Si on m'avait dit il y a seulement deux mois que j'achèterais un jour un CD de Paul Anka !... C'est la faute à Philippe Barbot qui, du coup, dans un Télérama de décembre (rubrique : chronique pop !) nous a sorti une chronique de jazz plus pertinente que Michel Contat, "le" chroniqueur jazz du mag.
Enfin, c'est peut-être une question de goût personnel, aussi...
Ce "p'tit Anka", pour reprendre l'expression de Barbot lui-même et de mon double collègue préféré (Hey, Slam), c'est... peut-être pas le disque jazz de l'année, mais pas loin. Le plus inattendu, en tout cas. Le plus "exhilarating" (comment on dit ça en français, déjà ?). J'explique : il fut un temps, de plus en plus lointain, où j'adorais Van Halen. Y compris "Jump" qui, c'est vrai, est un morceau assez ignoble, quand on y réfléchit bien. Presque aussi ignoble que "Eye of the tiger". J'adorais The Cure itou (j'aime toujours bien, d'ailleurs). Et puis j'ai décroché de tout ça, mais peut-être que j'aurais adoré REM, Oasis, Nirvana... sans doute, même.
Mais revenons à l'Oncle Paul. Derrière lui, un de ces big bands composés de musiciens de studio à peu près inconnus mais bourrés de qualités (excellents lecteurs bien sûr, mais pas seulement). Aussi des cordes, sur les ballades. Rayon arrangeurs, Randy Kerber et, pour une plage, John Clayton. Et Patrick Williams, qui se retrouve propulsé dans le Top Ten de mes arrangeurs préférés, du coup !
Suivant le vieil axiome de Trummy Young, "It ain't what you do, it's the way that you do it", tout ce petit monde se lance avec délices et réussite dans un répertoire inattendu : "True" de Spandau Ballett (no strings sur celui-là, heureusement) ; "Jump" de Van Halen, et comment est-ce que l'ami Patrick Williams a réussi ce tour de passe-passe ? On dirait du Lunceford ! Aussi "Smells like teen spirit", "Wonderwall", "Eyes without a face" (copieusement encordé, hélas), "The lovecats" (curieusement traité en Latin jazz par Kerber, et du coup, beaucoup moins swinguant que l'original des Cure, un comble !) et, et, et, "It's my life", de Bon Jovi, and this one is something else, man ! C'est tout simple (... façon de parler) : comme si ces morceaux-là avaient été écrits espécialement pour ce CD-là. Mais non : c'est juste cette faculté merveilleuse, réservée aux plus grands (quel que soit le domaine artistique, quels que soient les styles de départ et d'arrivée) d'imprimer leur marque, leur personnalité avec une telle force, une telle maîtrise, qu'ils en font oublier l'original (voir les standards revus et corrigés par Monk, exemple "Tea for two", voir l'"Angélus" de Millet à la Dali, aussi).
Le "p'tit Anka" (droits d'auteurs reversés automatiquement à P.B. et au Slam) tourne en boucle sur mon lecteur CD, depuis, surtout vers 6 heures du mat', quand j'allume l'ordi pour commencer la journée de boulot. Un p'tit café, un p'tit "It's my life"... Y'a rien de mieux pour se mettre les idées en place !
«It's my Life» - Paul Anka (vcl) Randy Kerber (arr) + beaucoup de monde, dont Warren Luening (tp) Bill Reichenbach (tb) Gene Cipriano (ts, fl) Vinnie Colaiuta (d) Luis Conte (perc) - Enregistré en novembre 2004 à Los Angeles.




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