Crossover

Publié le par L.D.

    Un petit mystère pour commencer : quand André Previn est-il né, au juste ? Le 6 avril 1929, comme il est communément admis, ou 1930, comme il l'indique lui-même ? Aucun mystère par contre sur son vrai nom : Andreas Ludwig Priwin, né à Berlin dans une famille de Juifs allemands, qui fuira le pays en 1938 pour arriver à Ellis Island, au large de New-York (le passage obligé des immigrants de l'époque), l'année suivante.
    1943 : André obtient la nationalité américaine. Cinq ans plus tard, le voilà qui entame une jolie carrière d'arrangeur et chef d'orchestre à Hollywood. Il travaillera entre autres sur « Three Little Words » (« Trois Petits Mots ») de Richard Thorpe en 1950, « Gigi », de Vincente Minelli (avec Leslie Caron et Maurice Chevalier) en 1958, le « Porgy and Bess » d'Otto Preminger en 1959...




    Ajoutons à cette liste non-exhaustive la composition en 1961 de la bande originale des « Four Horsemen of the Apocalypse » (« Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse », de Vincente Minelli toujours, avec Glenn Ford dans le rôle principal), la direction de l'orchestre pour le soundtrack de « My Fair Lady », de Cukor,  en 1964 (qui lui vaudra un Oscar), et penchons-nous sur la carrière de musicien classique du Sieur Previn. Carrière de chef d'orchestre essentiellement, puisqu'on le retrouve successivement à la tête de toute une flopée d'orchestres. Les Houston (1967), London (1968-1979), et Pittsburgh (1976-1984) Symphony Orchestra, les Royal et Los Angeles Philarmonic, qu'il dirigera sur Tchaikovski, Prokoviev ou Dvorak.

    Bref, que du sérieux tout ça. Sauf quand l'ami André se fait complice du duo de comiques britanniques Eric Morecambe et Ernie Wise. Oyez, oyez cette magnifique interprétation du concerto pour piano de Grieg par le grand soliste Eric Morecambe. Le sketch aura un tel impact que, des années plus tard, les taxis londoniens l'appelleront encore « Mister Preview » !




   Mais... il serait peut-être temps d'expliquer le pourquoi du titre de cet article. C'est quoi, le crossover ? Eh bien, en gros, et dans le cas qui nous intéresse aujourd'hui, c'est quand un artiste connu et reconnu pour un certain style de musique se penche sur un autre, voir ce qu'il peut en faire ; quand Itzhak Perlman enregistre aux côtés d'Oscar Peterson, par exemple, ou quand Dame Kiri Te Kanawa se frotte au répertoire ellingtonien.
    Il y a quelques années, je vous aurais dit que les résultats relevaient plus de la curiosité qu'autre chose. Forcément, pour qui ne jure que par Stuff Smith rayon violon, l'ami Itzhak, ben il swingue pas beaucoup (et arriver à ne pas swinguer quand on a Oscar Peterson, Herb Ellis, Ray Brown et Grady Tate derrière, il faut vraiment le vouloir). Pour qui aime le brut de décoffrage à la Dinah ou à la Billie, Dame Kiri a une bien trop jolie voix. Mais aujourd'hui, je pose un autre regard sur l'escapade jazzistique de Dame Kiri Te Kanawa, escapade en compagnie des purs jazzmen que sont Mundell Lowe et Ray Brown, et du Sieur Previn, qui dévoile ici une facette supplémentaire de son talent...




    Pour le plaisir, le déchiffrage (défrichage ?) de « Honeysuckle Rose ». Parce que l'ambiance est merveilleusement détendue et complice, parce que Kiri est à croquer (hum... passons ), parce qu'il est toujours intéressant d'assister à la genèse d'une oeuvre, parce que Captain Ray, parce que... parce que c'est comme ça. Puis rien ne vous oblige à cliquer, non plus.




    Revenons à nos crossoveriens. Dame Kiri ? Un placement qui génère un petit balancement qui ressemblerait presque à du swing, mais l'ensemble reste un chouïa trop lisse, trop propre, trop sage. Et ce n'est pas elle qui nous intéresse aujourd'hui, c'est le monsieur au piano. Vous savez, celui qui dirige Dvorak et interprète Gershwin (qui, quand on l'interprète « à la note », est un compositeur classique, c'est pas de sa faute si les jazzeux, en mal élevés qu'ils sont, s'emparent depuis des décennies de ses compositions pour les faire swinguer). Bon, avec Dame Kiri, il a l'air de swinguer gentiment, l'ami André. Mais si on le met à côté de... mettons, au hasard... Oscar Peterson, il va finir en chair à pâté. Obligé. Oscar, c'est un rouleau compresseur, un monstre de swing.

    Et si je vous dis que non ?




    Bref, André Previn est unique. Vous en connaissez beaucoup, vous, des qui ont dirigé le London Symphony Orchestra, décroché quatre Oscars et dix Grammy Awards, un titre de « Chevalier Honoraire de l'Ordre de l'Empire Britannique » et qui trouvent encore moyen de swinguer du feu de Dieu ?

    Si avec tout ça Sir André Preview KBE ne mérite pas une petite playlist Deezer rien que pour lui...

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cocole 21/12/2009 17:19


coucou, je viens te souhaiter un très JOYEUX NOËL, c'est surement la dernière fois que je passe d'ici là, big bise et à bientôt


Jayce 12/12/2009 11:46


je ne me lasse pas de cette video ( oscar & andré), je l'ai regarder 4 fois aujourd'hui.... et à chaque les sourire aux levres !! ;0)... j'adore !


Samuelito 06/12/2009 23:08


mister preview !! excelent !!


Jayce 06/12/2009 22:55


lady.. j'ai pris un trés grand plaisir a regarder oscar et andré !!! c'est  enorme... ça pulse, ça swing, c'est trop beau !! merci "madame" !!!


JayFox 05/12/2009 23:04



et au nouveau tipasson aussi bissur
coucou pascal



L.D. 07/12/2009 17:04


Le Jazz Coin est redevenu le dernier salon où on cause, à ce que je vois
C'est très bien comme ça, puisque Môssieur le Zozzothécaire n'est pas visible ailleurs
(hop tournée générale de bises, tiens ! Et plein de bonnes choses au p'tit nem et à ses parents^^)