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1998.

Il y a quelques mois, j'ai craqué pour une compo de Johnny Griffin : «When we were one», entendue à la radio. Pour l'«extérieur», comme aurait dit Monk. L'«intérieur», le pont, quoi, est un peu faiblard en comparaison. Griff n'a pas dû étudier la composition. Mais j'ai craqué sur ce morceau... J'aimerais bien le massacrer au piano...

Maintenant, où trouver la partition ? J'ai une bonne oreille, mais va transcrire et reproduire un air entendu une seule fois... Un coup de fil au Patron, et me voilà munie de l'adresse du Griff. Je lui envoie un mot, et je reçois en retour la partition. Comme de bien entendu, je me jette sur le piano pour voir ce que je peux en faire... Pas brillant-brillant, mais passons.

Et voilà que le Griff passe à même pas quarante kilomètres de chez moi. Zut, on va pas rater ça, quand-même ! J'arrive pour la balance, je me présente, «Bonjour, je ne sais pas si vous vous souvenez de moi... je vous avais écrit il y a quelques mois...»  - «Ah, oui !». Bon, bien sûr, non ; mais Griff est poli. Soit dit en passant, je comprends mieux maintenant pourquoi on le surnomme «Little Giant». Comment un aussi petit bonhomme (il doit à peine dépasser le mètre soixante sans ses talonnettes) peut-il émettre un son de ténor aussi énorme ?

Le concert est bien, of course. Mieux que bien. Faut dire qu'il y a l'ineffable Philippe Soirat à la batterie (il a tout, celui-là ! Une oreille phénoménale, il case ses pêches pile-poil là où il faut, et quel swing, quelle légèreté... Rayon batteur bop, difficile de trouver mieux en France), et que l'ami Ricardo del Fra a enlevé ses moufles pour nous sortir des lignes de basse de folie. Là, tout de suite, impossible de me souvenir du pianiste... Laurent de Wilde je crois, ou peut-être pas... à vérifier dans mes archives.

Ce que j'aime dans ce théâtre-là, à part qu'il est tout tendu de velours bleu et que j'adore le bleu, c'est qu'il y a un pot après chaque représentation où les spectateurs peuvent aller boire un coup et bavarder avec les artistes, qui se plient généralement à l'exercice avec gentillesse. Pas de Ricardo-mon-Frère en vue, mais Griff est là et signe autographe après autographe avec une patience d'ange. Un numéro de «Jazz Hot» à la main, je prends place dans la file d'attente. Quand j'arrive enfin devant la table où Griff s'est installé, il lève les yeux et éclate de rire : «Domi ! You little rascal !...».

Et voilà pourquoi, à la page 22 de mon exemplaire du numéro 525 de «Jazz Hot», on peut lire les mots suivants, de la main de Griff : «For Lady Domi. Seriously. Keep on keeping on!».

Quelques mois plus tard, ce sera au tour de Cedar Walton d'apposer un autographe à priori tout aussi énigmatique sur un autre «Jazz Hot»...

Mais ceci est une autre histoire !

publié dans : Lady Domi et les Bad Boys par Lady D.
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Deuxième soirée du festival de Cussac Fort-Médoc...

Cussac, en Gironde : 1.500 habitants et 17 châteaux.

Fort-Médoc : une antique citadelle bâtie par Vauban sur les rives de la Gironde, ou ce qu'il en reste.

Le festival : Wayne Shorter, Laurent de Wilde, Joe Zawinul, Mark Murphy.

Ce soir-là : Ray Charles et les Alligator All-Stars.

Moi : chargée par mon mag de raconter tout ça.

Une immense limousine noire s'engouffre dans la citadelle, passe derrière les tentes, se dirige droit vers la scène : le Genius est là. La sécurité fait son boulot : plus personne derrière les barrières, même ceux qui arborent le badge leur autorisant l'accès à l'ensemble du site, de l'avant-scène aux loges (installées dans la Poudrière du fort).

La portière s'ouvre, et je me pince : est-ce que je suis vraiment là ? Ou devant ma télé, en train de rêver que je suis là ? Ray Charles est à même pas cinq mètres de moi !

Il a signé pour une petite dizaine de morceaux, mais il se sent si bien (avec lui, on ne sait jamais...) qu'il nous en offre le double. «Georgia on my mind» ; «What'd I say» ; «Hit the road Jack». La routine ? Pour lui, peut-être. Pas pour moi.

La sécurité se détend. Nous voilà de l'autre côté des barrières. «Nous» : JP, deux autres collègues, Carole, l'attachée de presse, et moi. Je ne sais plus si je suis là pour une revue de jazz ou d'oenologie : «Il a un petit goût de fruit rouge... de framboise, je dirais.» - «Tu trouves ? Je dirais plutôt de groseille.» - «Attends, je re-goûte... T'as peut-être raison.» - «Attends, je re-goûte aussi... De mûre, aussi, non ?» Etc, etc.

Carole vient vers moi : «Ray est d'accord pour rencontrer trois journalistes, qui lui poseront deux questions chacun. J'ai mis ton nom sur la liste.»

Moi dans la même pièce que Ray Charles ? Non-non-non-non-non. Pas question.

Neuf ans plus tard, aucun regret. Pour mon premier grand festival, ç'aurait été trop, tout simplement.

JP : «J'ai un peu peur pour Corey Harris. Passer après Ray Charles, surtout ce soir... Tout le monde va se barrer.»

Corey arrive. Grand bonhomme longiligne, barbe et dreadlocks, seul avec son dobro devant 5.000 personnes. Il s'asseoit, au milieu de la scène. Quelques mots en français lui suffisent à mettre tout le monde dans sa poche, et personne ne part. Blues du bayou, poisseux à souhait. Après, Kenny Neal. Lonnie Brooks. Koko Taylor. Kenny et les fils de Lonnie sont des potes de JP - direction les loges. Wayne Baker-Brooks me susurre un p'tit blues à l'oreille, pour moi toute seule.

Et moi, j'aime de plus en plus ce monde où les plus grands restent accessibles. Dèjà, la veille, Isaac Hayes...

Mais ceci est une autre histoire !

publié dans : Lady Domi et les Bad Boys par Lady D.
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