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Image Hosted by ImageShack.us        Et c'est même pas moi qui le dis, mais notre doublette de trombonistes, j'ai nommé J.J. Johnson et Al Grey, réunis en 1983 dans un studio new-yorkais pour l'enregistrement de ce cédé pêchu initialement paru chez Pablo.  Et même si Gaston n'a pas l'air convaincu de la véracité de cet axiome initialement dû à  Cannonball Adderley (pour la musique) et Eddie Jefferson (pour les paroles), ça ne l'a pas empêché d'identifier nos deux coulissants et, par la même occasion, leurs accompagnateurs. Bon, faut dire qu'il figure dans sa jazzothèque personnelle, ce Things Are Getting Better All the Time (Original Jazz Classics OJCCD-745-2). Jazzothèque où, soit dit en passant, j'irais bien passer quelques semaines, mais ceci est une autre histoire.
   Revenons à nos coulisses.  A ma droite, J.J. Johnson, ex-membre des grands orchestres de Count Basie, Dizzy Gillespie et Woody Herman, co-leader surtout avec son alter ego danois Kai Winding du Jay and Kai Quintet, actif entre 1954 et 1956. Un styliste, mesdames et messieurs. Élégantissime, feutré, et une particularité : Jay ne fait aucun usage de ce qui est pourtant la spécificité du trombone à coulisse, à savoir la coulisse. Une justesse diabolique malgré un phrasé obstinément staccato : telle est la marque de fabrique de celui qui restera le premier (et l'un des plus importants) trombonistes de l'ère be-bop.
   A ma gauche... ah, j'ai pour lui une tendresse toute particulière... à ma gauche, donc, Al Grey, ancien pensionnaire du Big-Bang de l'Atomic Monsieur Basie lui aussi, et l'anti-J.J. Johnson par excellence. Longs glissandos cuivrés, belle maîtrise de la sourdine wa-wa, quelques growls du plus bel effet, un swing permanent, un humour ravageur...

   Tiens, juste pour le plaisir : quelques images d'Al, vocaliste et non tromboniste en 1997 au sein des Statemen All Stars. Pas forcément très en place tout ça, mais Al est irrésistible (et son béret, tout aussi seyant que le bob qu'il aimait aussi à arborer sur scène, entre autres au sein des Golden Men of Jazz emmenés par Lionel Hampton)... ainsi que Benny Waters -- le seul des participants qui ne se lève pas pour ses solos... mais après tout, à 95 ans (oui oui, quatre-vingt-quinze !), je voudrais vous y voir !




    Alors... où en étions-nous... ah oui. Aux partenaires de jeu des sieurs Johnson et Grey. Aux percussions, Dave Carey (qui se fait entendre au vibraphone sur « Boy Meets Horn »). Au piano, le discret Kenny Barron, de ces musiciens qui cadrent dans tous les contextes ou presque. Ici, il se fait pur bopper et déploie un swing redoutable, en solo comme en accompagnement. Il faut dire que derrière, ça pousse. Pensez donc, avec Ray Brown à la basse et Mickey Roker aux drums... en parlant de Mickey Roker, en voilà un qui, à mon humble avis, n'a pas eu la reconnaissance qu'il méritait... allez savoir pourquoi ; pourtant, il a tout, ce batteur-là, et même un peu du reste, tiens : swing, discrétion, pertinence, légèreté...
   Et voilà tout notre petit monde qui s'embarque tranquillement dans un répertoire confortable... Le « It's Only a Paper Moon » cher à Nat King Cole, un « Soft Winds » taquin à l'exposé joyeusement dissonant... deux dukeries, un « Things Ain't What They Used to Be » qui déroule en toute décontraction et « Boy Meets Horn », en son temps cheval de bataille de Rex Stewart, sur lequel Al fait montre de sa maîtrise de la sourdine wa-wa... un « Let Me See » bondissant, tiré du répertoire de Basie...  un « Softly, As in a Morning Sunrise » joliment exposé par Captain Ray sur walking bass assurée par Kenny Barron... le « Things Are Getting Better All the Time » que vous ouïtes, assez remarquable pour l'électrification de Kenny Barron... et, pour clôturer ce joli programme, un « Doncha Hear Me Callin' to Ya » funky et assez surprenant...

