Tears for Andrew (Troisième partie)

Publié le par Milady

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Les Trinitaires
(Jazz Friends Productions, 1998)

   «What the heck» si une corde, dans le registre médium du piano, lâche lors du premier soir de l'enregistrement. Un éclat de rire et, à la pause, ces quelques mots : «Eh bien, j'espère que je ne vais pas casser l'autre !»

J'ai beaucoup été influencé par Andrew Hill que j'ai découvert quand je suis allé à NYC en 1994. Je crois que ce qui m'a d'abord touché chez lui, c'est son son très doux ; un lyrisme très particulier, à la fois sec et d'une grande poésie, avec un placement rythmique très souple qu'on retrouve aujourd'hui chez les jeunes pianistes en vogue comme Jason Moran ou Robert Glasper. (…)  Son univers se distingue par une liberté formelle et un sens de l'espace qui font de lui un précurseur très moderne à ranger du côté des que Herbie Nichols, Jackie Bayard, et Thelonious Monk. Autant d'esprits libres dont on mesure aujourd'hui le temps qu'il a fallu pour qu'ils s'imposent.
Pourtant, l'oeuvre que Andrew Hill nous a léguée est un modèle d'authenticité, de courage et d'intégrité artistique, et c'est assurément une source d'inspiration pour toutes les générations à venir.
(Laurent Coq, mai 2007)

   Esprit libre, certes. Bien sûr, des parentés se font jour. La façon qu'a Andrew Hill de pétrir les sonorités, les accents gospel qui teintent certaines pièces évoquent Ran Blake ; certaines ambiances douces, impressionnistes, rappellent Abdullah Ibrahim («Seven») ; son goût pour la dissonance, son art de la litote, sont évocateurs de Thelonious Monk. Cependant, son monde musical ne peut être comparé à celui d'aucun autre de ces musiciens. Le chemin d'Andrew est un chemin tortueux, qui croise parfois ceux de Monk, Blake ou Ibrahim, mais sans jamais s'y fondre totalement. C'est un chemin parallèle aux voies bop et free, qui traverse des paysages restés vierges, insoupçonnés jusqu'ici. Un chemin cahoteux qu'il suit seul, indifférent aux modes et au fait que très peu de musiciens ont osé s'y aventurer à sa suite. Dans le format du solo, l'esprit aventurier d'Andrew s'épanouit pleinement. Sous ses doigts, les standards cent fois entendus («I'll Be Seeing You», «What's New») sont transfigurés, parés d'un lyrisme austère et anguleux ; les retours au thème, interrompus par de courtes évasions, explorations d'un nouveau continent de musique entrevu au détour d'un accord, et qui vaut peut-être la peine qu'on l'explore, l'espace de quelques mesures…

J'ai toujours pensé que la musique de Monsieur Hill était similaire, par son concept, à celle de Thelonious Monk, mais avec un apport personnel, plus moderne. Sa musique savait être traditionnelle, mais jamais prévisible. Swinguante, mais toujours en mouvement. Expérimentale, mais toujours réfléchie.
(Christian McBride, mai 2007)

   Des originaux, on retiendra l'ostinato de main gauche de «15/8» (le titre indiquant la métrique de la composition), les intervalles inhabituels de «Labyrinth» ou «Joanne»… avec, toujours, ces hésitations délibérées, comme une tendance à traîner légèrement en arrière d'un tempo qui fluctue au gré des explorations… et, au final, une impression fascinante de fragilité, de déséquilibre…



Image Hosted by ImageShack.us   Et voilà Andrew qui revient sur le devant de la scène… Solo, big-band, quintet («Dusk» en 2000, «Time Lines» en 2006)… il est élu Compositeur de Jazz de l'Année par la Jazz Journalist Association pour la quatrième fois, en 2006. En 2004, il apprend qu'il a un cancer du poumon («When two cigarettes meet in the dark», plaisantions-nous après sa première partie, à La Seyne-sur-Mer). Il se sait condamné, mais utilise sa maladie comme une force, une occasion d'ajouter une nouvelle perspective à sa vision du monde et de la musique, espère aussi que son influence lui survivra, chez les musiciens de la jeune génération.

Andrew Hill nous a fait à l'honneur, lors du festival de l'AMR en avril 2006 à Genève, de donner un concert qui restera dans les annales. Ce que nous n'oublierons pas non plus, c'est l'extrême gentillesse et l humilité d'un homme qui se savait condamné par ce satané crabe. Il nous a offert son coeur et son âme en même temps que ses notes, parmi les dernières qu'il allait jouer sur scène.
Sa maison de disque envisageait une collaboration entre nous pour son prochain projet ; un homme comme lui a toujours des projets. Andrew, je vous ai peu parlé, peu connu mais j'espère vous retrouver en haut pour un shooting avec par exemple Joe Henderson, Elvin Jones et Jimmy Garrisson.
(Juan Carlos Hernández, photographe, mai 2007)

   Andrew Hill s'est éteint le 20 avril 2007. Trois semaines plus tard, il fut la première personne à devenir docteur honoraire du Berklee Music School à titre posthume.

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   Merci, encore à Marc Mesplié, Alain Dupuy-Raufaste, Laurent Coq, Christian McBride, Juan-Carlos Hernández, Richard Clements et Richard Davis.
   Et un merci spécial à mon coach, sans qui cet article n'aurait sans doute jamais existé ;-)

Publié dans de choses et d'autres

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Cactus photographe à mateurs 18/06/2007 09:26

kikouc'est kiri koukou jo

Milady 20/06/2007 20:39

Kel kirikoukoukou mandchou caracolera ?Bisounours mon cactouche !

:0010:soleil51:0014: 17/06/2007 18:31

Bon dimanche et bizettes de la mer rouge! @nne marie

Baggins 17/06/2007 09:39

Excellent paniste que je connais trop peu.Merci pour cette biographie et ce morceau que l'on savoure avec délice .Bisous Milady

Mimisan 16/06/2007 17:33

je te proposes de lire cette info, que tu connais peut-être déjà d'ailleurs:http://fr.news.yahoo.com/15062007/202/la-bombe-gay-quand-le-pentagone-pensait-utiliser-la-puissance.htmlBon week-end, bises de tokyo

Milady 16/06/2007 17:37

Ah non, je ne la connaissais pas, celle-là ! Il semble que le lien ne soit pas utilisable... trop long pour la boî-boîte à comm... Donc... c'est ici que ça se passe !Merci Mimi, bises et bonne nuit :D

Sam 16/06/2007 13:47

whaou super article pour super musicien !!!vraiment j'imagine a  peine le boulot que c'est que de receuillir  tous ça  !! bravo !quant a  l'extrait il est simplement beau !Andrew Hill !! c 'est noté ! je vais a présent me penché sur sa discographie !merci de nous faire decouvrir tous ça ! t'es la meilleur !! 

Milady 16/06/2007 14:50

Ouh là dis-moi Sam, quel enthousiasme ! Qui me fait un plaisir, mais un plaisir...Du boulot, tu sais, il n'y en a pas eu tellement. Quelques mails... peu de réponses finalement mais de gens qui avaient des choses à dire... un coup de fil de New-York, de celui qui était trop «paressoux» pour tapoter sur le clavier... et voilà !Puis l'envie d'écrire ces quelques mots sur un homme que j'ai peu connu, mais que j'ai énormément apprécié, tant par ses qualités de coeur que par son talent de musicien. Voilà ce qui a été mon vrai moteur...La meilleure ? Oh que non. But, with a little help from my friends...Bisous et bon week-end à toi, Sam !