Eh oui... C'était lui...

Publié le par Lady D.

   Écœurée, j'abandonne. Ne pas trouver Phil Woods, quand-même !!!
   Puisque c'est comme ça, une fois n'est pas coutume, j'aborde ce CD du point de vue de l'auditrice aux goûts bien définis et aux opinions bien tranchées.

   Retour en arrière de quelques années, au moment de la réédition de cet album. Phil Woods, j'aime beaucoup. Art Farmer, je n'ai rien contre. Mais les autres... les autres !!! J'ai toujours trouvé Daniel Humair d'une lourdeur insupportable (il faut dire aussi que je ne cours pas après ses enregistrements, ce que j'ai entendu de lui m'a suffi) ; d'Henri Texier, je ne pense rien. Et Martial Solal... m'ennuie à mourir. Sa musique n'éveille rien en moi. Sinon une irrépressible envie d'écouter autre chose. Là aussi, bien sûr, je n'ai pas fait l'effort de chercher à en entendre plus. Il y a tant de musiques dont je sais que je vais les aimer, pourquoi prendre le risque de s'embarquer dans une heure de profond ennui ?

   C'est donc avec circonspection que j'insère What Happens?... (CamJazz CAM498377-2) dans le lecteur. Pas du genre à abandonner aussi facilement mes préjugés.

   Ah oui, mais là... les préjugés, ils s'évaporent. Une fois passé l'exposé d'un «Watch What Happens» survitaminé, rien à faire : j'ai beau m'y accrocher, pas moyen de les retenir ! La cymbale frémissante de Humair en guise de tapis volant, je m'embarque pour trois-quarts d'heure de bonheur émerveillé... mais c'est qu'il est bien, ce CD ! Rien à jeter ! Au contraire ! Un regret, peut-être : que Solal soit un peu en retrait par rapport à ses partenaires -- pour cause d'incompatibilité immédiate entre son jeu et celui d'Art Farmer, nous apprend le texte de livret. Alors, son jeu reste d'une sagesse étonnante, surtout si je le compare à ses explorations sur les plages gravées l'après-midi-même en compagnie de Lee Konitz. A peine s'autorise-t-il quelques mesures de boogie sur «Blue Bossa», quelques accords intriguants derrière Woods sur «Chelsea Bridge»...
   (Remarque : si on m'avait dit, rien que cinq minutes plus tôt, que j'en arriverais un jour à regretter que Solal soit en retrait sur un enregistrement...)
   Pour le reste, tout est parfait. Le son énorme, boisé de Texier : voyez plutôt son intro à «Blue Lights», le dernier morceau gravé en cette belle journée du 12 octobre 1968. Il y a des heures que Solal, Humair et lui sont dans ce studio ; l'après-midi même, ils ont gravé deux albums avec Lee Konitz. Et vous croyez qu'ils commencent à faiblir ? Et puis quoi, encore ! Mais le studio doit fermer... si ça continue, il va falloir les mettre à la porte, pas possible, ça ! C'est qu'ils sont bien ensemble, nos cinq lascars : Art et Phil ont enlevé les chaussures, la bouteille de whisky trône sur le piano... Bon, c'est vrai que ça sent la fin de séance, quand-même. Peut-être un peu de flottement dans l'accord de fin...
   Les souffleurs ? Art Farmer est merveilleux, bien sûr, magnifique de fougue sur les swingers («Watch What Happens» surtout) et de moelleux sur le tendre «The Day After». Et j'adore Woods sur «Chelsea Bridge». Pas fait pour les tempos lents, celui-là... un petit effort pour l'exposé... Bon. Ça c'est fait... Allez, hop ! On double, on taquine les aigus... tiens, et si on doublait encore, pour voir comment ça fait ? Juste pour voir ? Ah, ça fait ça ? J'aime bien, moi ! On continue ? Une petite citation glissée en douce, «Isn't It a Lovely Day»... oh, que si. Une très belle journée, même...

   Attention. Sous les mains du pianiste, de la dynamite...

 

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«Watch What Happens» - Art Farmer (tp) Phil Woods (as) Martial Solal (p) Henri Texier (rebaptisé Henry Textier au dos du CD !) (b) Daniel Humair (dm) - Enregistré le 12 octobre 1968 à Rome (?).

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Publié dans disques de chevet

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T
En effet , le batteur est carré et en plus il est très en avant dans le mix (ou est-ce la faute au MP3?) . En tout cas, on ne peut pas le louper. C'est dommage car pour le reste, ...yo.
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L
Il est comme ça itou sur le CD. Mais dans certains contextes, que le batteur soit surpuissant et un poil trop en avant ne me dérange pas. J'adore Sam Woodyard et Big Sid Catlett, par exemple, et c'était des sacrés cogneurs.Yo !