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   Avant-hier, j'évoquais ici la disparition de Joe Barbera... et Le Fox, lui, évoquait dans un comm le jazz qui accompagnait les aventures de Tom & Jerry. Merci à lui, parce qu'il m'a ainsi fourni le sujet du post du jour : les Firehouse 5 + 2.

   Si le saxophoniste soprano George Probert n'avait pas été l'ami du discographe Walter Bruyninckx, avec qui j'ai collaboré pendant plusieurs années, je n'aurais peut-être jamais entendu parler de ce groupe. Les Firehouse 5 + 2, à l'écoute, c'est un groupe de Dixieland parmi tant d'autres -- sauf que leurs morceaux se terminent traditionnellement par l'intervention intempestive d'une sirène d'incendie. A l'oeil, c'est autre chose. Sept musiciens habillés en pompiers, qui posent pour la pochette des disques devant un camion rutilant... D'accord, c'est du folklore. Mais l'histoire du groupe, elle, c'est tout sauf du folklore.

   Il était une fois, donc, cinq employés des studios Disney qui, à la pause déjeuner, se réunissaient dans le bureau de l'animateur Ward Kimball pour écouter des disques. Comme tous étaient musiciens, le jour arriva où ils commencèrent à apporter leurs instruments et à jouer en même temps que le disque passait. Mais un beau jour, le phono cala net au beau milieu de, me semble-t-il, «Royal Garden Blues». Ils continuèrent à jouer, découvrirent que, tout compte fait, ils ne s'en tiraient pas si mal... eh, mais c'est qu'ils s'en tiraient même plutôt bien !
   Et les cinq copains des studios Disney firent leurs débuts en public en 1949. Maintenant, pourquoi les Firehouse 5 + 2 ? Firehouse («caserne de pompiers»), parce qu'ils partageaient aussi une passion pour les voitures anciennes et que Ward Kimball avait récupéré et retapé un camion américain (bien que de marque LaFrance !) de 1914, qui les accompagnait sur tous leurs concerts. 5 + 2, parce que le groupe, originellement un quintet, devait s'augmenter de deux musiciens quelques années plus tard.

   Et nos 5 + 2 Pompiers de commencer à se produire en Californie du Sud... participant par là-même aux débuts du Dixieland Revival. Sans jamais quitter leur poste chez Disney. Un orchestre semi-professionnel, si vous voulez, qui aura quand-même gravé douze 33 tours 25 cm entre 1949 et 1969, et dont les enregistrements sont aujourd'hui disponibles en CD sous étiquette Good Time Jazz. Bien sûr, ce n'est pas du grand jazz, juste du jazz pour le fun. Même dans la mouvance Dixieland Revival, il y a bien mieux... mais bien pire aussi.

   Un mot sur
George Probert, le moins amateur de tous puisqu'il avait joué avec Kid Ory. Il intégra les studios Disney et les F5+2 en 1955 ; et même s'il quitta Disney en 1959, il resta fidèle à l'orchestre jusqu'à son dernier concert, en 1971.

   Dernière petite anecdote au sujet des F5+2 : vous les avez tous vus, au moins une fois dans votre vie. Peut-être pas dans leur version 3D, mais dans leur version animée. Parce que c'était inévitable : quand un groupe de jazz apparaissait dans un dessin animé des studios Disney de l'époque, c'était les Firehouse 5 + 2, caricaturés par Ward Kimball et ses collègues !

   Pour quelques photos (et d'autres détails de l'histoire de ce groupe pas tout à fait comme les autres), allez voir . Cliquez sur les titres des albums, vous arriverez chez amazon.com, où il y a quelques extraits sonores. Pas moyen par contre de trouver une seule vidéo -- pourtant, il en existe. Et pour ce qui est des apparitions cartoonesques des F5+2, c'est carrément mission impossible !
publié dans : d'autres anecdotes par Milady
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   Entre une connection vacillante, ces derniers jours et un boulot qui refuse obstinément de se faire tout seul, je vous ai quelque peu délaissés. Et vous fais mes excuses les plus humbles, en vous promettant de faire de mon mieux pour reprendre un rythme un peu plus soutenu.

   Toujours trouvé dans l'International Herald Tribune, ce papier du tromboniste / écrivain Mike Zwerin, qui passa deux ans (1959 et 1960) dans l'orchestre de Maynard Ferguson, le trompettiste canadien récemment décédé (pour l'hommage, voir entre autres chez notre Jazzfan numéro un, le one and only Duke, ). Zwerin s'y rappelle, entre autres, le «daltonisme» de Maynard ; quand un poste se libérait, il prenait le musicien qui lui semblait le plus apte à le remplir, sans se soucier de la couleur de sa peau. Et, souligne Zwerin, «les orchestres mixtes étaient rares, en ce temps-là». Il se rappelle aussi que jamais Maynard n'a eu peur d'engager un soliste qui aurait pu être meilleur que lui -- bien au contraire, et pas question de l'étouffer non plus. Chacun avait tout loisir de s'exprimer en solo.

