Autumn in Paris

Publié le par Lady D.

C'est l'automne, donc. Octobre 2000.

Ma visite semestrielle à Paris. Avant d'en fixer les dates, j'ai bien sûr regardé les programmes de mes clubs préférés, ceux où je me sens un peu comme chez moi, à commencer par le «Franc Pinot» : Joe Lee Wilson, Hal Singer et le trio Maurice Vander/Pierre Michelot/Philippe Combelle, en dix jours ! In-ratable ! Quant au programme du «Relais de L'Isle», le plus swinguant des restaus de Paris, pas moyen de mettre la main dessus, comme d'hab', mais les pianistes amis ont nom Bobby Few, Richard Clements, Tom McClung, Kathy Roberts... que du bon, quoi. Aucun nom de ma connaissance au «Studio des Islettes», this funny little joint du dix-huitième, coincé au fond d'une cour d'immeuble, entre la rue de la Goutte d'Or et le boulevard de la Chapelle ; mais les copains seront là, et, côté musique, il peut y avoir des bonnes surprises.

Et, à Paris, il y a mon batteur préféré : Bob DeMeo. Je lui dois l'une de mes plus belles émotions musicales. C'était l'année d'avant, au «Houdon», rue des Abbesses ou pas loin. Vincent Jacqz était au piano, Manu Grimonprez à la basse. J'avais déjà entendu Bob avant, mais sans comprendre que ce batteur-là était tout simplement l'un des meilleurs que j'aie jamais entendu. Même sur le moment, je ne l'ai pas compris. Ce n'est que quelques jours, quelques semaines, peut-être quelques mois plus tard que j'ai compris. Aujourd'hui encore, il me suffit de fermer les yeux pour entendre cette version de «Time after Time»... Rectification : non, je ne l'entends pas. Je ne l'entends plus. Mais je la ressens. Les mailloches de Bob sur le tom médium, cette pointe de shuffle que, depuis, je recherche chez tous les batteurs que j'entends...

Cet automne-là, il accompagne Joe Lee au «Franc Pinot». Grosse caisse, caisse claire, deux cymbales, hi-hat. Il n'a pas besoin de plus. La semaine d'après, il passe en fin de soirée, histoire d'écouter un peu Maurice Vander et, pourquoi pas, de remplacer Phiphi Combelle sur un ou deux morceaux. Phiphi, il est un peu dur d'oreille. Alors, il cogne, il cogne, sur sa belle batterie avec plein de toms et de cymbales ; Michelot a dû monter le son de la basse pour se faire entendre. Bien sûr, Phiphi invite Bob à le remplacer, l'espace de quelques minutes. Je me marre : il est tellement subtil, tellement léger, qu'on l'entend à peine ! Michelot baisse le son illico. Mais... il joue moins bien que d'habitude, Bob. Qu'est-ce qu'il lui arrive... ? En descendant de scène, il me confie : «Quand tu joues sur une batterie avec plein de machins, tu veux jouer sur tout. Moi, y'a que deux cymbales que j'ai pas eu le temps d'essayer.»

... stay true to yourself, Bobby...

Au «Relais de l'Isle», sa batterie est encore plus basique : caisse claire et cymbale. Après tout, c'est un restaurant ; Christophe ne va quand-même pas sortir la moitié de ses tables  ! Aussi, là-bas, on ne monte jamais au-delà du duo. Tom, Kathy, Rich ou Few au piano. Parfois Gus Nemeth à la basse, ou, donc, Bob à la batterie. A ma connaissance, il est le seul batteur à avoir jamais joué au «Relais de l'Isle». Tout autre que lui éclipserait le piano, un Yamaha droit laqué de blanc, plaqué contre le mur, juste à côté de la caisse.

Un soir, je dîne au «Relais de l'Isle». A la table tout à côté de la batterie. Tout contre la batterie ! A tel point que Bob, au lieu de poser ses balais sur le dessus du piano quand il passe aux baguettes comme il le fait toujours, les pose sur ma table. Il est merveilleux de finesse, de délicatesse. Il est entre Rich et moi, et pourtant, j'entends chaque note de piano. Comme d'habitude, je ne peux pas détacher mes yeux de ses mains, de la danse des balais sur la caisse claire, je guette chaque pointe de shuffle...

Entre deux sets, Christophe met un CD d'Ahmad Jamal. «Ahmad's blues». J'emprunte un balai et je m'amuse à tapoter la cymbale. Bob se marre : «T'as un bon rythme !»

Ce soir-là, il y a quelqu'un d'autre au restaurant... Une personnalité de la communauté noire américaine... Acteur, réalisateur, chanteur, auteur, compositeur et bien d'autres choses encore... Le premier trader noir de Wall Street.

... Mais, ceci est une autre histoire !

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