Tenderly

Publié le par Lady D.

Parole d'honneur. Si j'ai envie ce matin de vous parler de Tenderly (Cristal Production), ce n'est pas uniquement parce que son signataire est un garçon absolument délicieux. C'est aussi parce qu'Alain Mayeras est un merveilleux pianiste, nourri aux meilleures sources. Aux côtés de Ronald Baker, qu'il accompagne depuis dix ans (quelques cédés assez fantabulesques sur lesquels je reviendrai un de ces jours), il se situe dans la veine d'un Bobby Timmons ou d'un Horace Silver. Ici, la parenté de son jeu avec celui de Gene Harris (dont il est un inconditionnel) saute aux oreilles. Vous avouerez qu'il y a pire, comme références, même si, je sais, je sais, certains trouvent l'ami Gene proprement insupportable par ce côté rouleau compresseur qu'il avait parfois, traitant tous les morceaux de la même façon à tel point qu'il devenait quasiment impossible de différencier une plage de l'autre...

Mais, si l'on peut dire, Alain n'a gardé que le meilleur du jeu de Gene Harris : le swing intense, les accords riches. Le moins meilleur (je ne peux quand-même pas écrire «le moins bon», et encore moins «le pire» !...), il l'a laissé de côté. J'ai un petit faible pour cette jolie relecture de «Whisper not» et ses quelques mesures échappées d'un prélude de Bach ; pour cette version sensuelle à souhait de «The more I see you», aussi, bien que le drumming de Jean-Pierre Jackson me semble parfois un poil trop carré ; pour ce «Secret love» enlevé et son joli solo de basse signé Gilles Naturel ; sans parler de ce merveilleux «Fly me to the moon» qui balance si joliment... mais c'est vrai que j'ai une tendresse toute particulière pour ce thème-là... Le «Blues for Jezebel» de Gene Harris, aussi, harrisien en diable, comme de bien entendu... Vous reprendrez bien un peu de shuffle ?

Tiens, et puis, puisqu'on parlait de Bach, comment passer sous silence «Invention n°4 / aBachadabra», une plage où quelques secondes de Bach introduisent une délicieuse composition d'Alain, basée sur les mêmes accords ? Parce qu'Alain est aussi compositeur, et quel compositeur : le tendre «Come closer», avec beau travail aux balais de Jackson ; «Hank's mood» sombre et enlevé, hommage à Hank Mobley plutôt qu'à Hank Jones, à mon avis ! Le «June in Paris» virevoltant, en 3/4, sur lequel Naturel fait des rondeurs ; «N'oublie pas», enfin, gospélisant à souhait... deux prises, pour une double dose de bonheur...

Pour quelques lignes sur Alain, sa vie, son oeuvre (vous allez être surpris...) : http://www.cristalprod.com/artiste/ronald/presentation.htm

Au fait, j'ai eu Alain au téléphone il y a une quinzaine de jours, pour la première fois depuis trop longtemps. J'avais oublié sa gentillesse et son exubérance, et je les ai redécouvertes avec bonheur. Mais ce qui m'a fait le plus plaisir, c'est de l'entendre me dire qu'enfin il commençait à se faire une place, une vraie place, sur la scène jazz française. Et si vous voulez mon avis, ce n'est que justice...

Allez ; cadeau : un petit scoop. Le prochain cédé du Ronald Baker Quintet va sortir dans quelques semaines, et vu l'ambiance de folie qui régnait dans le studio, à ce qu'il paraît, il devrait swinguer du feu de Dieu... C'est-y pas une bonne nouvelle pour commencer la journée, ça ?

 

 

«Secret Love» - Alain Mayeras (p) Gilles Naturel (b) Jean-Pierre Jackson (d) - Enregistré en juin 2000 (?) à Paris.

Publié dans disques de chevet

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jassbrass 03/07/2007 18:41

Noooooooooooonnnnnnnnnnnnnnnn !!! Damned ! J'aurais vraiment beaucoup aimé l'entendre ce morceau-là. Mais il semble qu'il ne soit plus hébergé non plus. Je suis déçu d'autant que j'ai été très agréablement surpris et excité en voyant le nom d'Alain Mayeras dans cette chronique. C'est que même si je ne connais pas son existence depuis longtemps, je l'aime vraiment beaucoup cet Alain Mayeras. Je suis un grand amateur de sa musique et de ses compositions au sein du Ronald Baker Quintet. D'ailleurs je les aime bien tous les cinq. Je les ai vu en concert et ça a été un très bon souvenir. Comme on parle d'Alain Mayeras, je trouve qu'un mot qui le définit bien est "exalté". Il arrive dans la salle déjà tout excité; il entend une mesure de Cannonball et il est tout fou, tout flamme. D'ailleurs il ne se calmera pas, une fois assis devant son piano. Et visiblement il est content d'être là où il est. Je l'aime bien. Je suis d'accord avec toi que son jeu ressemble à celui de Gene Harris. C'est assez flagrant surtout qu'il ne cache pas cette source d'inspiration. Bobby Timmons, sûrement, tout comme n'importe quel autre pianiste des jazz messengers. Horace Silver, oui c'est sûr. Je n'ai pas le jugement ni le bagage nécessaires pour me rendre compte si la qualité du jeu d'Alain Mayeras égale celle des meilleurs pianistes de hard bop. En tout cas, je l'écoute avec autant de plaisir que je les écoute eux. Alors, si en plus je confesse que j'ignorais qu'il avait sorti un disque hors du Quintet de Ronald Baker (donc un disque que je n'ai pas), tu réaliseras peut-être mon enthousiasme à l'idée de découvrir ce morceau que tu nous proposais. Et donc aussi la douche froide en constatant que le morceau n'était plus en ligne. Je vais essayer de me dégoter ce disque, tiens.

Milady 03/07/2007 20:50

Voili voilou... le serrurier arrive...On recausera d'Alain après  ;)