Ensuite, c'est le retour en Californie. Cinq années sans enregistrer, mais de nombreux concerts et une carrière universitaire. Entre 1970 et 1971,
Andrew Hill est compositeur résidant à la Colgate University de Hamilton (New-York) ; il y obtiendra un doctorat de composition. Il travaille ensuite avec le New York State Council for the Arts,
obtient une bourse à vie de la Smithsonian Institution de Washington, mais ce n'est qu'en 1974 qu'il revient sur le devant de la scène. «Invitation» ; «Spiral» ; «Nefertiti». Enfin des
enregistrements en solo : «Homage», «Live at Montreux» — gravé lors d'une tournée européenne des festivals qui passe par la France, en 1975. «Verona Rag», neuf ans plus tard. À la fin des années
80, il est à la tête d'un groupe qui comprend Greg Osby et Robin Eubanks («But not Farewell»)… avant de se faire discret, une fois encore. Deux disques en sideman (auprès de l'obscur Russell Hisahi
Baba en 1992 et de Reggie Workman en 1994), et rien d'autre, jusqu'au jour où…
J'ai découvert le jazz avec des artistes tels que Tommy Flanagan, Oscar Peterson, Monty Alexander… et puis un jour j’ai entendu le disque d’Andrew, «Point of
Departure». Je l’avais acheté pour la présence d’Eric Dolphy et c’est ainsi que j’ai découvert la musique d’Andrew avec ses compositions et son jeu si complexe et tellement différent de celui des
autres pianistes que je connaissais ; par la suite j’ai acheté tous ses disques et mes disques d’Oscar Peterson sont restés à tout jamais dans leurs pochettes… Au milieu des années 90 j’ai
commencé à organiser des tournées en France avec des Américains et puis en 1997 j’ai contacté Mosaic Records pour obtenir le contact d’Andrew. Celui-ci avait pratiquement disparu de la scène du
jazz ; je crois qu’il enseignait à Portland, à ce moment-là. On s’est parlé et il a accepté de venir jouer en France et j’ai pu réaliser le rêve de l’enregistrer en solo pour mon label. Pour moi
ça été un très grand moment d’émotion ; j’ai beaucoup de respect pour l’homme, sa musique bien sûr, mais aussi sa simplicité et sa gentillesse. Je n’oublierai jamais son sourire….
(Alain Dupuy-Raufaste
Jazz Friends Productions
Responsable programmation Jazz à Foix)
1997, donc ;
Andrew, en solo, joue en première partie du trio de Richard Davis au Festival Fort-Napoléon de La Seyne-sur-Mer ; il n'était pas revenu en France depuis 1975. En février 1998, le voilà aux
Trinitaires, à Metz.
Ou quand côtoyer un musicien, quelques jours durant, donne quelques clés pour pénétrer un univers musical a priori hermétique… Si Alain a découvert Andrew
Hill par le biais de son intérêt pour Dolphy, je l'ai écouté pour la présence sur certains de ses enregistrements Blue Note de Richard Davis. Pas séduite plus que ça a priori par un univers à la
fois austère et complexe, fait de ruptures et d'arêtes vives.
L'homme derrière le musicien…
Ça devait être à la fin des années 70. Je travaillais avec une chanteuse du nom de Faye Carol ; elle vivait à Berkeley, non loin de Pittsburgh, Californie, où
habitait Andrew Hill, et elle le connaissait depuis longtemps. Nous devions jouer dans une salle de Berkeley, et nous étions arrivés de bonne heure pour répéter et placer les instruments sur la
scène. Le piano était bizarrement placé. C'était un piano droit, et j'ai commencé à le pousser pour le mettre au bon endroit. Soudain, il est devenu beaucoup plus facile de pousser le piano ;
quelqu'un était venu m'aider. J'ai remercié le type, et il est parti. Et on m'a dit après que c'était Andrew Hill ! Je n'ai même pas eu l'occasion de lui dire un mot.
(Richard Clements,
ancien pianiste d'Archie Shepp)
Andrew Hill, c'est un sourire, oui ; un rire aussi, terriblement communicatif. L'homme est à l'image du musicien : déconcertant souvent, hermétique parfois, par son
langage, pas par sa personnalité ; surtout pas. Andrew Hill, c'est avant tout une simplicité, une humilité, une gentillesse à toute épreuve. A Metz, il se lance souvent dans de longues tirades que
son bégaiement rend encore plus difficile à traduire et, posant sur nous un regard amusé, lance : «Am I making sense?», «Vous arrivez à me suivre ?» Très tôt le matin, il quitte l'hôtel et, son
traducteur électronique en poche, joue à se perdre dans les rues de la vieille ville, demandant son chemin aux passants, que sa conception du français laisse souvent perplexe. Et il en rit. «What
the heck!» «Qu'est-ce que ça peut bien faire !»
(... à suivre... )
publié dans :
de choses et d'autres
par Milady
5
Retour à la page d'accueil
Commentaires Récents