Shosh !!!

Publié le par Lady D.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas Jack Wilson, et ils sont probablement assez nombreux, commençons par situer l'homme : il naît en 1936 à Chicago mais, sept ans plus tard, la famille (et son impressionnante collection de disques de Duke) déménage pour l'Indiana. Jack Wilson commence le piano à neuf ans et, en 1949, tombe amoureux du son si particulier du quintet «avec vibraphone» de George Shearing… Il se produira aux côtés de James Moody à l'âge de dix-sept ans, puis, au cours des douze ans qui suivront, avec Roland Kirk, Dinah Washington, Gene Ammons, Jackie McLean, Clark Terry, Lou Donaldson… et même Sonny and Cher !

En 1965, voilà notre Jack Wilson qui monte son quartet «avec vibraphone» : il engage un jeune californien de 25 ans, du nom de Roy Ayers. L'année suivante, le quartet, un peu amélioré puisqu'il se fait quintet sur deux plages, grave le présent Something Personal (Blue Note CDP 7243 8 52436 2 2).

Ces deux plages, parlons-en. C'est qu'il m'a fallu un peu de temps pour comprendre que Charles Williams Jr., cet exceptionnel contrebassiste, n'était autre que Buster Williams… vous savez, Buster Williams, celui-là-même qui, stationné au Japon durant son service militaire, vit un jour débarquer l'équipe du JATP au grand complet et ne lâcha pas d'une semelle son idole, Ray Brown, durant les quinze jours que dura la tournée. Rien d'étonnant qu'il ait tout pour lui, cet homme-là. Et, en parlant de Ray Brown, c'est lui, la cinquième voix de cet album. Lui, ou plutôt son violoncelle, puisqu'il assure la partie de basse sur les cinq plages restantes. Maintenant, je serai la première à admettre que Captain Ray n'est pas le meilleur violoncelliste au monde, mais cette cinquième voix apporte indéniablement un petit quelque chose très intéressant au planant «Most Unsouful Woman» (un thème de dix mesures dont la huitième est en 6/4, histoire de corser l'affaire) et au vif «The Sphinx» (où le dénommé Charles Williams Jr. fait de bien belles choses, de surcroît).

Mais, honte à moi, je ne prête généralement qu'une oreille distraite à ces deux titres ; c'est que j'attends celui qui suit avec une telle impatience ! «Shosh», c'est un morceau félin au possible, avec questions / répons entre Jack Wilson et Ray Brown en guise d'exposé, un solo de piano bluesy à souhait, une belle intervention de Roy Ayers aussi (encore assez milt-jacksonien, à l'époque, avec un poil plus de vibrato toutefois) et une rythmique impériale : voir les slaps de Captain Ray, son usage si particulier de la corde de mi grave à vide, aussi, et les balais impeccables de Varney Barlow, batteur superlatif que je n'ai jamais entendu nulle part ailleurs, ni avant, ni après…

Après «Shosh» vient «Serenata». Celui-là, c'est de la dynamite. À mèche longue, comme aurait dit James Coburn (lui-même batteur et grand amateur de jazz, soit dit en passant). Écoutez plutôt l'intro de piano lyrique à souhait, l'exposé primesautier, les premiers chorus où Captain Ray plante une note de velours tous les deux temps sur le jeu de balais minimaliste de Barlow… la mèche se consume, lentement… mais est-ce que ça va exploser un jour, tout ça ? Un chorus… deux chorus… trois chorus… un petit vamp… et boum ! Captain Ray passe la vitesse supérieure, Varney range les balais, Wilson plaque quelques accords autoritaires, histoire de pousser Roy Ayers dans ses derniers retranchements… et c'est que ça marche ! Tiens, c'est quoi, ce bruit ? Y'en aurait-il un qui aurait fait tomber quelque chose, genre tas de partitions ? C'est que, quand ça swingue comme ça, tout peut arriver… Bon, faudrait peut-être voir à se calmer, alors.

On ferme «Serenata» et on passe à quelque chose de plus calme… Tiens, «Harbor Freeway 5 P.M.», par exemple… retour au planant… Wilson progresse par segments sur ligne de basse très rythmique et explosions de cymbales soyeuses… quelques chorus évanescents de vibraphone… et vient, que dis-je, surgit, fait irruption, éruption, le rapidissime «C.F.D.» ; pas le temps de s'arrêter pour s'écouter jouer… Epoustouflant, étourdissant, et que dire de l'entrelacs de piano et de vibraphone, vers la toute fin, en chase avec la batterie ? Du grand art, Messieurs-Dames !

Reste un morceau. Le «One and Four (aka Mr. Day)» de Trane… dans une interprétation exceptionnelle par la montée en tension initiée, essentiellement, par le drumming de feu de Varney Barlow… et voyez comment Captain Ray virevolte autour de la célébrissime ligne de basse…

Un vrai petit chef-d'oeuvre, je vous dis !

 

 

«Serenata» - Roy Ayers (vib) Jack Wilson (p) Ray Brown (b) Varney Barlow (d) - Enregistré le 9 août 1966 à Los Angeles.

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Publié dans disques de chevet

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P
faudrait dire à Co qu'y en a un ici maintenant... et un chouette en plus!
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L
On y va... On y va...
C
J'en ai appris des choses ! Je ne connais pas ce grand monsieur mais ça donne envie. Vais aller "farfouiner" pour voir si je peux trouver un extrait quelque part...
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L
Peut-être tout bêtement sur http://www.bluenote.com/ ?A voir...Bon, je passe chez toi tout de suite !