Finissons-en avec ce fameux «Jazz Hot» n°125, par un coup d'oeil d'abord à la «Revue de Presse» de Bison Ravi... qui contient bien sûr quelques sournoiseries de la meilleure eau -- et de quoi enrichir son répertoire d'insultes stylées.
«Ce que les gens peuvent écrire sur le jazz, c'est fou... mais il ne faut pas croire que ça les amuse, loin de là !... c'est à cause de ces bourreaux d'artistes qui s'obstinent à faire de la musique, que les critiques et auditeurs se sentent le devoir d'y aller de leur chorus. Il y a pourtant une race de méchants bougres d'apocalypse, de vilains croquants boutonneux, de pisse-froid mérovingiens, en un mot d'individus, qui écrivent sur le jazz par pur plaisir et sans nécessité puisqu'ils se donnent le mal d'introduire des commentaires jazzistiques dans des romans (hum...). C'est ceux-là que je vais stigmatiser aujourd'hui, puisqu'il fait beau. C'est un extrait de l'affaire Maurizius, de Jacob Wassermann (ce n'est pas l'inventeur de la réaction du même nom) qui m'en fournira le prétexte. Il m'est communiqué par M. et Mme. Rémignac, de Courbevoie.
"Warschauer était tout joyeux, le mouvement des couples qui tournaient, glissaient, ondoyaient, se frôlaient, les visages échauffés au milieu de cette brume de fumée, mais surtout les éclats, les piaulements, les hurlements des instruments le jetaient dans des transports de joie. A un moment il saisit le poignet d'Etzel et lui glissa : «Cristi, un saxophone comme celui-là n'a pas de prix, il vaut une histoire de la civilisation en trois volumes. Regardez l'homme aux cymbales, mais regardez-le donc, n'a-t-il pas l'air d'un vrai Torquemada, cruel, sombre, fanatique, quel type épatant, dans son enfance, il a sûrement arraché les pattes aux hannetons et mis le feu à la queue du chat.
- «C'est bien possible, mais je ne vois pas ce qui vous enthousiasme là-dedans demanda froidement Etzel. Warschauer lui tapota la main : - «C'est au point de vue biologique, comme sujet d'étude."
Et l'heureusement incorrigible Vian de conclure :
«Ce biologiste fait rêver. Et mettre le feu à la queue des «cats», pour un amateur de jazz, ça sonne vraiment désagréable, sinon équivoque.»
Rayon chroniques, quelques 45 tours. Ella Fitzgerald «sings the Rodgers and Hart Songbook» («comme de coutume il n'est pas question de jazz mais d'Ella, et comme de coutume, c'est suffisant pour que l'on recommande ce petit microsillon», assure Michel Delaroche) ; Bunk Johnson and his New Orleans Band («Maryland est marqué par un nombre impressionnant de fausses notes qui rendent l'audition pénible (...) c'est bien mauvais», relève Guy Kopelowicz). Côté 33 tours : un fantastique Lionel Hampton All-Stars, avec Lucky Thompson, Oscar Dennard et Oscar Pettiford entre autres (Kurt Mohr est d'accord : «les musiciens semblent avoir pris le mors aux dents et nous sommes en présence d'une "funky and swinging session". Tous les participants sont dans une très bonne forme») ; quelques vieilles faces (1947) de Dexter Gordon (que Mohr recommande chaudement «à tous les amateurs de saxo ténor, sans distinction d'âge») ; le Jimmy Hamilton Quintet («Musique assez jolie et certainement ennuyeuse (...) de la musique de fond plaisante, sans plus» -- sacré Kurt !) ; le faramineux «Ballads and Blues» de Milt Jackson, avec Lucky Thompson sur certaines plages («Toutes les faces de ce microsillon sont bonnes -- il n'y a que des différences de degrés», pour François Postif) ; une chronique croisée enfin de «Kenny Clarke joue André Hodeir» -- «disque décevant» pour Kurt Mohr l'intransigeant, «très intéressant» pour Christian Bellest.
Et, donc, le quizz concocté par Demêtre Ioakimidis : «Cherchez William». En sachant que tous les musiciens décrits dans les courtes notices se prénomment William... mais que certains sont plus connus sous leur surnom, et que d'autres ont abrégé leur prénom en Will, Bill, Billy...
1) Un des plus grands batteurs de la «swing era» qui fut membre de l'orchestre de Cab Calloway.
2) Un autre batteur célèbre dont le nom fut associé pendant une trentaine d'années à celui d'un orchestre illustre.
3) Un tromboniste et arrangeur qui se révéla en 1950 chez Stan Kenton.
4) Le trompettiste qui symbolisa le «New Orleans revival».
5) Un critique américain qui fut l'un des plus ardents partisans du précédent et du Revival en général.
6) Un drummer qui donna son nom à l'un des principaux orchestres des années 20.
7) Un contrebassiste qui joua fréquemment chez Duke Ellington entre 1935 et 1940 et enregistra avec Django Reinhardt.
8) Le pianiste du groupement de John Kirby pendant son apogée.
9) Un arrangeur qui fournit plusieurs orchestrations à Jimmy Lunceford avant de devenir l'accompagnateur des Pointer Sisters.
10) Un trompettiste spécialiste du suraigu révélé par Duke Ellington.
11) Un guitariste qui fut plusieurs fois emmené en Europe par Lionel Hampton.
12) Un saxophoniste alto, considéré comme un des maîtres de son instrument pendant son séjour dans un célèbre grand orchestre.
13) Un clarinettiste qui joua longtemps chez Fletcher Henderson.
14) Le chef d'un des deux ou trois plus grands orchestres de l'histoire du jazz.
15) Un pianiste de la génération d'Erroll Garner, homonyme d'un des précédents.
J'ai beau l'avoir fait deux ou trois fois... je sèche sur une bonne moitié des questions. Et vous ?
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