   Bref, de quoi ravir les amateurs de choses qui swinguent dru sans se poser de questions. Alors, vous en reprendrez bien une petite lichette, je suppose ? Maître Po étant naturellement exempté de clic  :-Þ



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   Le sujet de réflexion proposé étant «Bud Powell 1944-1950», il fallait remarquer combien le style du pianiste Earl Rudolph Powell, né à New-York en 1924, est d'abord fortement teinté des influences conjuguées de Billy Kyle (dont on a souvent dit qu'il fut le trait d'union entre Earl Hines et Bud – cf. «Boppin' a Riff») et d'Art Tatum, une paternité qu'il revendiquera jusqu'au bout, avec à l'occasion un clin d'œil au minimalisme à la Basie («Smack Me», par le sextet de Cootie Williams en 1944) et une pointe de stride («Roll 'Em», par le big band du même). On aura noté que Bud, sur les ballades, est déjà reconnaissable entre mille, bien que son style soit harmoniquement moins luxuriant qu'il le deviendra par la suite («My Old Flame») ; sur tempo rapide, on aura souligné que Bud, à ses débuts pianiste tout ce qu'il y a de plus swing («You Talk a Little Trash», le solo syncopé de «Honeysuckle Rose»), trouve sa voie, séance après séance (sur «Reverse the Charges», il est déjà presque lui-même – mais pas totalement), jusqu'aux plages historiques gravées en compagnie de Ray Brown et Max Roach en 1949. On n'aura pas omis de mentionner l'excellence de l'ensemble des musiciens qu'a côtoyé le pianiste au cours de cette période. Il fallait citer les trompettistes Fats Navarro et Kenny Dorham, l'air et le feu réunis sur quatre plages («Everything's Cool») ; l'indispensable Cootie Williams, qui growle comme un gros matou en colère sur «Smack Me» et revisite son vieux cheval de bataille, «Echoes of Harlem» ; Freddie Webster, qui tire quelques chandelles romaines sur «September in the Rain» ; un tout jeune Miles Davis, auteur de quelques dérapages mal contrôlés sur «Donna Lee». Il fallait mentionner le solo magistralement bouché du tromboniste Ed Glover sur «Blue Garden Blues», et le jeu de velours de Jay Jay Johnson sur «Jay Bird» et «Coppin' the Bop». De la jolie brochette de saxophonistes ici réunie, il fallait retenir Eddie «Lockjaw» Davis («My Old Flame») ; un Dexter Gordon câlin des grands jours sur «I Can't Escape from You» et bopper plein pot sur «Long Tall Dexter» et «Dexter Digs In» ; Morris Lane, ténor «jump» chez les Bebop Boys, qui emmène avec autorité la chase de folie qui clôt «Fat Boy» ; le méconnu Frank Socolow, vibrato et gros son à la Don Byas («The Man I Love») ; Sonny Stitt, au ténor en 1949, pulpeux à souhait sur «Sunset» et incandescent sur «Fine and Dandy» (voir comment Bud jaillit à sa suite sur la master de ce titre) ; et, bien sûr, Charlie Parker, ici magistralement accompagné par Miles, Bud, le moustachu Tommy Potter et le grand Max (la séance du 8 mai 1947) et par Fats Navarro, Bud, Curly Russell et le non moins grand Art Blakey (broadcast du Birdland le 20 juin 1950). Par cette dernière formation, on aura retenu une longue version de «Street Beat», sur laquelle Carmen pointe le bout de son nez, avec chase pétillante entre Bird et Fats. Il était également souhaitable d'adresser les louanges d'usage aux maîtres rythmiciens que sont «Captain» Ray Brown et les discrets Al Hall et Curley Russell et, côté batteurs, l'impétueux Irv Cottler («September in the Rain»), le défricheur Kenny Clarke («Blues in Bebop»), l'élégant Roy Haynes et Buddy Rich, batteur-puncheur de génie que d'aucuns s'entêtent à traiter de cogneur («Hallelujah» et «Tea for Two»). Il fallait enfin préciser que l'éternel féminin est ici représenté par la Divine Sarah Vaughan, sur tapis de cordes arrangé par Tadd Dameron – une séance quelconque, malgré les jolis contrechants dûs à Freddie Webster (tp) et Bud lui-même («I Can Make You Love Me If You Let Me»).
   Nota : le coffret de quatre CDs proposé par Proper Records se voit décerner la note maximale – nonobstant la disparition mystérieuse et malvenue de quatre des quarante-huit pages du livret, ce qui entraîne un certain flou discographique qu'on éclaircira partiellement en se plongeant dans la lecture dudit livret, par ailleurs remarquablement documenté.

