Docteur Charlie et Mister Watts

Publié le par L.D.

   Il y a un truc qui est fantastique, avec le Net (fantastique, ou extrêmement énervant, voire même parfois les deux), c'est la possibilité de se retrouver, clic après clic, en un lieu parfois très éloigné de celui où on se trouvait au départ. Tenez : il y a une quinzaine, je me suis retrouvée en train de regarder « Tarzoon, La Honte de la Jungle » et « Le Chaînon Manquant », deux dessins animés « pour adultes » cultes dûs à Picha, dont j'avais entendu parler il y a des lustres, mais sans jamais avoir l'idée de les chercher une fois prise dans la grande toile mondiale. Tout ça parce que je venais d'apprendre la disparition de Solomon Burke. Bizarre ? Pas tant que ça. Le chemin qui m'a menée de Solomon Burke à ces deux petits joyaux de l'animation belge était somme toute logique :

   Solomon Burke > « Everybody Needs Somebody to Love » > Blues Brothers > James Belushi, qui participa au doublage de « Tarzoon ».

 

   Là, tout est parti de « Life », l'autobiographie toute fraîche de tonton Keith, d'un coup d'oeil à Wikipedia pour avoir la confirmation que lui, tonton Mick et tonton Charlie font de beaux vieux, malgré les excès en tous genres, et d'une découverte. Charlie Watts ne fait pas que taper sur des tambours, il dessine aussi, à ses moments que l'on dit perdus (on se demande bien pourquoi). Et qu'est-ce qu'il dessine ? Entre autres, des Zoziaux qui jouent du saxophone. Ça vous dit quelque chose ?

   Que tonton Charlie aimait le jazz, je le savais depuis un bail, depuis son Live at Fulham Town Hall, acheté peu de temps après sa sortie, en 1986. Et même si je l'avais oublié, France 3 se serait chargé de me le rappeler le mois dernier, en évoquant son passage au Duc des Lombards, au sein d'un quartet joliment nommé « The ABC & D of Boogie Woogie », complété par les pianistes Axel Zwingenberger et Ben Waters et le contrebassiste Dave Green.

 

 

 

   Mais... revenons-en aux dessins de Charlie Watts. Ils sont rassemblés dans un petit livre paru en 1964 et intitulé Ode to a High Flying Bird. Petit livre que l'on retrouve en 1991 dans un très chouette boîtier, où il tient compagnie à un CD intitulé From One Charlie qui, en sept titres, rend un joli hommage à Charlie Parker. Aux côtés de notre Rolling Charlie, que des compatriotes : le vieux complice Dave Green à la contrebasse, l'excellent pianiste Brian Lemon, le trompettiste Gerald Presencer et l'immense altiste Peter King — l'un des plus fidèles suiveurs du Zoziau.

   Ô joie, ô bonheur, From One Charlie est sur Grooveshark. Ainsi que Warm and Tender (1993), une collection de ballades furieusement encordées et interprétées assez platement par le chanteur Bernard Fowler. Avec, heureusement, quelques solos de Lemon, Presencer et King, mais qui ne suffise pas à me titiller l'oreille plus que ça.

   Live at Fulham Town Hall aussi, est sur Grooveshark. Bon, là, je ne vais pas vous citer tous les musiciens présents, parce que c'est un big big band (31 musiciens, quand-même, dont deux contrebassistes et trois batteurs !), et que l'immense majorité des noms ne dira rien à personne, hormis aux spécialistes du jazz made in UK. Citons quand-même les saxophonistes Evan Parker, Danny Moss et Courtney Pine, le vibraphoniste Bill Lesage (ancien sideman de Lennie Tristano, qui accompagna aussi, en tant que pianiste, une flopée de musiciens américains de passage au Royaume-Uni), le trompettiste Jimmy Deuchar et le pianiste Stan Tracey.

   Bon. Maintenant, qu'est-ce qui peut bien pousser une légende vivante du rock (dont la fortune est estimée à 80 millions d'euros, quand-même) à jouer du boogie-woogie pour une poignée de personnes à l'âge où d'autres passent leurs journées à la pêche, leurs soirées au club de bridge et leurs hivers à Saint-Barth ?

 

 

 

   La passion. Rien que la passion. C'est ça, le jazz. Quand on tombe dedans, on n'en ressort plus. Et le Sieur Watts y est tombé tout petit — la faute à un oncle, prénommé Charlie lui aussi, et à sa collection de 78 tours de Claude Luter et Sidney Bechet. Sa première batterie, elle est bricolée autour de la caisse d'un vieux banjo ; plus tard, ses parents lui en achètent une, d'occasion. En 1959, il traverse la Manche pour entendre Bud Powell, Pierre Michelot et Kenny Clarke, à Saint-Germain des Prés.

   Au tout début de la décennie suivante, Charlie est graphiste dans une agence de pub et se produit dans quelques clubs, en compagnie, déjà, de Dave Green. Mais, de son propre aveu, il est un batteur de jazz plutôt médiocre. Peut-être que le rhythm 'n' blues... ? Tiens, justement, Alexis Korner organise des concerts au Marquee de Londres. Auxquels prennent part quelques petits gars bien sympathiques, nommés Mick Jagger, Keith Richards et Brian Jones. La suite, on la connaît.

   Mais... l'amour de Charlie pour le jazz restera intact. Au tout début des années 80, il veut inviter Miles Davis sur un album des Stones. Manque de chance, Miles n'est pas intéressé. Qu'à cela ne tienne : quelques années plus tard, quand Mick Jagger cherche un saxophoniste pour l'album Tattoo You, il lui indique « le meilleur » : Sonny Rollins.

   Alors, depuis vingt ans, Charlie se fait plaisir, entre deux tournées avec les Stones. Se fait plaisir... et nous fait plaisir. C'est qu'il a tout compris, ce grand bonhomme qui revendique l'influence de Dave Tough, batteur méconnu des années 30 et 40 — et non de Roy Haynes ou autres batteurs stellaires, parce qu'il ne se trouve pas « aussi bon ». Oui, il a tout compris. Demandez-lui ce qu'est « un bon batteur », et voilà ce qu'il vous répondra : « Celui qui assure le tempo et vous fait danser. »

   Eh bien... Charlie Watts est un bon batteur. Fin, léger, souple, swinguant, extrêmement discret, avec un bien beau jeu de balais... tout comme Dave Tough. Pas un adepte du solo, oh que non. Rien de plus qu'un accompagnateur attentif, humble et élégant. Et c'est bien ça le plus difficile.

   Oui, un grand bonhomme...

 

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Publié dans disques de chevet

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ptilou 07/08/2011 10:00



Curieusement, le gueux de Ronnie Wood sous son aspect très dilettante et très décontracté, dispose également d'un très beau coup de crayon (notamment esquisses et portraits...)... j'avais vu une
expo de lui à.... Las Vegas... il y a kek années... et c'était pas si mal... Ah les Stones ! des artistes finalement !



Dick 06/11/2010 20:22



Un drôle de charlot, le Charlie! Il a toujours fait un peu tache entouré du sexuel Mick et du bancal Keith . Un cas à part! D'ailleurs un des bootlegs des Rolling s'appelle "Charlie Watts and His
Fabulous Rolling Stones", c'est dire s'il a ses fans.


Y avait pas des papillons avant sur votre blog? Ca manque mais à part ça, c'est toujours aussi élégant.



cocole 03/11/2010 18:28



Oui , une touche sensible, toute en finesse ! Un grand musicien !!


 merci pour ces vidéos que je découvre !