrin»... tiens donc... «L'Accordéon Magique d'Yvette Horner»... Rien dans celui-là.
Quelques mètres plus loin : «Qui Va Garder Mon Crocodile Cet Été»... «Dix Airs du Folklore Russe à la Bombarde»... J'hésite... «Prestige Moodsville»... «Si Toi Aussi Tu T'En Irais»...
Hein ?
«Prestige Moodsville» ? Ai-je bien lu, ou halluciné-je ?
Oh, la belle bleue ! Il y a bien marqué «Prestige», et puis «Moodsville», et puis «7», et puis «At Ease With Coleman Hawkins»...
D'abord, jetons un rapide regard à la pochette : à peine éraflée. Ensuite, sortons subrepticement le vinyl : pas une rayure. Enfin, prenons la chose par le coin, entre le pouce et l'index, adoptons un air détaché, limite dégoûté :
- C'est combien, ça ?
- Deux euros.
Avec une petite moue très «c'est un peu cher, mais ça fera plaisir à Tante Ursule», séparons-nous donc de deux euros et éloignons-nous vite, des fois que le jeune homme change d'avis !
Pas vrai, qu'il est joli ? Même si ce n'est qu'un pressage anglais ? Tommy Flanagan... Wendell Marshall... Osie Johnson... et le Bean, sensuel comme jamais sur une poignée de balades...
