La Lady connut une jeunesse rurale. Elle fut une sorte de gentlewoman farmer, si vous voulez, batifolant parmi les poules, les pintades et les lapins, entre les petits pois, les fèves et les potimarrons.
Vous vous souvenez de ce pauvre poussin si cruellement piqué par une poule, celui-là qui aimait tant les mouches ? Il n'était pas le seul de la couvée. Deux de ses frères, baptisés Stevie et Abdou (nous étions en plein Tour de France, et le second avait des cuisses de sprinter ouzbeke...) grandirent jusqu'à devenir deux splendides coqs. Qui vivaient en harmonie, jusqu'au jour où...
Eh bien, jusqu'au jour où je découvre, pénétrant dans le poulailler, Abdou en train de piquer sauvagement Stevie. N'écoutant que mon courage, je me penche pour ramasser la victime. Pas intimidé pour un sou, Abdou se jette sur moi, les ergots (qu'il a fort impressionnants) en avant. Un coup de pied dans le bréchet (karaté version rurale), le sabot vole, me voilà en chaussette dans la boue, parce qu'en plus il pleut. Je récupère le sabot tant bien que mal et je fuis, Stevie dans les bras, pourchassée par un Abdou saisi d'amok.
Et nous voilà avec sur les bras un coq aveugle, ou presque. Nous demandant si sa cécité est une conséquence directe de l'agression d'Abdou, ou si elle en fut la cause. C'est bien connu : les animaux entre eux peuvent se montrer aussi intolérants que les humains. Il suffit que l'un d'eux ne se comporte pas comme le reste de la communauté, et il est mis à mort.
Stevie devient coq d'ornement. Il dort dans le garage. Tous les matins, nous le déposons devant la maison et il traverse le jardin pour aller passer sa journée à côté du poulailler. Mais il suffit qu'il nous entende parler pour se diriger vers nous en gloussant. Un vrai animal de compagnie, qui aime les petits câlins, et blottir sa tête dans mon cou. Le soir, nous allons le récupérer. Il arrive que nous ayions un peu de retard. Ces soirs-là, il a déjà, d'instinct, trouvé un perchoir pour la nuit. Mais il suffit de l'appeler : il répond toujours.
Il lui arrive de se percher aux endroits les plus inattendus ; un soir, je l'ai trouvé perché sur une branche, dans la haie. Un autre, sur... un chou !



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