Feuilletage, suite

Publié le par Milady

   Début 1963, le monde du jazz est en deuil. Le merveilleux pianiste Sonny Clark disparaît le 13 janvier à l'âge de 31 ans. Trois jours plus tard, l'un des plus beaux sons de ténor s'éteint à jamais ; Ike Quebec n'avait que 44 ans.

   Jean-Louis Ginibre, lui, était au «Club Saint-Germain-des-Prés» le 5 février, pour la première du quartet dirigé par le batteur Kenny Clarke, et complété par Nathan Davis (ténor), René Urtreger (piano) et Michel Gaudry (basse, qui remplaçait Pierre Michelot, fraîchement opéré de la vésicule biliaire). En première partie, du moins je le suppose, le trio Martial Solal / Guy Pedersen / Daniel Humair -- «dans le genre, parfait, parfait, parfait», relève Ginibre, qui épingle les mauvaises manières des invités turbulents (dont Charles Aznavour) et peu soucieux de respecter tant les musiciens que les auditeurs amateurs de jazz.

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   Aussi dans ce n°92 de «Jazz Magazine», une poignée de très belles photos de Duke et quelques-uns de ses musiciens, accompagnées d'un texte tellement succint que l'auteur n'en est même pas cité. Pas de doute par contre quant à l'identité de l'auteur du compte-rendu du passage de Duke à l'Olympia. C'est du Réda pur jus, spirituel, mutin, délicieux. Extrait :

   «Je crains tant de scandaliser, que j'hésite à avouer le trouble dont j'ai été la proie quand, assis plein d'affectueuse impatience dans mon fauteuil du premier rang, je me suis trouvé confronté à cette section de saxophonistes qui, à l'exception de Carney (souriant, l'oeil vif, visiblement satisfait de son état), semblaient poser pour la photographie "avant" d'une réclame pharmaceutique intéressant l'hypocondrie. Au premier concert tout au moins, le malheureux Johnny Hodges baîllait, se pétrissait le front comme tel ministre accablé par le sentiment de la condition humaine, pendant les conférences de presse de l'Élysée. S'il émergeait de sa stupeur, c'était pour échangern audiblement, divers sarcasmes de mauvaise tête avec ses compères Procope et Hamilton, si bien que la fameuse désinvolture de Miles Davis, par exemple, me paraît en comparaison le comble de la courtoisie.»

   Jean Wagner, quant à lui, a été gagné par le malaise qui semblait émaner de Sonny Rollins, qui se produisait à l'Olympia le 19 janvier. Entouré de Don Cherry, Henry Grimes et Billy Higgins, Rollins donne l'image d'«un homme assez mal dans sa peau, une sorte de Louis de Funès jouant "En Attendant Godot", gêné de se trouver là».

   (... à suivre...)

Publié dans revue de presse

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jean max 03/03/2007 00:08

Hello!!! je flanais sur OB ! il fait nuit!! ça sent pas l'ocean! c'est pollué! c'est paris! et il y avait de la lumiere sur ton blog!! je suis entré et j'ai passé un bon moment au milieu de toutes ces harmonies musicales!! en pensant  à.... allez fait  de beau rêve! biz.... Bull !

Milady 06/03/2007 15:55

Eh oui, y'en a qui ont de la chance, pas vrai ?Bah, c'est chouette aussi, Paris...

:0038: @nne marie :0010: 19/02/2007 18:31

Coucou me revoilou après trois jours d'absence ! ! ! ! Télécom egypt est venu et a tout changé: tout semble remarcher ! ! lol ! ! Bonne fin de journée et mille bises de la mer rouge      @nne marie  

Milady 20/02/2007 17:00

Ben voilà !Bisous @nne-marie.

Eric LÖW fidÚle à lui-même... 19/02/2007 17:17

au fait : je préfère 1 effeuillage à 1 feuilletage...

Milady 19/02/2007 18:06

Le contraire m'eût étonné...Mais moi j'aime bien les feuilletés, et le fond de l'air est encore un peu frais...

Eric LÖW 19/02/2007 16:36

dès que je vois 1 photo du Duke, je me sens mieux !on peut dire ce qu'on veut de Hodges (je me souviens d'ailleurs d'1 vidéo que tu as présentée, où c'était lui qui dormait, non ?)mais il m'enchante dès qu'il souffle dans son biniou, alors...& comme sur la photo je lis 1 bout de phrase de Harry Carney, je repense à son solo que jamais il ne faudrait oublier (& sa dernière note) sur Sophisticated Ladysalut Lady !

Milady 19/02/2007 18:10

Caractère de cochon, mais quel musicien... même si parfois il y a un petit quelque chose -- le vibrato plus acide, quelques grincements d'anche -- qui laissent deviner l'humeur massacrante du bonhomme...Comme dit chez toi, c'est l'ami Paul qui roupillait (cuvait serait plus juste), et ça se passait là : http://ladydomi.over-blog.com/article-3790827.htmlSi Daily Motion daigne marcher, bien sûr... !Ciao mon Löw superbe et généreux, toujours un plaisir de te voir.

gaston 19/02/2007 13:52

à propos de johnny hodges, et en complément de ce que disait réda ( lire ses livres absolument ) la malicieuse formule de francis marmande je crois , à propos du bref passage d\\\'elvin jones dans l\\\'orchestre du duke : " hodges qui tirait une gueule de lapin dans un concours de civets " je cite de mémoire 

Milady 19/02/2007 15:27

Merveilleux ! Merci à toi.Jamais lu les livres de Réda, mais j'adore relire encore et encore ses chroniques Jazz Magaziniennes... bon, mon étagère de «trucs à lire» va encore s'enrichir, je sens !A bientôt.