   Au tableau d'honneur : Jassbrass, avec tout plein de points, tellement que j'ai la flemme de les compter. Eut-il donné les noms de Norman Keenan (basse) et Sylvester «Vess» Payne (drums) qu'il se fut vu décerner une mention «Très Bien».

   Et en guise de prix, je lui offre, ainsi qu'à tous ceux qui passent par là, le délicieux «Celia», gravé par Bud en compagnie de Ray Brown et Max Roach à New-York, en janvier ou février 1949.


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Parce que c'est dommage de la laisser perdre, recyclage de chronique ! J'eus donc l'immense joie de partager avec vous le délicieux «Auburn Prive», issu d'un joli cédé intitulé The Courage to Listen to Your Heart (TCB 9720 2), et gravé par le batteur Sangoma Everett en 1995 et 96... Clap-clap au passage à l'adresse de Christian, notre champion toutes catégories.
A l'époque, j'en pensais plein de bien, et rien n'a changé...

Le hasard, qui fait parfois bien les choses, a réuni voici deux ans à Paris Mal Waldron (qui se produisait en duo avec Marion Brown), Chico Freeman et Cecil McBee (qui bouclaient une tournée européenne) et Sangoma Everett, globe-trotter musical, de ces hommes qui semblent toujours se trouver au bon endroit au bon moment. Le batteur ne laissa pas passer l'occasion. Un coup de fil à Sam Ateba et le quintet pouvait, en guise de mise en jambes, s'attaquer à une première composition d'Everett, «Mombasa» (écrite lors d'un séjour au Kenya), une calypso ensoleillée sur laquelle le gros son de Cecil McBee,la chaleur, la générosité de Freeman, la légèreté d'Everett et cette façon charmante qu'a Waldron de tourner en rond font merveille. Autre composition du leader, «Murivel» est un blues mineur à trois temps, agrémenté d'un petit déhanchement irrésistible. Vers la fin de son solo, Freeman, incapable de résister plus longtemps au drive de ses compagnons, lâche quelques grognements free du plus bel effet. Et que dire du délicieux «Auburn Prive», dédié à la pianiste Consuela Lee (soeur du bassiste Bill et tante du réalisateur Spike) et créé par Barney Wilen en 1988 ? Consuela Lee est justement la signataire de la plage suivante, une charmante petite chose exotique, tandis que le long (20 minutes) «The African Plains» qui clôt le CD provient vraisemblablement d'une autre séance. Mal Waldron et Sangoma Everett, en tête à tête, traversent toute une palette datmosphères, se renvoyant la balle avec une jubilation évidente. Cette dernière pièce, plus ambitieuse, tranche avec le reste de l'album, produit d'une séance qui semble plus tenir de la réunion entre amis pour faire de la musique, ce qui est parfois l'occasion d'obtenir un résultat des plus agréables, comme ici.

Dix ans plus tard, je rajouterai quelques observations : d'abord, cette chronique est très mal écrite. Ensuite, The Courage to Listen to Your Heart est heureusement dénué de cette frénésie solotatoire qui infeste souvent les cédés dont les batteurs sont leaders nominaux... si j'avais ne serait-ce qu'un zeste de mauvais esprit (mais vous me connaissez, j'en suis totalement dénuée), j'ajouterais qu'on dirait presque un cédé de bassiste ! En parlant de basse, tiens, deux mots sur Cecil McBee. Je parlais dans une précédente chronique des groupes à traction avant, ceux dont le bassiste est légèrement en avant du temps, de sorte qu'il semble entraîner tout son petit monde derrière lui (exemple type, ce bon vieux Captain, Ray Brown), et des groupes à traction arrière, ceux dont... voui, vous avez deviné, ceux dont le bassiste traîne un peu en arrière, genre voiture balai, histoire de s'assurer que personne n'est semé. Écoutez Cecil, et vous comprendrez mieux ce que je voulais dire. Après, c'est vrai qu'il joue un peu faux par moments mais... chut ! Et je préfèrerai toujours un musicien qui tape parfois à côté de la note, mais possède un style immédiatement reconnaissable, à un type à la technique époustouflante, mais qu'on ne saurait distinguer d'une douzaine de ses collègues...

Sinon, eh bien... je crois que j'aime toujours autant ce cédé... pêchu en diable, de ces cédés qui se vivent bien plus qu'ils ne s'analysent... donc, je me tais, et je cède la place à... clic !





«Murivel» : Chico Freeman (ts), Mal Waldron (p), Cecil McBee (b), Sangoma Everett (dm) - Enregistré à Paris, le 9 novembre 1995 ou le 16 avril 1996.
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