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   Juillet 1997. La tournée Roland Hanna / Richard Davis / Andrew Cyrille passe par Metz -- nous y resterons deux ou trois jours. Très vite, nous trouvons nos points de repère. Il y a la sandwicherie de la gare, où Richard va s'offrir de gigantesques sandwiches américains avec généreuse dose de Tabasco -- un jour où je le cherche, me voilà partie vers la sandwicherie et à peine le serveur me voit-il arriver qu'il me dit, «Ah, il était là il y a dix minutes». C'est que l'amour immodéré du Prof pour la sauce piquante n'est pas passé inaperçu !

   Il y a aussi ce joli petit salon de thé sous les arcades de la Place Saint-Jacques, où nous nous installons un matin pour le petit-déjeuner. Nappes blanches, déco très rétro et vieilles chansons en fond sonore... l'une d'elles retient l'attention de Richard.
   «A petites pas? What does that mean?»
   Et nous voilà repartis vers l'hôtel... dans le hall, nous croisons Alain...
   «Here comes Alain, à petites pas
   ... un peu plus loin, voilà Andrew...
   «And here's Andrew, à petites pas

   Quelques jours plus tard, j'en ai déjà parlé, Roland repart pour les États-Unis. La fin de la tournée se fera sous le nom de Richard -- deux soirées au Duc des Lombards, avec enregistrement au club l'après-midi, et un passage au festival «Jazz Fort-Napoléon» de La Seyne-sur-Mer, avec l'ineffable Curtis Clark au piano.
   Au Duc, Richard est, l'espace d'un morceau, d'humeur aventurière. En gros : je démarre, vous me suivez, et on voit bien où tout ça nous mène. Il se fait vocaliste en plus de contrebassiste. Et... voilà qu'Alain passe derrière lui...
   «Alain, a petites pas
   Saisie de fou-rire, je n'ai eu que le temps de descendre du tabouret où j'étais perchée, à côté de l'entrée, pour aller me rafraîchir les idées devant la porte.

   Et comment oublier la tête de Curtis Clark, croisé dans une rue parisienne non loin du Duc une après-midi, alors que Richard (Monsieur Richard Davis, celui qui a joué avec tout le monde, d'Armstrong à Stravinsky en passant par Earl Hines, Elvin Jones et Barbra Streisand) et moi jouions au foot avec un quignon de pain dur rencontré sur le trottoir ?
publié dans : Lady Domi et les Bad Boys par Milady
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   M'est revenue en mémoire l'autre soir une anecdotule que je ne crois pas avoir relatée ici. Je l'avais complètement oubliée, celle-là, et j'en ai chopé un début de fou-rire, toute seule dans ma cuisine.
   Le lieu : le Franc-Pinot, quai de Bourbon, Île Saint-Louis, 75004 Paris (métro Pont-Marie, ligne 4 si je me souviens bien, ou peut-être 7 ; ça fait un bail). Et plus précisément la salle bar / restaurant, au rez-de-chaussée.
   Date et heure ? Printemps 2002, début de soirée -- avant que le Spirit of Life Ensemble monte sur scène (ou y descende, vu que la partie club du Franc Pinot est en sous-sol).
   Les protagonistes : Ted Curson, trompettiste et ex-mingusien, Spiritoflaïfensemblien d'honneur, et une poignée d'autres musiciens. Parmi lesquels sans doute le contrebassiste Alex Hiele ; en tout cas, c'est un Frenchie. Appelons-le donc Alex, même si ce n'est pas lui, ce sera plus simple. Et Bibi Louison, qui assure à l'époque l'ambiance musicale des dîners au Franc Pinot.
   Action :

   Ted : «Who's that playing?»
   Alex : «It's Bibi.»
   Ted, jetant un regard soupçonneux vers le piano : «BB? Aw... it ain't Brigitte Bardot!»
publié dans : Lady Domi et les Bad Boys par Milady
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   Ca faisait un bail, pas vrai ?
   Et puis, l'autre jour, j'ai repensé à cette tournée de l'été 1997 -- dix jours en compagnie de Richard Davis, Andrew Cyrille et Roland Hanna, puis cinq sans Roland, mais avec Curtis Clark et Andrew Hill...

   Le premier concert du Sir Roland Hanna Trio, c'était au festival Jazz aux Remparts de Bayonne. En première partie, le Count Basie Big Band dirigé par Grover Mitchell, avec Benny Carter en special guest.
   Dans l'après-midi, je bouquine, installée dans un fauteuil, dans le hall. Tiens, Benny Carter vient de passer. 90 ans, élégantissime, classieux comme c'est pas permis, une démarche de jeune homme. Que dis-je... ce n'est pas Benny Carter qui vient de passer, c'est toute l'histoire du jazz ! Dans les années 20 déjà, il était dans l'orchestre de Fletcher Henderson... 70 ans de carrière... Incroyable.
   C'est l'heure de traverser la rue pour gagner le complexe sportif qui sert de salle de concert (et de restaurant pour les musiciens et les volontaires, souvenez-vous d'Andrew Cyrille...). Je partage l'ascenseur avec quelques musiciens du Big Band, dont le contrebassiste, James Leary. Brainstorming autour de l'identité du saxophoniste représenté sur mon joli T-shirt «Jazz Hot». Nous nous décidons finalement pour George Adams.

   Le lendemain, j'ai repris mon poste dans le hall. Leary s'approche de moi : «Do you remember me, or am I just another pretty face?» (en gros, «Tu te souviens de moi, ou je ne suis que l'un des jolis garçons que tu connais ?»). Illico, James devient pour moi «Pretty Face» -- et le restera. Pas une lettre, pas un mail qui commence par «Dear James» ; non : toujours «Hello Pretty Face». Ce qui fait beaucoup marrer quelques copains, comme par exemple Rasul Siddik -- «Well, he ain't that pretty!!!»
   Mais... voilà le patron. Professor Richard Davis. Et Benny Carter en vue... «Richard... Richard... Présente-moi... S'il-te-plaît...»
   «Benny, je te présente Lady Domi, elle écrit sur le jazz, et elle écrit très bien.»
   Et Benny de répliquer : «And she's pretty too!»

   Quand-même un grand souvenir...
publié dans : Lady Domi et les Bad Boys par Bougonnette des Sables
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