Qu'est-ce que vous voulez, moi, ça me fait rire d'allumer l'ordi à même pas cinq heures du mat' et de voir que mon compteur de visites affiche le nombre 1789 - ce qui me fait penser à un ami très cher, lequel travaille actuellement en Irak pour le compte d'une ONG, et dont le contrat doit prendre fin le 14 juillet...
Mais vous vous en fichez sans doute, et vous avez bien raison. Vous attendez un nouvel épisode des aventures de Lady D. au milieu des Bad Boys - l'adjectif «bad» devant ici être pris au sens jazzistico-argotique, bien sûr, c'est-à-dire traduit par «good»... musicalement parlant du moins.
Si je m'égare ainsi, c'est parce que je ne sais pas trop quelle aventure vous conter aujourd'hui... Peut-être ma première rencontre avec une légende vivante du free jazz ? Et pourquoi pas...
Août 1996... Voilà déjà quelques semaines que je suis en relation avec Alain, le jeune homme que nous avons déjà rencontré dans cette rubrique, celui qui organise des tournées quand il n'a rien de mieux à faire. A l'époque, il participe à l'organisation du festival de Pamiers.
- Pourquoi tu ne viendrais pas, qu'on fasse connaissance ? me demande-t-il un jour au téléphone. Le festival prend tes frais en charge.
Pourquoi pas, effectivement... Le festival commence le jour-même ! Tant pis, je louperai le premier soir (Didier Malherbe et Paolo Fresu... je m'en remettrai) et le lendemain, donc, me voilà dans le train.
A peine arrivée, je fais l'une de ces rencontres miraculeuses : celle de David, journaliste (presse écrite et radio) de son état. Nous nous connaissons depuis à peine dix minutes que nous voilà en train de bavarder comme si nous nous étions rencontrés sur les bancs de la maternelle. Qu'est-ce que vous voulez : le jazz, ça rapproche.
Dix ans, déjà... et j'ai un peu de mal à retrouver la programmation exacte... attendez que je plonge dans mes archives... Voilà. 30 août : deux quartets, ceux d'Oliver Lake et de Mal Waldron. 31 août, Sir Roland Hanna Trio, suivi du quintet de Peter King. Plutôt sympa, comme programmation, non ?
Maintenant, attendez que je retrouve les noms... Aux côtés d'Oliver Lake, déjà, le trompettiste Rasul Siddik. Peut-être James Lewis à la contrebasse. Et, à la batterie, un type que je connais de nom, comme tout le monde, mais le free jazz, à l'époque, c'est pas vraiment mon truc. Donc, pas plus impressionnée que ça, de voir Sunny Murray en chair et en os, que je suis.
Les sidemen de Mal Waldron ? Ricky Ford au ténor, ça, j'en suis sûre. Mais j'ai le regret de vous informer que les noms du bassiste et du batteur me sont complètement sortis de l'esprit... Et que le seul compte-rendu de ce festival que j'aie à ma disposition n'en fait pas mention... Je pense, je pense que James Lewis était encore là, cependant. Mais je n'en jurerais pas !
Très sincèrement, je n'ai aucun souvenir marquant de cette soirée-là. Par contre, je me souviens du sourire lumineux de Mal Waldron, croisé dans le hall de l'hôtel. Je me souviens aussi de ce moment, le lendemain matin, où je prends le frais sur la petite place, devant l'hôtel, tandis que les musiciens attendent qu'on vienne les chercher pour les emmener à la gare. Sunny Murray s'est assis à l'extérieur, et quelque chose chez lui m'attire. Il a une présence incroyable, ce type. Si j'allais bavarder un peu avec lui ?
Je suis une grande timide... et lui, après tout, un grand bonhomme. Mais, il ne fait pas partie de mon panthéon personnel, à l'époque. Je sais qui il est, la place qu'il occupe dans l'histoire du jazz, mais... c'est à peu près tout. Son drumming ne m'impressionne pas plus que ça, d'ailleurs, je ne sais même pas si je l'ai vraiment écouté la veille ! Quand je vous dis que le free, à l'époque, ce n'est pas vraiment mon truc !...
Donc, pas intimidée pour deux sous, je vais m'asseoir à côté de lui. Et c'est ainsi que je fais la connaissance du type le plus bavard que j'aie jamais rencontré. C'est simple : plus moyen de l'arrêter. S'il n'avait pas un train à prendre, j'y serais encore ! Mais je découvre aussi un conteur merveilleux, un homme bourré d'humour, de finesse et d'intelligence. Nous échangeons nos numéros de téléphone - promis-juré, la prochaine fois que je vais à Paris, je l'appelle.
La soirée du 31 août est une soirée de rêve. Sir Roland Hanna, Pierre Boussaguet et Simon Goubert : trio magique, merveilleux d'empathie et de sensibilité... de ceux qui vous mettent sur un petit nuage, où vous restez longtemps, très longtemps... Trop longtemps peut-être ? A peine Peter King a-t-il joué deux notes que David et moi (inséparables, nous sommes devenus, sur ce festival !) échangeons un regard avant de quitter la salle de concert... de concert. Et pourtant... j'adore Peter King ; à ses côtés, rien moins qu'Eric Le Lann et Alain Jean-Marie, deux musiciens que j'apprécie énormément. Mais... Roland nous a ensorcelés. Après lui, nous ne pouvons plus rien écouter. Rien que le silence...
J'aurai le plaisir de retrouver David quelques mois plus tard, pour une expédition à Marciac... Et la chance de côtoyer Sir Roland Hanna pendant plus d'une semaine, en juillet 1997. Mais, vous savez quoi ?
... ceci est une autre histoire !
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