So British
Au XIXè siècle, un homme nommé Augustus Hare fut élevé par une mère adoptive qui lui offrait chaque année, pour Noël, le même livre à couverture rouge, Les Éléments de l'Architecture.
Quand elle atteignit l'âge de trente-six ans, cette femme fut frappée d'une attaque qui lui laissa le bras paralysé. Ce bras reprit peu à peu force et vie, raconte Augustus Hare, mais une vie indépendante, ingouvernable. Il fallait le surveiller constamment, car il pouvait soudain faire pression sur le ventre de la femme, ou même lui serrer la gorge jusqu'à l'étouffer. On ne pouvait jamais la laisser seule, à moins d'attacher très solidement son bras au montant du lit.
Le même Augustus Hare parle d'une autre femme qui se réveilla brusquement au milieu de la nuit avec la sensation que quelque chose marchait lentement, en long et en large, dans sa chambre sombre. Elle sentait des mains s'agiter au-dessus de ses couvertures et entendait des bruits métalliques. Quand elle sentit des coups sourds sous son lit, elle s'évanouit. En reprenant ses esprits, elle s'aperçut que son butler, dans une crise de somnambulisme, avait dressé au-dessus du lit une table pour quatorze personnes.
(in Dictionnaire de la Bêtise / Le livre des Bizarres,
compilé par Guy Bechtel et Jean-Claude Carrière,
Éditions Robert Laffont)