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   Avant de revenir aux choses pas sérieuses, cette petite info trouvée dans le «Herald Tribune» daté d'hier. On y apprend que la «Taxicab Commission» de San Francisco s'est réunie mardi dernier, à la demande d'un certain Michael Byrne, chauffeur de taxi de son état, lequel souhaitait que le numéro de son véhicule soit changé.
   C'est que le taxi que conduit Michael Byrne ne porte pas n'importe quel numéro. Non. Le taxi de Michael Byrne arbore fièrement un «666» qui, de l'avis de son conducteur, est la cause de toute une série de calamités qui se sont abattues sur lui, lesquelles l'ont amené à faire bénir son taxi dans une église locale. Sans résultat.
   Hélas, Michael Byrne ne souhaite pas s'étendre sur les calamités en question. Tout juste sait-on que le Taxi n°666 prit feu il y a quelques années, le jour du Vendredi Saint -- et si l'on en croit la légende, l'incendie n'épargna que la plaque portant le numéro honni... laquelle fut illico attribuée au nouveau véhicule de Byrne.
   (petite précision à l'usage des non-anglophones : «Byrne» se prononce «burn», qui signifie... «brûler»...)
   Paul Gillespie, président de la Commission, lui-même chauffeur de taxi : «Voilà une chose très simple à faire, qui pourrait rendre la vie de cet homme un peu plus facile.»

   Peut-être parce qu'il avait lui aussi conduit le Taxi n°666 par le passé, Gillespie fut le seul membre du comité à voter en faveur de la requête de Michael Byrne. Ses cinq collègues ne virent dans ce débat que perte de temps et d'argent, risque aussi de créer un précédent fâcheux : «Si nous retirons le 666, que se passera-t-il ensuite ?» demanda ainsi Tom Stanghellini. «Et le numéro 13 ? Et le numéro 1313 ?»

   Le diable a encore de beaux jours devant lui, dans les rues de San Francisco...

publié dans : revue de presse par Milady
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   Un peu de sérieux ; de très sérieux même, puisqu'on va parler de l'un des fléaux qui touchent l'Afrique, et plus particulièrement l'Éthopie : la cécité.
   Plus d'un Éthiopien sur cent est aveugle ; c'est énorme. Les responsables ? Chlamydia trachomatis, une bactérie qui se transmet par contact direct, et Onchocerca volvulus, une filaire. Je vous passe les détails -- même si personnellement j'aime à l'occasion me plonger dans le «Précis de Parasitologie Humaine» de mon toubib de père, un cours sur le sujet n'est pas le but de ce papier. Je me contenterai de préciser que tant Chlamydia qu'Onchocerca causent aux yeux des dommages irréversibles... et qu'il existe un traitement.

   En cette époque où nous critiquons tous le triste Dubya pour son entêtement à rester coûte que coûte en Irak, un homme, dans l'ombre, réhabilite l'image des États-Unis. Et pas n'importe quel homme : l'ancien président Jimmy Carter, qui est parti en guerre contre le trachome et la «cécité des fleuves» -- ainsi que contre deux autres fléaux, la draconculose (due là encore à une filaire, aussi connue sous le nom de «ver de Guinée») et l'éléphantiasis. Déjà, grâce à l'action de Carter, la draconculose a presque disparu de la région ; la guerre qu'il mène contre les autres pathologies semble devoir également déboucher sur une victoire. Grâce à Carter... et aux laboratoires Merck, qui fournissent gratuitement la dose annuelle de Mectizan, qui semble ralentir le rythme de reproduction des filaires, évitant ainsi tant la cécité que les terribles démangeaisons provoquées par ce parasite.
   Quid de la malaria et de l'éléphantiasis ? Les parasites responsables de ces deux pathologies étant véhiculées par les moustiques, la parade était simple : procurer des moustiquaires aux populations exposées. Quant au trachome, une hygiène accrue pourrait permettre de s'en préserver. D'où la construction, sous l'impulsion de Jimmy Carter toujours, de 350.000 toilettes extérieures aux habitations en Éthiopie rurale.

