Une visite au Commandeur
J'ai revu hier la Commanderie pour la première fois en deux ans. J'aime bien espacer mes visites ; je ne sais jamais à quoi m'attendre. Qu'aura-t-il reconstruit ? Qu'aura-t-il découvert ?
Oh, trois fois rien. Mais d'abord, la visite guidée.
Nous avons commencé par le rez-de-chaussée (http://ladydomi.over-blog.com/archive-04-08-2006.html) : l'ancienne boulangerie, avec ses deux pétrins en pierre, son four, sa cheminée énorme (entièrement construite par le Maître des lieux, comme la plupart des autres d'ailleurs), ses boulets de catapulte en pierre et son petit chapiteau de colonne orné semble-t-il de feuilles de vigne qu'il a récemment trouvé dans un mur. Appuyé contre un mur, à l'extérieur, l'évier, en pierre lui aussi, brisé en deux, qu'il compte bien remettre à sa place.
Ensuite, le cachot, cette cavité creusée dans le roc, profonde de quatre mètres, dont je vous ai parlé (http://ladydomi.over-blog.com/article-2405650.html). Puis, une autre cave, un autre cachot en fait, qu'il a découvert il y a des années grâce à un document qui indiquait qu'au soir, le soleil éclairait la prison par une meurtrière : il lui a fallu deux années pour déblayer entièrement la cave... L'entame d'un autre escalier est visible ; à quoi mène-t-il ? A une autre geôle, probablement, ou à quelque souterrain... qui sera dégagé un jour. Mais pour le moment, le Chef s'attaque à l'aménagement de l'aile qui jouxte la chapelle (il a déjà construit deux cheminées et déplacé un mur d'un mètre pour libérer une fenêtre, ne lui reste plus qu'à refaire la toiture, les sols et les plafonds), avant de reconstruire la chapelle. J'ai particulièrement apprécié le panneau entrevu dans cette aile, qui dit : «Il n'est pas nécessaire d'être fou pour travailler ici, mais ça aide»...
L'étage ? Encore une cheminée monumentale, construite par le Commandeur actuel, dans la pièce principale (qu'il a carrelée il y a quelques années - elle ne fait jamais qu'une soixantaine de mètres carrés... Je me souviens des premières années, il y a quelque 25 ans, de la toiture et des fenêtres inexistantes, du plancher qui avait disparu par endroits, et des tentes plantées dans ce qu'il en restait !) ; il occupe bien sûr la chambre du Commandeur, orientée plein est, et, s'il les a un peu modernisées, se sert des latrines d'origine. Assis, dit-il, on est juste à la hauteur de la meurtrière, c'est merveilleux.
Une autre porte, une autre chambre, qu'il a carrelée, dont il a entièrement fait le plafond (poutres et lattes de bois) et... sa cheminée aussi, évidemment.
Mais la surprise était à l'extérieur. Juste au bord de la route. Là où se dressait la chapelle. Vous vous souvenez peut-être qu'il avait découvert deux fosses communes «habitées» (http://ladydomi.over-blog.com/article-2470983.html). En continuant les fouilles, il est tombé sur un affleurement rocheux où avaient été creusés des sarcophages, tous habités eux aussi. L'ensemble des habitants (des hommes, exclusivement, donc des Templiers et non des Hospitaliers - qui occupèrent les lieux après Philippe le Bel) a été étudié par une équipe du CNRS, et transféré à l'intérieur, le temps que le Chef construise un ossuaire en pierres de taille qui couvre l'ensemble des sarcophages (c'était ça, ou recouvrir le site d'une couche de terre pour le protéger des intempéries...), orné bien entendu d'une triple croix : templière, hospitalière et chrétienne. Un jour, les habitants seront rapatriés dans une sorte de sarcophage commun qu'il a aménagé dans l'ossuaire, au cours d'une cérémonie somptueuse avec chorale et vicaire ! Mais, pas avant deux ou trois ans.
Il y a quelques mois, une grenouille avait élu domicile dans l'ossuaire. Il l'a bien sûr montrée à sa petite fille de quatre ans, pas effrayée pour un sou de croiser un squelette. D'ailleurs, elle a dit peu après à sa maîtresse interloquée : «J'ai vu la grenouille du squelette à Papi !»
Pas de doute : d'être fou, ça doit aider un peu...