I can't give you anything but yodel-ay-eee-ooo

Publié le par L.D.

Ce matin, je suis allée faire un tour sur Youtube. Le genre de truc qu'il faut éviter si on a quelque chose d'un tant soit peu urgent à faire, parce que c'est un coup à y passer des heures. Allez savoir pourquoi, j'ai commencé par un joli All-Stars avec Red Allen, Rex Stewart, Coleman Hawkins, Vic Dickenson, Milt Hinton et Papa Jo Jones, et, de fil en aiguille (de Stuff Smith en Bill Henderson plutôt), je me suis dit : « Tiens, et si je cherchais Richard Boone ? Avec un peu de bol... »

Et du bol, j'en ai eu. Sinon, ben y'aurait pas d'article.

Richard Bentley Boone, donc, naît le 24 février 1930 à Little Rock, Arkansas. Tout petiot, il fait partie du choeur de son église baptiste. A douze ans, il adopte un trombone, et fait ses classes, en somme, dans l'orchestre militaire dont il fait partie pendant son service, entre 1948 et 1953. Pourquoi pas ? Ensuite, retour à Little Rock, études musicales sérieuses, et départ pour Los Angeles, où il commence à se produire avec, entre autres, Sonny Criss et Dolo Coker.

De 1962 à 1966, il fait partie du big-band qui accompagne la chanteuse Della Reese. Et de là, passage dans un autre big-band, et pas n'importe lequel : celui du Comte en personne.

Quatre ans chez Basie... et notre tromboniste décide d'aller s'installer au Danemark, comme pas mal de ses confrères. C'est chouette, le Danemark, à l'époque. Déjà, il y a une petite scène jazz plutôt active ; Ernie Wilkins, Ed Thigpen, Ben Webster, Dexter Gordon, Kenny Drew, se sont installés à Copenhague. Et côté musiciens locaux, y'a un p'tit contrebassiste qui, à 24 ans, est déjà un vieux de la vieille, un certain Niels-Henning Ørsted Pedersen. En plus, le Danemark a un avantage indéniable sur les Uhéssa : on n'y connaît pas (encore) le racisme.

De 1973 à 1996, l'ami Richard est l'un des piliers du Danish Radio Big Band. De sa base danoise, il tourne un peu partout en Europe... avec Thad Jones (Danois d'adoption depuis 1978), Ernie Wilkins...

Il disparaît le 8 février 1999, un an après l'enregistrement de l'album Tribute to Love.

 

A la lecture de cette bio expéditive, et somme toute bien modeste, vous vous demandez peut-être pourquoi tant d'enthousiasme pour un obscur tromboniste qui, en plus, porte un nom d'acteur spécialisé dans les seconds rôles de westerns, ce qui le rend encore plus difficile à trouver sur le Net.

 

Eh bien... déjà, parce que c'était un bon tromboniste qui, en plus, a joué avec des gens très bien. Tenez, par exemple, dans les années 60, le voilà dans le sextet du saxophoniste ténor Teddy Edwards (complété par le trompettiste Freddie Hill, le pianiste John Houston, le bassiste Stan Gilbert et le batteur Douglas Sides).

 

 

Et en 1985, on le retrouve aux côtés de Jimmy Smith, Bjarne Roupe et Ed Thigpen  :

 

 

 

« Oui, d'accord. Mais des bons trombonistes, il y en a d'autres... Alors, pourquoi lui ? »

Eh bien... Parce que Richard Boone avait une autre corde à son arc. Une corde vocale, plus précisément. Et ça, ses patrons successifs s'en sont aperçu. A commencer par Count Basie...

 

 

 

 

Ah ça, Richard Boone n'est pas un chanteur comme les autres. Yodel, mumbles, tout y passe. Mais toujours avec une musicalité sans failles. D'ailleurs, il sait aussi être sérieux. Si, si. Comme sur l'album Tribute to Love évoqué plus haut, pour lequel le trombone est sagement resté dans l'étui. Bien sûr, il se permet quelques fantaisies par-ci par-là... vous savez ce qui arrive quand on chasse le naturel !

 

 

 

 

En définitive, du Richard Boone, j'en ai trouvé pas mal en vidéo. Plus que je ne l'aurais cru. Dans un hommage à Charlie Parker, interprété par le Ernie Wilkins Almost Big Band (plein de gens très bien, ce presque grand orchestre... Kenny Drew au piano, Sahib Shihab et Jesper Thilo aux saxes, Willie Cook à la trompette, Mads Vinding à la contrebasse, et ça se passait à Montreux en 1983) :

 

 

 

Et pour terminer, une interprétation très... personnelle de « I Can't Give You Anything but Love », de 1979, que j'ai gardée pour la fin pour une poignée de raisons. Déjà, parce que Thad Jones était un sacré arrangeur, et que son « Eclipse » était un bien chouette orchestre. Sahib Shihab est encore là, d'ailleurs. Au piano, encore un expatrié (je l'avais oublié dans la liste), le merveilleux Horace Parlan. Et à la batterie, le non moins merveilleux Ed Thigpen. Et qu'importe la somme de talents, il souffle dans cet orchestre comme un vent de folie douce, une envie de jouer, dans les deux sens du terme, de s'amuser ensemble sans perdre de vue l'essentiel... qui reste quand-même la musique.

Et puis, vous avouerez qu'ils ont de bien belles tuniques.

 

 

 

Voilà. Cette vidéo a suffi à me mettre de bonne humeur pour le restant de la journée (et c'était pas gagné, héhé). Aura-t-elle le même effet sur vous ? C'est tout le mal que je vous souhaite.

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gaston 17/06/2011 00:09



ça me souffle un peu tout ça car j'avais bien remarqué une fois ou deux l'ami boone ( a t il un lien de parenté avec Dany ? ) mais sans plus et j'ignorais qu'il chantasse...


 


c'est vrai que ça met de bonne humeur- et il y a des jours où j'en ai besoin...



L.D. 17/06/2011 07:59



En fait moi, c'est un peu l'inverse. J'ai découvert les yodels de Richard Boone sur une compil Basie (ça devait être « Boone's Blues ») et même si je savais qu'il était avant tout tromboniste, je
n'y avais pas plus fait attention que ça moi non plus. Là, j'ai un peu écouté. D'ailleurs faudrait que je réécoute un peu plus attentivement, juste pour voir si on retrouve une quelconque
similitude entre son jeu de trombone et sa façon de chanter. Ce qui est généralement le cas chez les intrumentistes/vocalistes.
J'avais entendu un « Fly me to the Moon » marrant, aussi. Dommage que je ne l'aie retrouvé nulle part.


Et puis ce petit « papier » sur Boone m'aura au moins fait penser que zut, ça serait peut-être pas une mauvaise idée de se pencher sur le cas Horace Parlan, un de ces jours. N'est-il point, cher
?



JayFox 14/06/2011 16:12



[MARRANT]


ça me fait penser à ce fameux groupe de polka-jazz d'origine morave des années septantes ...


http://youtu.be/v9MTGNaEXGM


 


doit être les tuniques uniques (sss)



L.D. 14/06/2011 17:37



J'irai taper sur le crâne de Poussin, un jour. J'irai.