   Pour conclure, je préciserai que l'initiative de Jimmy Carter est une initiative privée, à laquelle le gouvernement américain ne participe d'aucune manière. Oui, Bush fait des efforts depuis peu dans la lutte contre la malaria, mais, comme le fait très justement remarquer Nicholas D. Kristof dans ce papier du Herald daté d'hier, «avec beaucoup moins d'énergie qu'il n'en met à augmenter le nombre de soldats en Irak».
   Le dernier mot à Jimmy Carter : «Je pense que la guerre en Irak est l'une des pires erreurs que notre pays ait jamais commises, et il se peut que nous commettions une erreur encore plus grave en provoquant un conflit avec l'Iran. J'aimerais que nos priorités changent et qu'au lieu de nous concentrer sur la guerre, nous fassions un effort en faveur de la diplomatie et de l'humanitaire.»

   Puisse-t-il être entendu... même si je n'y crois pas trop.
   Quoi qu'il en soit, Monsieur Carter : respect !

publié dans : revue de presse par Milady
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   Début 1963, le monde du jazz est en deuil. Le merveilleux pianiste Sonny Clark disparaît le 13 janvier à l'âge de 31 ans. Trois jours plus tard, l'un des plus beaux sons de ténor s'éteint à jamais ; Ike Quebec n'avait que 44 ans.

   Jean-Louis Ginibre, lui, était au «Club Saint-Germain-des-Prés» le 5 février, pour la première du quartet dirigé par le batteur Kenny Clarke, et complété par Nathan Davis (ténor), René Urtreger (piano) et Michel Gaudry (basse, qui remplaçait Pierre Michelot, fraîchement opéré de la vésicule biliaire). En première partie, du moins je le suppose, le trio Martial Solal / Guy Pedersen / Daniel Humair -- «dans le genre, parfait, parfait, parfait», relève Ginibre, qui épingle les mauvaises manières des invités turbulents (dont Charles Aznavour) et peu soucieux de respecter tant les musiciens que les auditeurs amateurs de jazz.

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   Aussi dans ce n°92 de «Jazz Magazine», une poignée de très belles photos de Duke et quelques-uns de ses musiciens, accompagnées d'un texte tellement succint que l'auteur n'en est même pas cité. Pas de doute par contre quant à l'identité de l'auteur du compte-rendu du passage de Duke à l'Olympia. C'est du Réda pur jus, spirituel, mutin, délicieux. Extrait :

   «Je crains tant de scandaliser, que j'hésite à avouer le trouble dont j'ai été la proie quand, assis plein d'affectueuse impatience dans mon fauteuil du premier rang, je me suis trouvé confronté à cette section de saxophonistes qui, à l'exception de Carney (souriant, l'oeil vif, visiblement satisfait de son état), semblaient poser pour la photographie "avant" d'une réclame pharmaceutique intéressant l'hypocondrie. Au premier concert tout au moins, le malheureux Johnny Hodges baîllait, se pétrissait le front comme tel ministre accablé par le sentiment de la condition humaine, pendant les conférences de presse de l'Élysée. S'il émergeait de sa stupeur, c'était pour échangern audiblement, divers sarcasmes de mauvaise tête avec ses compères Procope et Hamilton, si bien que la fameuse désinvolture de Miles Davis, par exemple, me paraît en comparaison le comble de la courtoisie.»

   Jean Wagner, quant à lui, a été gagné par le malaise qui semblait émaner de Sonny Rollins, qui se produisait à l'Olympia le 19 janvier. Entouré de Don Cherry, Henry Grimes et Billy Higgins, Rollins donne l'image d'«un homme assez mal dans sa peau, une sorte de Louis de Funès jouant "En Attendant Godot", gêné de se trouver là».

   (... à suivre...)

publié dans : revue de presse par Milady
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