La carte des blogueurs chez Ti Taz
Si vous comptiez sur moi pour une biographie de Rodney Kendrick, vous allez être déçus... Pas grand-chose à se mettre sous la dent - même Google en reste quasiment muet ! Une chose est sûre : Kendrick est né en 1961. Il semble qu'il ait fait ses premières armes auprès de James Brown et George Benson (pas d'enregistrement, à ma connaissance) avant de devenir le pianiste attitré d'Abbey Lincoln au début des années 90 (albums «Devil's Got Your Tongue», «Music Is The Magic», «A Turtle's Dream» et «Who Used to Dance», sur lequel il passe le relais à Marc Cary). C'est là qu'il est repéré par Jean-Philippe Allard, tête chercheuse de Gitanes Jazz Productions. Trois albums, puis ce Last Chance for Common Sense (Verve 531 536-2), qui fut à mon sens l'un des CDs les plus intéressants parus en 1996.
Il y a du Monk chez cet homme-là mais ça, vous l'aviez remarqué. Dans son jeu, dans ses compositions et dans ses arrangements. D'ailleurs, certaines plages de Last Chance for Common Sense me rappellent les enregistrements en sextet du Prophète, en 1952, entre autres «Remember?», que vous avez pu ouïr ces derniers jours (autour de Kendrick, il y avait Graham Haynes au bugle, Kiane Zawadi au trombone, Justin Robinson à l'alto, Tarus Mateen à la basse et Taru Alexander à la batterie). Il y a du Monk... mais il y a autre chose. Beaucoup d'autres choses, même. Des emprunts à la world music, et pas seulement dans les courtes improvisations cent pour cent percus qui assurent la transition d'une pièce à l'autre (assurées par Chi Sharpe, Daniel Moreno et, aux tables, Badal Roy). Prenez le thème-titre, par exemple, aux accents africains, rythmique virevoltante et solo incantatoire de Dewey Redman, au ténor. Il y a aussi une touche de funk : «Malika, My Little Girl». D'autres plages empruntent à l'esthétique post-bop, telle qu'elle fut modelée par le free : le sombre «Middle Passage», avec ostinato assuré par l'ensemble des souffleurs, dont émerge parfois le musette de Dewey Redman ; l'hypnotique «Sun Rays» ; «The Royal Walk», ligne mélodique sombre sur rythmes dansants et un ostinato encore, confié cette fois au baryton de Patience Higgins...
Il y a aussi des reprises. Deux, et elles sont magnifiques. D'abord, le si joli «Led Astray» dû à Rhonda Ross (la Madame Kendrick de l'indice), chanté par la clarinette basse de Higgins, accompagné seulement de Kendrick, Tarus Mateen (basse) et Badal Roy (tablas). Il y a aussi le «We Live On» dû à Barry Harris ; dès l'intro, en piano solo, le ton est donné : la plage sera cent pour cent pur bop, dans la grande tradition des années cinquante.
Au final, un CD d'une belle homogénéité malgré la diversité des atmosphères traversées et des esthétiques qui transparaissent en filigrane -- et marqué de bout en bout par la forte personnalité musicale de Kendrick, pianiste singulier et fantastique catalyseur d'énergies !
«The Nac» - Graham Haynes (cornet) Justin Robinson (alto) Eric Wyatt (ténor) Rodney Kendrick (piano) Tarus Mateen (basse) Taru Alexander (drums) - Enregistré les 15 et 16 novembre 1995 à New-York.
Deux bisous dukiens dans la même journée ! Je suis comblée...
Commentaires Récents