Let's be festive!

Publié le par L.D.

Ho, un article

 

Il y avait longtemps que j'attendais de voir arriver sur Grooveshark, Musicme ou Deezer, le Cookin' de Paul Gonsalves, ou le Out on a Limb de Clark Terry. Pour le second, il va encore falloir patienter, mais au rythme où j'écris, de toute façon... et à tout prendre, Cookin' a au moins un avantage sur Out on a Limb : celui de featurer, comme on ne dit pas, le jeu sinueux de l'un des saxophonistes ténor les plus singuliers des années 1950 et 1960.

 

Cookin', c'est un album gravé en août 1957 par un quintet à très forte teneur ellingtonienne. 80% plus précisément, puisqu'on y retrouve, outre Clark Terry et Paul Gonsalves, le tandem rythmique ellingtonien de l'époque, à savoir le contrebassiste Jimmy Woode et le batteur Sam Woodyard. Depuis les années 30, ce genre « d'escapade » est monnaie courante chez les hommes du Duke. On se retrouve entre potes, en petite formation, et sans le Chef dans la plupart des cas. Souvent, c'est son alter ego, Billy Strayhorn, qui tient le piano. Mais pas toujours. Et certainement pas ici.

 

Pour tout vous dire, si j'attendais avec autant d'impatience de retrouver Cookin' sur le Net, c'était pour le pianiste, que je ne connais que par ces deux enregistrements... qui ont suffi à me marquer durablement, on dirait ! Donc, sans nous attarder sur ses compagnons plus que nécessaire (vous avez des oreilles, zut ! Ah, je ne résiste quand-même pas à l'envie de signaler que le solo de Paul Gonsalves, sur « Festival », ressemble furieusement à un passage de sa chevauchée fantastique de 27 chorus sur « Diminuendo and Crescendo in Blue », au Newport Jazz Festival de 1956), intéressons-nous au cas du Sieur Willie Jones.

 

Quelques repères biographiques, pour commencer. William Marvin Jones est né à Vicksburg, Mississippi, le 21 février 1920. Dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, il s'inscrit à la Musician Union de Chicago. Sa première séance d'enregistrement, c'est deux ans plus tard, aux côtés de Buster Bennett. Suivront des séances avec King Kolax, le tromboniste Bennie Green, puis un premier enregistrement en leader (qui sera aussi le dernier), en 1954. Pas mal de séances avec des groupes de doo-wop aux noms croquignolets, aussi : The Flamingos, The Fascinators, The Five Chances, The Orchids...

 

Après 1957 et ces deux rencontres avec Clark Terry et Paul Gonsalves, la carrière de l'ami Willie semble battre de l'aile. Discographiquement, du moins. Bien sûr, il semble pas mal se produire dans les clubs de Chicago. En 1960, il accompagne la chanteuse Big Maybelle au Club Baby Doll ; il déclare à la Musicians Union des gains de 4.000$, 3.000$ et 5.000$ respectivement pour les années 1966, 1969 et 1972. Mais en l'espace de deux décennies, il n'apparaît que sur trois disques, tous trois sous la direction du saxophoniste Tommy Jones — le premier gravé en 1963, les deux autres probablement au début des années 1970. Une santé chancelante... un coeur qui s'essouffle... Willie Jones s'éteint le 31 décembre 1977.

 

Toutes ces informations sur Willie Jones, je les ai trouvées sur une page écrite par Robert Campbell, professeur de psychologie à la Clemson University — et collaborateur du mensuel Cadence entre 1992 et 1998. J'y ai aussi trouvé quelques paroles de ceux de ses collègues qui l'avaient côtoyé. Le ténor Harold Ousley, par exemple :

 

« Il était tellement plein d'énergie qu'il épuisait le piano. Son jeu était tellement physique qu'il attirait l'attention de tout le monde. » Physique ? Toujours selon Ousley, il déplaçait le piano à force de coups de genoux !

 

Quant à Red Holloway, il se souvient que les musiciens de Chicago le surnommaient « the piano wrecker », le casseur de piano. Et, dans les notes de livret de la réédition en CD de Cookin' et Out on a Limb, Clark Terry se souvient :

 

« C'était l'un des types les plus bizarres que j'aie jamais vu. Il avait deux rangées de dents, comme un barracuda. Et il était grand. Il jouait par périodes, et très bizarrement. Mais il était toujours sur la scène jazz, c'était un type vraiment agréable, et tout le monde voulait jouer avec lui. Un pianiste du genre agressif. Mais je ne le considère pas comme un excellent musicien de jazz, et encore moins comme un bon pianiste. »

 

Pan dans les dents ! Et pourtant... et si l'obscur, l'étrange Willie Jones avait joué dans l'histoire du jazz un rôle bien plus important qu'on pourrait le croire ? Voyons ce qu'Andrew Hill, ce pianiste singulier, magnifique, avait à dire à son sujet...

 

« Willie Jones jouait comme Milt Buckner, mais il s'intéressait à la nouvelle esthétique musicale et écoutait des trucs comme la musique qu'écrivait Lukas Foss dans les années 50. Donc, je le considèrerais plutôt comme un précurseur de Cecil Taylor, un homme dont le style convient à l'exécution de morceaux écrits par des compositeurs du XXè siècle. »

 

Quant au saxophoniste Marshall Allen, membre de l'orchestre du pianiste Sun Ra de 1956 à 1993, il se souvient que son leader avait pour habitude de se tenir à côté du piano et d'observer attentivement les doigts de Willie Jones...

 

Alors... Willie Jones... vrai précurseur, ou pianiste déménageur fantasque et anecdotique qui ne se distinguait que par ses brusques jaillissements et sa façon de plaquer ses accords — du coude ? Je vous laisse trancher. Pour ma part, je vais le situer quelque part entre ces deux extrêmes. Et cliquer illico sur « Play » parce qu'après tout, c'est encore la meilleure chose à faire !

 

Publié dans disques de chevet

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Commenter cet article

gaston 22/05/2011 21:18



whoua; c'est la première fois que je lis quelque chose sur willie jones que j'avais,comme tout le monde, découvert sur le disque dont tu parles de Terry et Gonsalves.Typiquement chicagoan ce
disque a été je crois me souvenir , produit par un basketteur ( ou footballeur ) pro de chicago répondant au surnom de "daddy-o".


j'en profite pour t'informer que je "repique au truc" en matière de blog, on verra ce que ça durera...  


 


c'est ça :http://acaddyfordaddy.blogspot.com/



L.D. 24/05/2011 12:58



Tu repiques au truc ? En voilà une nouvelle qu'elle est bonne :-)


Il me semble qu'on en avait parlé ensemble, de Willie Jones. J'avais même dû te demander si tu n'avais pas l'un de ces deux albums dans ta collec'...


Bon, tant que je suis dans l'admin', j'vais mettre un chouïa d'ordre dans le module "copinage", tiens !



cocole 09/05/2011 12:10



Quel plaisir ! Du miel pour moi ! les solos de sax sont extras, et quand il converse avec la trompette, que du bonheur !!! merci !