Old bottles...

Publié le par Lady D.

Fidèle déjà à ma philosophie «c'était-mieux-avantiste», je n'avais pas tellement apprécié le premier opus de Chris Greco, intitulé Trane of Thought. Aussi accueillis-je à l'époque (1997 ou 98) ce Well You Needn't (FourWinds 71960) avec, si je me souviens bien, un soupir de résignation, et retardai-je le plus possible le moment de l'écouter.

Mais il me fallut bien me résoudre un jour à risquer une oreille sur la dernière production du Sieur Greco. J'insérai donc le cédé dans le lecteur... Une cinquantaine de minutes plus tard, j'étais à la limite de la grécophilie furieuse.
Il faut dire que ce qui m'avait dérangé dans Trane of Thought était le matériau de base. Une poignée de compositions originales de Chris Greco, que j'avais trouvées sans grand relief, sans grande originalité. A l'opposé, Well You Needn't, comme son sous-titre le laisse clairement deviner, rassemble neuf standards immortels... et c'est sur les standards que j'ai toujours su le mieux apprécier l'originalité, l'inventivité d'un musicien.
Et, de l'originalité et de l'inventivité, Chris Greco en a à revendre. Alors que j'écris ces lignes, je réécoute sa version de «Bye-Ya», prise sur un tempo joyeusement binaire. Un peu plus loin, il y aura une relecture futée de «Goodbye Porkpie Hat», où trois Chris Greco, en solo intégral, chante(nt) et contrechante(nt) la mélodie à la clarinette, le soutien rythmique étant assuré par la clarinette basse. On trouvera encore un peu de re-recording sur «Mood Indigo», en quartet - la clarinette basse assurant, sur l'exposé, la deuxième voix aux côtés de la flûte, qui est l'instrument soliste du morceau.
C'est à la flûte, aussi, que Greco musarde sur «You Don't Know What Love Is» ; à la flûte, toujours, qu'il chante l'intro planante de «Well You Needn't», avant de passer au soprano pour foncer à travers les harmonies familières du thème de Monk, poussé par un trio rythmique d'exception : Otis Finch, habile manieur de cymbales, Chris Colangelo, solidissime à la basse (voir, justement, «Solid» de Rollins, où Greco développe un jeu de ténor robuste et direct) et Tom McMorran, pianiste effervescent dont chaque solo contient son pesant de surprises harmoniques, habile accompagnateur aussi, qui sait houspiller le soliste à coups de petits accords merveilleusement stimulants - ainsi sur ce «Bye-Ya» d'anthologie où Greco, au ténor, atteint quelques sommets de swing !

Pour une biographie passionnante de Chris Greco et trois (trop) courts extraits, rendez-vous sur :

http://www.erjn.it/greco/

Moi, je crois bien que je vais réécouter Trane of Thought... tout compte fait, il n'étais pas si mal que ça, ce petit CD... En attendant de dénicher Music for Trio qui, si j'en juge par l'extrait que je viens d'écouter, renferme encore quelques merveilles !

 

 

«Bye-Ya» - Chris Greco (ts) Tom McMorran (p) Chris Colangelo (b) Otis Hayes (d) - Enregistré en août 1995 à Hollywood.

Publié dans disques de chevet

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