   Mais Maynard avait un point faible ; assez paradoxalement, lequel point faible était aussi son point fort : sa capacité à virevolter dans le registre aigu, voire suraigu. «Il pouvait jouer le blues avec beaucoup de sensibilité quand il le voulait», note Zwerin, «mais la plupart du temps il restait dans le registre aigu, ce que le public adorait.» Et pourtant, «contrairement à la plupart des spécialistes du suraigu (comme par exemple Cat Anderson chez Duke Ellington), il avait une belle sonorité, très pleine, dans les graves.»

   Il fallait un big-band derrière Maynard pour apporter un peu d'équilibre. «Mais», souligne Zwerin, «la sonorité d'ensemble était encore dans les aigus, comme sur une chaîne dont on aurait oublié de régler les basses. Quelqu'un a dit un jour que la trompette de Maynard "hurlait avec une vulgarité passionnée" et, dans la section de cuivres, nous avions l'habitude de dire : Si Maynard avait du goût, il serait un génie".»

   Il n'en reste pas moins que Zwerin considère Maynard Ferguson comme «le meilleur patron» qu'il ait jamais eu. Et de conclure par cette anecdote :
   «Un week-end, je suis parti en voiture de New-York en pleine tempête de neige pour un concert à Cincinnati. Le lundi d'après, j'ai touché un chèque de $ 35 pour le concert et un autre de $ 109 pour mes frais d'essence. Les choses n'ont pas beaucoup changé. J'ai récemment entendu un guitariste dire, non sans raison, que le cachet des musiciens est inversement proportionnel au plaisir qu'ils éprouvent à jouer.»

   C'est ce qu'on appelle la passion...

publié dans : d'autres anecdotes par Lady D.
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   Tirée du «Bass Line» de Milt Hinton (l'un de mes bouquins préférés, sur lequel il faudra que je revienne un de ces jours), l'anecdote suivante :

   «Certains de mes plus inoubliables voyages à l'étranger, je les ai faits avec Pearl Bailey. Nous nous étions rencontrés au temps où elle chantait avec l'orchestre de Cab Calloway. En fait, son frère Bill était danseur dans l'une des revues. Il était bourré de talent, presque du même niveau que Bill Robinson. C'était un bel homme qui avait toujours une femme à chaque bras. Dans sa jeunesse, il ne menait pas une vie très rangée, il était incontrôlable.
    J'ai retrouvé Bill une vingtaine d'années après notre séjour chez Cab. Il avait arrêté de danser pour devenir prêcheur itinérant.
    Je rentrais à la maison en bus un soir quand j'ai vu une affiche qui annonçait un rassemblement religieux, avec le Révérend Bill Bailey comme invité exceptionnel. J'ai reconnu Bill sur la photo qu'il y avait sur l'affiche, et quand je suis rentré, j'en ai parlé à Mona. Bien sûr, elle savait aussi comment se comportait Bill au bon vieux temps et, pour cette seule raison, nous avons décidé d'aller le voir pour lui apporter notre soutien.
   Nous sommes arrivés tôt et nous sommes assis au second rang. Au bout d'un moment, l'endroit a commencé à se remplir. Plusieurs autres prêcheurs ont fait leur sermon et enfin, Bill est arrivé sur scène. Il a commencé lentement, pesant chacun de ses mots, mais au bout d'une vingtaine de minutes il s'est mis à parler de plus en plus vite, en haussant le ton. Et, soudain, il a commencé à se servir de ses pieds. D'abord, il faisait un petit pas de temps en temps, pour mettre l'accent sur un mot, mais au bout d'un moment, il prêchait la bonne parole en hurlant et en frappant du pied en même temps. Il s'est tourné d'un côté de la scène et a lancé : «Si vous...», il a frappé du pied, s'est retourné et a crié : «ne changez pas...», il a frappé du pied à nouveau, fait demi-tour et hurlé : «Vous irez tout droit en enfer !» Et il a sauté à pieds joints pour souligner le dernier mot. Le public était hypnotisé.
    Nous étions assis au milieu du second rang, mais nos regards n'avaient pas encore croisé celui de Bill. Et c'est pourquoi j'ai été proprement abasourdi de l'entendre terminer par ces mots :
    «Je me compare à Paul. C'était l'un des plus grands pécheurs. Oui, Paul était un pécheur. Et j'étais tout comme lui. Mais Paul a changé, et moi aussi. Je faisais toutes les bêtises auxquelles on peut penser. Je buvais du whisky, je fumais des joints, je prenais des cachets et d'autres sortes de drogues. J'allais avec les prostituées et je buvais du whisky tous les soirs.»
   Et là il s'est interrompu, a regardé le public, pointé le doigt vers moi et crié : «C'est bien ce qu'on faisait, pas vrai, Milton ?»
   Mona et moi nous sommes levés en vitesse, nous avons mis deux dollars dans l'un des plateaux et nous nous sommes éclipsés vite fait.»

publié dans : d'autres anecdotes par Lady D.
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