Une histoire de chats et de fleurs... et prenez le relais !

Publié le par Milady

   Zézette est passée hier par ici pour lancer un appel à la générosité des blogueurs. En gros, il s'agit d'une histoire de mission pour venir en aide aux enfants de Colombie, de compagnie aérienne qui met la clé sous la porte, et de billets d'avion qui ne seront peut-être pas remboursés, ce qui peut entraîner l'annulation de la mission.
   Mais Zézette vous racontera tout ça beaucoup mieux que moi, et c'est là que ça se passe.

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     Une belle histoire trouvée dans l'International Herald Tribune d'hier, tiens, contée par César Chelala, consultant international en santé publique.
   Monsieur Chelala avait pour habitude d'aller marcher chaque jour dans son quartier de Soho, à New-York. Et la plupart du temps, en passant auprès d'un petit terrain de jeu, il y voyait un homme, assis sur un banc. Un Japonais qui devait avoir plus de quatre-vingts ans. L'homme assis sur le banc dessinait. Des chats, essentiellement.
   Était-il SDF ? L'homme semblait être sur le terrain de jeu à toute heure, ne parlait jamais à personne, portait un béret rouge et deux manteaux élimés. Et il dessinait, indifférent à tout ce qui se passait autour de lui.
   Un jour, Mr. Chelala demanda au vieil homme l'autorisation de le prendre en photo. Il accepta. Quand les photos furent développées, Mr. Chelala retourna au terrain de jeu et lui donna plusieurs tirages. Le vieil homme parut surpris du geste, et lui donna en échange l'un de ses dessins. Des fruits et des fleurs aux couleurs chatoyantes...

   Peu après, le vieux Japonais cessa de venir sur le terrain de jeu. Mr. Chelala le vit une ou deux fois dans la rue, qui marchait en parlant avec une jeune femme. Ensuite, l'homme disparut. Peut-être l'aurait-il complètement oublié s'il n'y avait pas eu ce dessin, qu'il avait accroché au mur et montrait fièrement à ses amis.

   Voilà une quinzaine de jours, Mr. Chelala et sa femme, en visite chez des amis, leurs demandèrent s'ils pouvaient leur recommander une pièce ou un film, qu'ils auraient vu récemment et apprécié.
   «Oui», répondit l'amie. «Un film, intitulé "Les Chats de Mirikitani". Il parle d'un peintre japonais qui vivait dans la rue jusqu'à ce qu'une réalisatrice, Linda Hattendorf, le rencontre. Impressionnée par son travail et par son histoire, elle a voulu l'aider à avoir une vie plus confortable et moins précaire.»
   Émue par la situation du peintre, et surtout après le 11 septembre, quand elle le vit tousser dans l'air chargé de poussière, Hattendorf l'invita à vivre chez elle. Elle réussit à lui obtenir une couverture sociale et un appartement, fourni par la ville de New-York.
   Le peintre se nommait Tsutomu "Jimmy" Mirikitani. Il était né à Sacramento. Alors qu'il avait trois ans, sa famille retourna au Japon et il grandit à Hiroshima, où la plupart de ses parents allaient périr. Jeune homme, il rentra aux États-Unis, parce qu'il voulait devenir artiste.
   Pendant la Seconde Guerre Mondiale, il fut interné au Tule Lake Camp, le plus vaste des camps où étaient parqués les Californiens d'origine japonaise. Il y passa trois ans et demi.
   Ces évènements eurent vraisemblablement un impact négatif sur lui. Il devint un homme solitaire et empli de colère, qui pestait contre le gouvernement qui l'avait injustement emprisonné. Après avoir été relâché du camp, il exerça divers métiers. Il fut entre autres cuisinier dans un restaurant de East Hampton, Long Island, que fréquentait Jackson Pollock. Il arriva à New-York en 1952 et finit par devenir, donc, un artiste SDF...

   Tsutomu "Jimmy" Mirikitani continue aujourd'hui à peindre et donne occasionnellement des cours de peinture. Il a retrouvé des parents perdus de vue depuis longtemps, qui vivent sur la Côte Ouest -- entre autres une soeur dont il avait été séparé pendant des décennies.

   C'est ainsi que la rencontre fortuite d'un artiste SDF et d'une réalisatrice a apporté à l'artiste reconnaissance, famille, maison et justice. Et c'est aussi ainsi que Mr. Chelala a enfin découvert qui était l'artiste qu'il voyait tous les jours sur son banc, au terrain de jeu.

Publié dans de choses et d'autres

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Julima 11/05/2007 21:41

Merci de m'avoir fait découvrir Monsieur Mirikitani. J'aime beaucoup ses peintures. A bientot

Milady 13/05/2007 10:00

Tiens, une Julima... ici aussi... mais comment est-elle arrivée jusqu'au Jazz Coin ?L'essentiel étant qu'elle y soit arrivée après tout.Et voilà que nous te devons deux visites... à bientôt, donc.

Eric LÖW 19/04/2007 10:58

c'est le "rêve américain" au 33e degré
Salut Lady

Milady 19/04/2007 13:17

Au 33ème degré... et après combien d'années de galère...Ciao Éric !

cocole 19/04/2007 08:49

bonjour milady!!!bises !!!!!

Milady 19/04/2007 13:17

Bisous ma Cocole !!!!

sieglind la dragonne 19/04/2007 08:03

Très sympa cette histoire!Par grand chose à voir, à part peut-être le contexte des SDF mais si tu veux tenter de mettre le nez, ou plutôt l'oeil dans un "anime" japonais, va du côté de "Tokyo Godfatthers" de Satoshi Kon, ça m'a emballée (rien à voir avec du Myasaki !)? Bonne journée Lady Domi

Milady 19/04/2007 13:18

Madame la Dragonne prodiguant toujours des conseils avisés, m'en vais essayer de jeter un oeil là-dedans...Bises !

Sam le pirate !! 18/04/2007 21:34

jolie histoire !!! et puis tu racontes bien aussi !! ;0)

Milady 19/04/2007 13:19

C'est surtout M'sieur Chelala qui raconte bien, à l'origine... ne reste plus qu'à traduire et résumer, ce qui est toujours plus facile à faire quand le texte de départ est de bonne facture...Bisous Sam -- ne laisse pas s'enfuir ton étoile, surtout !