Une nuit au Sunside

Publié le par Lady D.

Juillet 1999.

    Paris s'en souvient encore ! Le Ricky Ford Quartet embrase les voûtes du Sunside.
    Aux côtés de Ricky, il y a George Cables ; le pianiste de Dexter pour les soirées au Keystone, en 1977. Il y a aussi Cecil McBee, immense contrebassiste. Et, last but not least, Mr. Taste en personne, le merveilleux Ed Thigpen...

    C'est le gig de Ricky. D'ailleurs, on enregistre ; le résultat paraîtra chez Jazz Friends Productions. Alors, George plays the job, comme dit Rasul. Un p'tit solo et puis s'en va. Rien à voir avec ce qu'il faisait aux côtés de Dex. Il faut dire que Dex lui laissait la place de s'exprimer, aussi. Bassiste et batteur s'éclipsaient, George avait la musique pour lui tout seul, il pouvait explorer, creuser les harmonies aussi longtemps qu'il le voulait ; et quand Rufus Reid et Eddie Gladden reprenaient les choses en main, la machine à swing redémarrait, Dex n'avait plus qu'à monter à bord...

    Le tout Paris du jazz est là, en ces deux soirées. On trouve des pianistes : Bobby Few, Richard Clements et Alain Jean-Marie ; un trompettiste : Rasul Siddik ; un saxophoniste : Richard Raux ; un bassiste : Gildas Scouarnec ; et une jolie brochette de batteurs : Chris Daly, George Brown, Oliver Johnson et Sunny Murray qui, pour une fois, oublie son amertume et vient écouter les copains.

    Fin de gig. Le Sunside a commencé à se vider, en ce premier soir, et Sunny et Oliver sont assis ensemble, à une table. Ed Thigpen les rejoint. Il veut leur montrer ses balais, et aussi donner une paire de baguettes à Oliver. Trois batteurs majuscules, une paire de balais, une de baguettes, une table sur laquelle tapoter... Balais et baguettes passent de l'un à l'autre... Improbable duo de batterie, image tellement émouvante...

    Je n'ai jamais revu la longue silhouette penchée d'Oliver, après cette nuit-là. Une autre nuit, quelques mois plus tard, Oliver a quitté cette terre. De la plus atroce des façons (http://musiciansmoments.blogspot.com/)

    Second soir. Ne reste plus que le noyau dur. Deux amis d'Ed, venus de Copenhague pour l'entendre, Rasul, Oliver et Rich. Sans oublier Robert, le barman, sa queue de cheval à peine ébouriffée par la tempête que le ténor de Ricky vient de cracher. Ed et George, bien sûr.
    Rich se souvient. Il y a quelques années, il vivait à New-York dans le même immeuble que George, et il aimait tant l'écouter jouer. «Lush Life», surtout. Quelques minutes plus tard, la si belle mélodie de Strayhorn sort des hauts-parleurs du Sunside. Fond sonore. George s'exclame : «Did you do that?!».
    Le piano l'attire, invinciblement. «Lush Life». Si Rich revient quelques années en arrière, moi, je suis projetée en 1977. Tout y est : les brusques envolées et les silences soudains. Les ombres et les lumières. Les pleins et les déliés. Rich est debout, aux côtés de George. Il boit chaque note, chaque modulation, chaque arpège, chaque volute.

    Il y a des soirs, comme ça... des soirs où la magie est présente... d'autres où la folie douce flotte dans l'air... comme en cette nuit du 10 au 11 octobre 1999, en laquelle une poignée de doux dingues fêtèrent dignement l'anniversaire de Monk...

    Mais, ceci est une autre histoire !

    PS : Petite devinette à l'attention des anglophones, récoltée auprès de Cecil McBee pendant un déjeuner au restaurant, histoire d'oublier les regards torves d'un serveur visiblement choqué par la couleur de peau dominante à notre table :
    «In which holiday season can you see a cat running on a sandy beach?»

Commenter cet article

scouarnec gildas 22/03/2006 20:14

Who's that girl?

Lady D. 22/03/2006 21:08

Ben pour une surprise !!!!!!Sais-tu que je pense beaucoup à toi depuis quelques semaines... à cause de la pub du 118 000...Eh, ça va ? Tu deviens quoi ? Comment en es-tu arrivé là ? Sur ce ramassis de nonsense, je veux dire... par Google, ou quoi ?
Je te recontacte demain par mail.